La course à la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE) est ouverte. Claire Thoury, sociologue et présidente du Mouvement Associatif, vient d’annoncer publiquement sa candidature pour succéder à Thierry Beaudet à la tête de la troisième assemblée de la République, pour le mandat 2026-2031. Sa candidature s’inscrit à un moment charnière où le rôle du CESE — assemblée consultative représentant la société civile auprès des pouvoirs publics — est à la fois questionné et réaffirmé (voir notre portrait vidéo consacré à Claire Thoury).
Thierry Beaudet : un mandat symbolique, une passation volontaire
Élu en mai 2021 à la présidence du CESE, Thierry Beaudet a conduit ce que l’on a décrit comme une « refondation » de l’assemblée après l’entrée en vigueur de la loi organique du 15 janvier 2021, qui visait à renforcer le rôle de consultation citoyenne de cette institution. Sous son mandat, le CESE s’est engagé dans un dialogue social renouvelé, notamment à travers des conventions citoyennes sur des sujets sensibles, comme celle sur la fin de vie justement pilotée par Claire Thoury, et par l’intégration de processus participatifs autour de thèmes à forts enjeux publics.
En octobre 2025, Thierry Beaudet a toutefois annoncé qu’il ne se représenterait pas pour un second mandat, choisissant de passer le relais lors du renouvellement du printemps 2026. Sa décision apparaît comme totalement volontaire, car il aurait pu briguer un second mandat, et son départ va marquer une étape importante dans la dynamique du CESE, dans une période de tensions politiques marquée par une défiance croissante envers certaines institutions jugées inutiles par certains.
Claire Thoury : une trajectoire ancrée dans l’engagement
Docteure en sociologie, Claire Thoury s’est fait connaître comme une fine analyste de l’engagement des jeunes et des acteurs associatifs dans les transformations sociétales. Présidente du Mouvement Associatif depuis 2021, elle représente aujourd’hui un réseau fédérant près de 700 000 associations, soit la moitié des associations françaises. Elle siège au CESE au sein du groupe des associations depuis la même année. Nous l’avons naturellement interviewée à plusieurs reprises sur Mediatico.
Son parcours académique — licence et master en communication et médias, puis un doctorat consacré à l’engagement étudiant — lui a conféré une expertise reconnue sur les questions de participation citoyenne et de démocratie vivante. Au CESE, elle préside notamment la Commission temporaire “Participation démocratique” et co-pilote des instances de gouvernance de conventions citoyennes.
Le CESE, laboratoire de démocratie participative ?
Dans son dernier post LinkedIn où elle déclare publiquement sa candidature, Claire Thoury appelle à renforcer la voix de la société civile et défend l’idée que le CESE n’est pas seulement une chambre consultative, mais un lieu où s’expriment les vécus réels des citoyens. Cette vision est particulièrement intéressante au moment où une grande majorité de Français dit à la fois croire à la démocratie mais ne plus faire confiance à la politique traditionnelle.
Cette ambition s’inscrit dans une vision d’un CESE qui serait davantage un laboratoire de démocratie participative, capable de produire des recommandations concrètes et de faire dialoguer institutions et citoyens face aux crises sociales, économiques et environnementales qui traversent la société française. À cet égard, l’arbitrage du Premier ministre Sébastien Lecornu sur la mise en ligne et l’accessibilité des cahiers de doléances rédigés par les Français en 2018-2019 devrait largement nourrir les discussions du CESE à l’avenir.
Les enjeux du CESE à l’aube de 2026
Le rôle du CESE, souvent méconnu du grand public, est constitutionnellement bien défini : il conseille le gouvernement et le Parlement sur les questions économiques, sociales et environnementales, il représente les principaux acteurs de la société civile organisée (associations, syndicats, organisations patronales, ONG) et il permet d’associer les citoyens à travers des mécanismes de consultation, pétitions et conventions.
Depuis sa réforme de 2021, l’institution revendique une place accrue dans la démocratie participative, en particulier dans un contexte de défiance politique et de demande sociale pour plus de voix directes des citoyens dans les décisions publiques.
Ces dernières années, le CESE a été à la fois loué pour son rôle de construction de compromis, mais aussi critiqué, notamment par la Cour des comptes, pour son manque de transparence ou pour l’impact jugé limité de ses avis. Pour autant, certains de ses avis récents résonnent fortement avec l’actualité brûlante de l’économie sociale et solidaire, tel ce rapport publié voilà déjà plus de 18 mois intitulé « Renforcer le financement des associations, une urgence démocratique », qui avait largement tiré la sonnette d’alarme sur la situation budgétaire actuelle (voir notre émission).
Dans ce contexte, la candidature de Claire Thoury pose la question centrale de savoir comment faire du CESE non seulement une chambre consultative, mais une plateforme d’intermédiation entre citoyens, organisations et pouvoirs publics, capable de peser davantage dans les décisions politiques du pays. C’est à l’évidence cet enjeu qui fonde aujourd’hui sa candidature.


