Le dernier baromètre Hexopée 2025-2026 confirme une situation alarmante pour les associations de l’Éducation populaire. Le coût social de la crise actuelle se traduit déjà par 1 000 suppressions de postes sur 2025-2026, et des dizaines de milliers de postes menacés.
Les résultats du baromètre Hexopée, mené auprès de 1 393 associations employeuses entre novembre 2025 et janvier 2026, confirment l’aggravation des difficultés financières et humaines dans le secteur. Selon l’étude, 48 % des structures sont en déficit, et 31 % disposent de moins de trois mois de trésorerie, un niveau critique qui limite leur capacité à absorber les chocs et à investir.
La maîtrise des charges, notamment de personnel et d’énergie, permet à 62 % des structures de maintenir leurs fonds propres, mais 15 % ont dû renoncer à des investissements pourtant essentiels, compromettant leur capacité à moderniser leurs infrastructures et à répondre aux attentes des publics.
David Cluzeau, Délégué général d’Hexopée, tire un constat sans ambiguïté : « Année après année, nos baromètres montrent que les difficultés s’aggravent et s’enkystent. Nous ne pouvons plus nous contenter de mesures ponctuelles. Il est vital de prendre des décisions structurelles pour éviter l’effondrement d’un modèle qui crée du lien, de l’émancipation et de la citoyenneté au quotidien. »
Des activités contraintes et des adhérents en baisse
La crise financière se traduit également sur le terrain des activités et de l’adhésion. 41 % des associations ont maintenu leurs activités sans grand changement, tandis que 26 % ont dû adapter leurs actions et 17 % proposer de nouvelles activités. Toutefois, la part des structures contraintes de réduire ou suspendre certaines activités atteint 16 %, en hausse par rapport à 2024, signe d’un contexte de plus en plus tendu.
Ces ajustements, souvent progressifs et peu visibles à court terme, finissent par affecter durablement l’offre et la structure même des organisations. La réduction du nombre d’activités proposées aux publics touche en premier lieu les personnes les plus fragiles et les territoires déjà marginalisés.
En outre, l’attractivité des associations est également affectée : seules 28 % des structures ont vu leur nombre d’adhérents progresser entre la rentrée 2024 et la rentrée 2025, contre 31 % en 2024 et 44 % en 2023. Les auteurs du baromètre soulignent que cette baisse reflète le manque de moyens financiers et humains, ainsi que le frein que représentent les cotisations pour les publics les plus précaires.
Des suppressions d’emplois déjà massives
Les tensions financières ont un impact direct sur l’emploi. L’enquête flash menée par Hexopée auprès de 777 associations, représentant plus de 17 000 salariés, révèle que plus de 1 000 postes ont été supprimés sur 2025-2026, soit 5,88 % des effectifs concernés. À l’échelle nationale, ce sont près de 30 000 postes qui sont donc menacés, si la situation ne change pas.
Parmi les leviers utilisés pour réduire la masse salariale : 57 % des structures n’ont pas remplacé des départs définitifs, 14 % ont laissé des départs temporaires non remplacés, 10 % ont retardé des recrutements nécessaires, et 19 % ont été contraintes à des licenciements économiques. Les auteurs du baromètre alertent sur le fait que ces ajustements, même progressifs, affectent durablement la structure et l’offre des associations.
Des difficultés de recrutement qui fragilisent le secteur
Le baromètre met en lumière des problèmes récurrents dans le recrutement. 59 % des associations rencontrent des difficultés pour recruter des animateurs, 25 % pour des fonctions de coordination, et 16 % pour des fonctions administratives. Ces tensions ont entraîné des adaptations mineures dans 29 % des associations et un impact majeur sur l’offre pour 11 %, là encore le plus souvent au détriment des publics fragiles.
Enfin, l’étude montre que le manque d’attractivité du secteur associatif repose en grande partie sur la précarité des statuts, les faibles niveaux de salaire et la dépendance aux financements publics qui se réduisent constamment.
L’alerte d’Hexopée et l’urgence d’agir
Face à cette situation, Hexopée appelle à des mesures structurelles et urgentes. L’organisation demande la convocation immédiate d’une conférence des financeurs de l’éducation populaire, la sanctuarisation des financements publics, nationaux et locaux, indexée sur l’inflation et les besoins réels des structures, ainsi qu’un soutien spécifique à l’emploi associatif, notamment via une refonte de la taxe sur les salaires pour rendre le secteur plus compétitif et attractif.
David Cluzeau insiste : « Les associations de l’éducation populaire sont aujourd’hui prises en étau entre la baisse des financements publics et la nécessité de répondre à des besoins sociaux toujours plus importants. Il est urgent d’agir pour éviter l’effondrement de ce modèle indispensable à la cohésion sociale et à l’émancipation citoyenne. »
Les données 2025-2026 confirment que la situation dépasse désormais les tensions ponctuelles. Sans intervention rapide, le pilier de l’éducation populaire pourrait voir s’effriter sa capacité à remplir sa mission, compromettant durablement la citoyenneté et le lien social qu’il construit au quotidien.



