En visant l’une des principales associations de défense des droits des personnes handicapées, c’est tout le secteur associatif et le modèle social français qui sont remis en cause.
L’attaque politique était prévisible, elle n’en est pas moins grave. En s’en prenant à APF France handicap, l’une des plus anciennes et des plus légitimes associations françaises de défense des droits des personnes en situation de handicap, l’extrême droite franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de mise en cause du monde associatif et, au-delà, de notre modèle social.
À l’origine de la polémique, un traitement biaisé et sensationnaliste d’un document interne de APF France handicap, qui vise à prémunir l’association de toute récupération politique en période électorale, mais présenté comme une prétendue volonté d’exclure des adhérents en raison de leurs opinions politiques.
Une accusation évidemment fausse et démentie formellement par l’association. Mais aussitôt amplifiée par une partie de l’écosystème médiatique d’extrême droite, fidèle à une mécanique désormais bien rodée : fabriquer une controverse, l’auto-alimenter, puis la diffuser en boucle.
Une association attaquée pour ce qu’elle est
APF France handicap n’est pas une organisation partisane et ne l’a jamais été. Depuis près de 90 ans, elle agit pour une société inclusive fondée sur les droits humains, la dignité, l’égalité, la lutte contre toutes les formes de discrimination, et la reconnaissance des droits de toutes les personnes porteuses d’un handicap. Elle a notamment contribué largement aux grandes lois fondatrices du droit du handicap de 1975 et de 2005, et elle s’appuie aujourd’hui sur un réseau de centaines d’élus associatifs et de milliers de bénévoles sur tout le territoire.
Ce que certains médias attaquent aujourd’hui, ce n’est donc pas une prise de position politique, mais l’indépendance d’esprit d’une association librement constituée. Au final, ils remettent en cause le socle même de l’action sociale, à savoir que les droits fondamentaux des personnes ne sont pas négociables. Comme l’a souligné Daniel Goldberg, président de l’Uniopss, « ce n’est pas une position partisane de rappeler que, pour nous et depuis toujours, les droits fondamentaux des personnes ne se discutent pas ».
La mise en cause d’APF France handicap relève ainsi moins de l’information que de la tentative de disqualification morale. Une campagne calomnieuse, dénoncée comme telle par de nombreux autres acteurs associatifs, qui vise à affaiblir celles et ceux qui défendent les plus vulnérables. Cette bataille sémantique et politique, les associations l’avaient déjà affronté lors des dernières élections législatives, quand elles manifestaient dans la rue alors que le RN était aux portes de Matignon.
La neutralité associative n’est pas l’indifférence aux valeurs
Cette fois, face à la polémique, APF France handicap a dû rappeler une évidence : l’association est ouverte à toutes et à tous, sans distinction d’opinion politique. Elle n’exclut personne en raison de ses convictions. Les rumeurs suggérant le contraire sont « infondées et trompeuses ».
Mais cette neutralité statutaire ne signifie pas l’abandon des valeurs. Défendre l’égalité, la dignité, la solidarité et le refus des discriminations n’est pas une opinion parmi d’autres. C’est le cœur de l’intérêt général. C’est précisément ce qui dérange l’extrême droite, dont les programmes récents brillent par leur silence sur le handicap, quand ils ne s’attaquent pas frontalement aux politiques d’inclusion, comme on l’observe en Italie, en Hongrie ou aux États-Unis, mais aussi en France.
Rappelons qu’en 2025, APF France handicap avait dû prendre position avec force pour défendre le député Sébastien Peytavie, attaqué par l’extrême droite en raison de son handicap. Les menaces faisaient référence explicite à l’Aktion T4 — le programme nazi d’extermination des personnes handicapées — montrant jusqu’où peut aller la violence idéologique. APF France handicap avait alors rappelé que les droits et libertés fondamentaux sont « non négociables ».
Un avant-goût inquiétant des municipales
Cette séquence augure mal de la campagne des élections municipales. De longue date, on observe une stratégie récurrente : afficher sur des listes candidates une ou plusieurs personnes en situation de handicap pour se donner une image inclusive, tout en portant des projets politiques qui fragilisent directement les droits sociaux.
Le risque est évident. Faire témoigner une personne handicapée favorable à un candidat d’extrême droite, laisser entendre que « les personnes handicapées » — ou pire, leurs associations représentatives — soutiendraient ces partis, relève de la manipulation. Les associations comme APF France handicap ont précisément pour rôle d’empêcher ces amalgames et ces instrumentalisations.
En attaquant leur légitimité, l’extrême droite prépare un terrain où les contre-pouvoirs associatifs seraient sommés de se taire ou de se justifier en permanence. Pascale Ribes, présidente d’APF France handicap, l’a exprimé clairement : « Il est temps que la société civile se lève pour défendre les droits humains et les personnes vulnérables et empêche leurs atteintes qui visent à nous réduire au silence. »
Défendre les associations, c’est défendre le modèle social
Ce qui se joue ici dépasse largement le cas d’APF France handicap. C’est l’ensemble du monde associatif de solidarité qui est visé. Mettre en débat, voire dénigrer les engagements en faveur des plus vulnérables n’est pas anodin : c’est une stratégie d’infiltration de la pensée collective.
Les associations ne sont pas des lobbies idéologiques. Elles sont des piliers de la démocratie sociale, des vigies des droits humains, des actrices du quotidien là où l’État et le marché échouent ou se retirent. Les affaiblir, c’est affaiblir la cohésion sociale. Les intimider, c’est préparer le recul des droits.
À l’heure où certaines démocraties cèdent aux sirènes autoritaires, la France ferait une lourde erreur en laissant prospérer ces campagnes de mise en cause. Défendre APF France handicap, ce n’est pas défendre une opinion : c’est défendre un modèle social fondé sur la solidarité, l’égalité et la dignité humaine.
Et rappeler, sans détour, que les droits des personnes en situation de handicap ne sont ni un sujet polémique, ni un outil de communication électorale, mais un impératif démocratique.



