La trêve des confiseurs est terminée, la campagne pour les municipales est lancée. Et l’économie sociale et solidaire occupe déjà le terrain. Les programmes sont quasi prêts, les tracts sont imprimés, certaines listes fusionnent parfois même avant le premier tour, et plusieurs dirigeant.e.s de l’ESS se lancent dans le grand bain ! Eh oui, et si l’on pouvait faire plus ou mieux en politique ? Et si l’on pouvait agir en activant ces leviers qui nous échappent trop souvent ? Et si l’on pouvait encore y croire ?
Alors, se présentent en tête de liste Laurence Ruffin à Grenoble, qui a quitté ses fonctions à la direction de la Scop Alma. Ou Violaine Pierre, déléguée générale de l’Opération Milliard, candidate à Longueil Sainte Marie, son village picard de 2000 habitant. Ou encore François Dechy, président de l’Avise et qui rempile à Romainville à la tête d’une coopérative citoyenne appelée « Continuons ensemble ». Mediatico essaiera de les recevoir sur son plateau pour parler, comme nous l’avions fait voilà six ans, de la grande bascule du monde associatif vers l’univers politique (notre dernière interview avec François Dechy).
En parallèle, à deux mois du scrutin des 15 et 22 mars, les mouvements et les collectifs se mobilisent comme jamais. L’objectif : faire plus que des promesses. Transformer concrètement la vie quotidienne des habitants, renforcer la démocratie et redonner du pouvoir aux territoires.
Démocratie Ouverte vient de publier un programme ambitieux de mesures pour revitaliser la démocratie locale. Ni dogmatique ni prescriptif, ce document propose 80 pistes concrètes, modulables selon la taille et les moyens de chaque commune, pour favoriser la participation citoyenne, la co-décision, la transparence et l’égalité. Pour illustrer ses propositions, Démocratie Ouverte invente une commune fictive, « Démocracité », évidemment portée par une liste citoyenne. L’exercice vise à montrer que la démocratie peut devenir un véritable pilier de la vie municipale, capable de s’affirmer au-delà des compétences strictement réglementaires, et de défendre les libertés face aux dérives autoritaires (voir le programme complet).
Dans le même esprit, et non sans humour, la plateforme citoyenne Mairie-Me, portée par le Collectif pour une Transition Citoyenne et plus de 80 partenaires, invite les habitants à transformer leurs préoccupations concrètes en priorités locales. Transports, logement, alimentation, climat… Chaque contribution alimente la construction de Pactes citoyens qui seront défendus dans les campagnes municipales, permettant aux habitants de s’impliquer autrement que par le simple vote. Une manière de rappeler que les programmes ne doivent pas être pré-mâchés, que les élections locales peuvent être un moment d’innovation démocratique, et peut-être aussi que les citoyens peuvent agir même quand les élus les déçoivent (découvrir la plateforme).
Le Mouvement Associatif aussi se positionne, alors que les restrictions budgétaires et les transformations dans le financement public de l’intérêt général fragilisent de très nombreuses structures. Son plaidoyer s’intitule « (Re)Faire Commune » et vise à renforcer la coopération entre associations et collectivités locales. L’enjeu est simple : face aux contraintes financières et aux attaques sur les libertés associatives, communes et associations doivent s’appuyer l’une sur l’autre pour maintenir des services essentiels et ambitieux. Les collectivités locales doivent redevenir des leviers de solidarité et de participation au service des habitants, plaide le Mouvement Associatif, qui détaillera ses « 12 engagements pour soutenir les associations » lors d’un webinaire ce mercredi 14 janvier à 13h30 (s’inscrire ici).
Pour sa part, le RTES publie son incontournable kit MunicipalESS 2026. Réseau essentiel de collectivités engagées pour l’économie sociale et solidaire, le RTES met ainsi une véritable boîte à outils à la disposition des élus, actuels ou futurs, présentant des fiches thématiques et des leviers concrets pour intégrer l’économie sociale et solidaire au cœur de l’action municipale. Transport, culture, alimentation, santé, énergie, inclusion sociale… Tous les sujets sont abordés avec une approche à 360 degrés, pour donner aux collectivités les moyens d’agir par et pour les citoyens (découvrir les fiches du RTES).
Et si les municipales étaient l’occasion d’une surenchère pour l’ESS ? À Toulouse, la campagne prend des allures de duel à trois. Le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, tente de décrocher un troisième mandat pour la droite. À gauche, la division est nette entre François Briançon, socialiste soutenu par les écologistes et les forces de gauche traditionnelles, et François Piquemal, député insoumis à la tête de la liste Demain Toulouse.
Ce dernier place l’économie sociale et solidaire au cœur de son programme : refonte de l’investissement municipal pour soutenir l’emploi local, soutien des coopératives et des marchés paysans, mise en œuvre du dispositif Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée, création de coopératives de quartier pour rendre aux habitants du pouvoir de décision sur les orientations de la ville…
Si les candidats rivaux pouvaient s’inspirer d’un tel volontarisme pour l’économie sociale et solidaire, et cela dans toutes les villes de plus de 100.000 habitants, la France s’en porterait probablement mieux. Et la conscience démocratique des Français aussi.
À deux mois du scrutin, entre programmes ambitieux, initiatives participatives et plaidoyers associatifs, la campagne des municipales 2026 semble nous dire que le désenchantement est loin d’avoir tué l’espoir. Les citoyens n’ont renoncé à rien. Les habitants entendent plus que jamais reprendre une part de pouvoir sur leur ville et sur leur quotidien.
Car les élections municipales ne sont pas qu’un renouvellement de mandats. Elles sont l’occasion de repenser le rôle des communes, de renforcer la démocratie locale, de redonner corps à l’engagement citoyen. A commencer par celui des actrices et des acteurs de l’ESS.



