ACTU

Attractivité de l’ESS : l’accord qui peut changer la donne en 2026

À bas bruit, mais avec une portée stratégique majeure, l’économie sociale et solidaire s’est dotée début décembre d’un outil qui devrait s’imposer comme l’un des nouveaux enjeux structurants de 2026, tant il touche au nerf de la guerre : l’attractivité des métiers de l’ESS, dans un contexte de concurrence accrue avec le reste de l’économie et de départs massifs à la retraite. Le syndicat d’employeurs UDES et quatre syndicats de salariés ont en effet signé un accord portant sur les « transitions démographiques » du secteur.

Car le diagnostic est désormais largement partagé. Comme l’ensemble de l’économie française, l’ESS entre dans une phase de transition démographique profonde : vieillissement de la population active, montée en puissance de l’aidance familiale, recomposition des parcours professionnels, aspiration croissante à l’équilibre des temps de vie.

Anticiper la vague démographique plutôt que la subir

Résultat : d’ici à 2030, près d’un quart des salariés du secteur partiront à la retraite. Un choc quantitatif, mais aussi qualitatif, pour un secteur qui emploie aujourd’hui 2,7 millions de salariés dans plus de 220 000 entreprises, avec des métiers fortement relationnels et une main-d’œuvre composée à 68 % de femmes.

Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de remplacer les départs, mais de rester attractif, alors que l’ESS se trouve en concurrence directe avec le secteur lucratif, souvent mieux doté financièrement. Le 8 décembre, l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES) et les syndicats de salariés CFDT, FO, CFE-CGC et CFTC ont signé un accord national multiprofessionnel sur les transitions démographiques.

Un accord interprofessionnel, c’est quoi exactement ?

Un accord interprofessionnel est un texte négocié entre organisations représentatives d’employeurs et de salariés, qui fixe un cadre commun à l’échelle de plusieurs branches professionnelles. Dans l’ESS, il s’agit d’accords-cadres : ils ne créent pas d’obligations directes pour les entreprises, mais incitent fortement les branches à ouvrir des négociations, à adapter leurs conventions collectives et à expérimenter de nouvelles politiques sociales.

Depuis 2006, il s’agit du dixième accord de ce type signé dans l’ESS, preuve d’une vitalité du dialogue social, souvent méconnue ou sous-estimée. Cet accord couvre l’ensemble des parcours professionnels et se veut appropriable par les 14 branches professionnelles relevant de l’UDES.

Aidants, parents, séniors : agir sur toute la durée de la vie professionnelle

Le cœur du texte repose sur une idée simple : on n’améliore pas l’attractivité d’un secteur uniquement par les salaires, mais par la qualité des parcours professionnels.

Premier axe fort : les salariés aidants. L’accord rappelle que l’âge moyen d’entrée dans l’aidance est de 36 ans, que 57 % des aidants sont des femmes, et que la France compte près de 6 millions d’aidants, dont plus de la moitié exercent une activité professionnelle. Les partenaires sociaux appellent les branches à agir sur la sensibilisation, l’organisation du travail, et l’accès à des dispositifs de protection sociale adaptés.

Deuxième axe : les salariés parents, en particulier les familles monoparentales. Parmi les pistes avancées figurent l’abaissement du temps de travail dès le troisième mois de grossesse sans perte de rémunération, l’organisation de périodes de tuilage lors des remplacements, ou encore un recours encadré au télétravail pour réduire les temps de trajet et faciliter l’articulation des temps de vie.

Troisième axe : les salariés séniors, dans un contexte d’allongement des carrières. L’accord encourage l’adaptation des conditions de travail, la prévention de l’usure professionnelle, l’évolution des missions et l’aménagement du temps de travail afin de favoriser le maintien en emploi et les secondes parties de carrière.

Une signature qui confirme le rôle central de l’UDES

Pour éviter que l’accord ne reste lettre morte, l’UDES accompagne sa mise en œuvre par des guides pratiques à destination des employeurs, notamment sur l’accompagnement des aidants et le maintien en emploi des séniors. Une manière de traduire le dialogue social en solutions opérationnelles, adaptées aux réalités de terrain des structures de l’ESS.

Cette séquence est d’autant plus structurante qu’elle intervient dans un contexte institutionnel clarifié. Par un arrêté publié au Journal officiel le 24 novembre 2025, l’UDES a été confirmée par l’Etat, pour la troisième fois consécutive, comme organisation patronale représentative au niveau national et multiprofessionnel dans l’ESS.

Une reconnaissance juridique solide, fondée sur son ancrage territorial, sa représentativité dans 15 conventions collectives et l’adhésion de 22 organisations professionnelles, qui renforce la capacité de l’UDES à peser dans les négociations nationales, à porter une voix patronale unifiée et à faire exister pleinement l’ESS dans le paysage économique français.

Aux employeurs de se saisir de cet outil d’attractivité

Dans un contexte budgétaire contraint, et alors que les besoins sociaux augmentent, l’accord sur les transitions démographiques envoie un signal politique important : l’ESS anticipe les transformations du travail, au lieu de les subir.

Reste désormais un enjeu décisif pour 2026 : la capacité des branches et des employeurs à se saisir de ce cadre, à le décliner et à en faire un véritable levier d’attractivité et de fidélisation. Car c’est là que se jouera, dans les prochaines années, une partie de l’avenir de l’économie sociale et solidaire.

Partagez cet article :