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Mourir par solidarité : ce monde binaire qui nous attend

Peut-on mourir par solidarité ? À Minneapolis, la réponse est oui. Aujourd’hui, nous sommes tous Alex Pretti, nous sommes toutes Renee Good. Ils avaient tous les deux 37 ans, l’âme généreuse, le coeur tourné vers l’autre. Mais l’esprit meurtri de voir les migrants et les exilés persécutés. Alors, ils ont choisi de résister. Et ils ont été assassinés. Par les autorités !

Aux Etats-Unis, pays qui fut jadis la plus grande démocratie du monde et où les droits civiques ne sont pas de vains mots – ce fut le combat de Martin Luther King et de Rosa Parks -, la police de l’immigration ICE tue aujourd’hui les manifestants dans la rue pour des raisons politiques. Elle n’hésite pas à mentir devant les caméras pour se justifier. Et le pouvoir en place lui accorde un budget qui se compte en milliards de dollars, supérieur à celui du FBI. Aux Etats-Unis, le fascisme n’est plus rampant. Il a pris le pouvoir.

Dans le nouvel ordre du monde, deux forces contraires s’affrontent désormais : la solidarité et le fascisme. Le monde d’hier ne reviendra pas, il faut s’y faire. Et comme nous avons échoué à préparer « le monde d’après » durant la pandémie, nous voici piégés dans un monde binaire. Le bien et le mal. Le vrai et le faux. Le Noir et le Blanc. Le yin et le yang. Le zéro et le un, qui composent tous nos algorithmes… Soyez-en sûrs, notre pays n’est pas épargné. 

La solidarité, au coeur de la présidentielle 2027 ?

Alors quel choix ferons-nous en 2027 pour l’élection présidentielle en France ? Face au fascisme qui monte aussi dans l’Hexagone, quelles solidarités allons-nous mettre en place, déployer ou renforcer, comme autant d’actes de résistances du quotidien ? Quel modèle de société les acteurs de l’économie sociale et solidaire vont-ils affirmer ? D’un côté, l’individualisme, la violence, la prédation et la mort. De l’autre, la cohésion sociale, le dialogue, la coopération et la vie. Il n’est pas très difficile de choisir, mais encore faut-il le dire tous ensemble, avec force.

En France, plusieurs signaux nous montrent que rien n’est perdu, heureusement. Prenez le budget 2026, imposé par le 49.3 du Premier ministre, Sébastien Lecornu. Les acteurs de l’ESS – ceux qui défendent les solidarités – y ont obtenu vendredi plusieurs victoires, sur lesquelles Mediatico reviendra dans la semaine : les crédits sont rétablis pour les Pôles territoriaux de coopération, pour le DLA qui soutient les TPE-PME de l’ESS, et pour les Chambres régionales de l’économie solidaire. En partie aussi pour l’hébergement d’urgence, pour les jeunes en service civique, et pour les dispositifs de l’IAE qui bénéficient aux plus éloignés de l’emploi. Le budget 2026 n’est pas parfait, mais au moins ce gouvernement n’a-t-il pas fait l’impasse sur la solidarité.

La Mêlée Nexem, début mars à Tours

Comment placer maintenant cette solidarité au coeur de la présidentielle ? Nexem entend répondre à cette question début mars : le syndicat des employeurs associatifs du secteur sanitaire, social et médico-social, organise en effet à Tours son événement « La Mêlée Nexem », sur le thème : « Présidentielle 2027 : quels enjeux pour la solidarité ». Car jamais le taux de pauvreté n’a été aussi élevé. Le besoin d’inclusion, aussi essentiel. Une fiscalité juste, aussi indispensable. Nous avons besoin d’une promesse d’avenir séduisante et crédible, d’un fil narratif à la hauteur, et de l’engagement personnel de chacun.e d’entre nous, sur nos terrains d’action.

La mort d’Alex Pretti et de Renee Good à Minneapolis me rappelle l’engagement de Cédric Herrou. Il y a dix ans, cet agriculteur français était arrêté pour avoir aidé dans les Alpes plus de 150 migrants à passer la frontière franco‑italienne. Son humanisme fut qualifié de « délit de solidarité ». Après plusieurs procès, il fut définitivement relaxé en 2021. Sans renoncer à rien, il a fondé Emmaüs Roya en 2019, première communauté Emmaüs tournée vers l’agriculture et la production maraîchère, qui permet à des migrants de trouver un travail de façon légale.

Un exemple qui nous rappelle que la solidarité n’est pas un délit, mais une force qui construit notre modèle de société et l’avenir de nos enfants. À nous de choisir de la faire vivre ici, maintenant, collectivement.

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