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Textile : la colère des ressourceries face aux « comptes fantastiques » de Refashion

Depuis plusieurs semaines, l’indignation peine à retomber chez les acteurs du réemploi, les ressourceries, les opérateurs de tri et les petites structures locales de la filière des déchets textiles en France. Au cœur de la colère : les réserves financières impressionnantes de Refashion, l’éco-organisme qui collecte quelques centimes sur chaque textile vendu pour financer ensuite la collecte, le tri, le recyclage et le réemploi des textiles usagés. Or, ses comptes révèlent aujourd’hui une trésorerie très excédentaire, alors que les acteurs de la filière sont en grande difficulté. 

Selon notre confrère Déchets Infos, les réserves de Refashion ont dépassé les 160 millions d’euros fin 2024. Un excédent supérieur aux 143 millions de contributions perçues durant l’année, qui témoigne d’un modèle économique solide pour les uns, mais d’un manque de redistribution équitable pour les autres. Car moins d’un quart des recettes de l’année a réellement été reversé aux acteurs de la collecte, du tri et du recyclage.

Aussi, de nombreuses voix s’élèvent. Non seulement de la part des opérateurs historiques comme Le Relais ou les ressourceries locales, mais aussi désormais en provenance de personnalités du secteur socio-économique et environnemental. « C’est tout simplement scandaleux… Pendant ce temps les ressourceries locales, les premières actrices du réemploi, absorbent des surcoûts et voient leurs emplois menacés », s’insurge une professionnelle du secteur. Une autre : « Refashion se prélasse sur un matelas doré alors que des dizaines d’associations axées sur le réemploi sont en péril… C’est inadmissible ! »

Des soutiens trop faibles, une filière au bord du gouffre

Car la filière souffre de tensions structurelles bien réelles. Beaucoup d’opérateurs de tri, en particulier issus de l’économie sociale et solidaire, font face à des coûts de traitement en forte augmentation, qui dépassent largement les soutiens reversés par Refashion.

Historiquement, Refashion reverse à ces acteurs environ 156 €/tonne de textile trié. Compte tenu des hausses des salaires et des coûts de traitement, mais aussi des baisse de financements publics et de l’engorgement de la filière à cause des textile chinois de mauvaise qualité qu’il n’est plus possible de revendre, le montant reversé par Refashion est devenu notoirement insuffisant.

À l’été 2025, Le Relais (Emmaüs) avait même suspendu certaines collectes et alerté sur des pertes d’activité massives, évoquant des milliers d’emplois en jeu. Un signal d’alarme grave pour tout l’écosystème du recyclage associatif.

Le gouvernement a fini par annoncer un ajustement des soutiens (autour de 223 €/tonne en 2025), mais les acteurs de terrain estiment que cela reste insuffisant face au coût réel du tri, de la collecte et du recyclage, surtout dans un contexte où les débouchés industriels se raréfient.

La pétulance contre l’accumulation financière

Mais les critiques vont aujourd’hui au-delà de la simple question de chiffres: Refashion dispose de réserves équivalentes à plusieurs années de budget, bien supérieures au montant des contributions annuelles des « metteurs en marché » de la filière, autrement dit les fabricants et les distributeurs.

Pourtant, les associations de réemploi, ressourceries et petites structures locales, qui assurent l’essentiel de la collecte et du tri sur le terrain, ne sont plus suffisamment financées et ne parviennent plus à couvrir leurs coûts. « Pourquoi a-t-on l’impression que les caisses sont vides alors que les réserves sont gigantesques ? », s’interroge une entrepreneuse dans la seconde main.

Refashion plaide l’efficacité et la transition

Du côté de Refashion, la directrice générale Maud Hardy met en avant une vision plus globale de la transformation de la filière : les réserves financières sont indispensables pour accélérer l’industrialisation du recyclage, améliorer la traçabilité, réduire l’exportation des textiles usagés et développer les pratiques circulaires dans toute la chaîne de valeur. Il s’agit donc de financer l’innovation. En outre, l’éco-organisme doit aussi fédérer l’ensemble des acteurs pour atteindre des objectifs ambitieux, notamment des taux élevés de collecte et de recyclage fixés par l’Etat.

Cette crise ouverte intervient au moment où le gouvernement français souhaite réviser la filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur) du secteur textile, saturé par des volumes colossaux de vêtements neufs mis sur le marché (plus de 3,5 milliards de pièces en 2024). 

Cette révision de la filière REP textile pourrait aboutir au final à imposer davantage de contraintes et de contreparties financières aux éco-organismes comme Refashion. Pour une meilleure redistribution aux petits acteurs de la filière ? C’est à espérer.

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