| [Article partenaire] – La Mêlée Nexem 2026 se prépare dans un contexte particulier, après deux ans d’instabilité politique et quatorze mois avant l’élection présidentielle 2027. Pourquoi avoir choisi de placer cette édition sous le signe du choix de société pour la solidarité ? Alain Raoul : Notre pays traverse un moment difficile, marqué par une crise économique et des fractures sociales profondes. La Mêlée Nexem se tient à un moment charnière : celui où les Français doivent s’interroger sur le modèle de société qu’ils souhaitent pour les années à venir. La solidarité est trop souvent réduite à une simple question budgétaire, alors qu’elle est un facteur essentiel de cohésion sociale. Mais ce ne sont pas les plus vulnérables qui sont à l’origine du déficit budgétaire, ce n’est pas à eux de payer la facture. Notre modèle donne-t-il suffisamment de place à la solidarité ? Les deux dernières élections présidentielles ont largement évité ce débat. Pourtant, la fracture sociale est toujours là. La pauvreté augmente malgré les moyens engagés. Cela doit nous interroger non seulement sur les ressources, mais aussi sur la manière dont elles sont utilisées. Réduire les inégalités territoriales, repenser le système de santé et des retraites, accompagner les personnes vulnérables, vieillir à domicile ou en établissement, anticiper l’impact du numérique et de l’IA sur l’exclusion : tous ces sujets méritent un débat de fond. La Mêlée Nexem est un temps de réflexion qui permet d’éclairer les choix politiques à venir. Mediatico : Vous défendez l’idée que la solidarité est un investissement. Pourquoi ce message peine-t-il à être entendu ? Alain Raoul : On reproche souvent aux politiques sociales de coûter cher, d’être dépensières. Mais ce que l’on ne voit pas, c’est que ne pas investir aujourd’hui coûtera bien plus cher demain, humainement et financièrement. Prenons l’autisme, la protection de l’enfance ou les jeunes en difficulté : faute d’accompagnement, la situation de ces personnes se dégrade et devient bien plus complexe à résoudre, donc beaucoup plus coûteuse. Le problème vient du décalage entre le temps court du politique et le temps long des politiques sociales. Les décideurs cherchent des résultats immédiats, visibles sur le temps d’un mandat électoral, là où notre secteur a besoin de visibilité à long terme et de continuité. Nous plaidons pour une véritable loi de programmation sur cinq ans et pour un grand ministère des Solidarités qui décloisonne les politiques publiques et les financements. Le handicap, par exemple, implique à la fois des enjeux de santé, de mobilité et de logement. Aujourd’hui, ces politiques sont juxtaposées et chaque financeur se bat pour financer le moins possible, alors qu’une politique globale et transversale permettrait plus d’efficience dans les dépenses publiques. Mediatico : Nexem représente des milliers d’employeurs du secteur social, médico-social et sanitaire. Vous êtes aussi vice-président de la CPME en charge de l’ESS. Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux employeurs de votre secteur ? Alain Raoul : Rappelons d’abord que l’économie sociale et solidaire est un pilier de notre économie : 2,6 millions d’emplois, 14 % de l’emploi privé, près de 10 % du PIB. Nous participons pleinement à l’activité économique du pays, nous devons être entendus. Ensuite, Nexem représente en France des milliers d’associations qui emploient 370 000 salariés, dans plus de 12 000 établissements sanitaires et sociaux et médico-sociaux. Les pouvoirs publics disent que nous sommes associés à la construction des solutions, mais ce n’est pas le cas. Nous devons être pleinement associés à l’élaboration des politiques publiques, car les acteurs de terrain ont une expertise précieuse à apporter. C’est pourquoi nous avons travaillé sur Humanifest, notre manifeste qui propose des solutions sur l’organisation et le financement notamment de notre secteur. Enfin, il est temps de dépasser l’opposition stérile entre entreprises « classiques » et entreprises de l’ESS : c’est l’impact social et l’intérêt général qui doit nous rassembler. Nous comptons d’ailleurs parmi nos adhérents de nombreux ESAT et entreprises adaptées, qui sont des entreprises sociales. À ce titre, siéger à la CPME est important : nous avons accès à toutes les négociations interprofessionnelles et nous pouvons désormais y faire entendre la voix de notre secteur. À l’approche de grands choix démocratiques, il est de notre responsabilité de contribuer au débat et de défendre un projet de société fondé sur la solidarité et la cohésion sociale. |




