Dati, Knafo, Chikirou, Grégoire… Nous avons comparé les programmes des quatre candidats capables de se maintenir au second tour de l’élection municipale à Paris, et l’évidence s’impose : il nous faut un Emmanuel Grégoire pour piloter la capitale. Pourquoi ? Parce qu’au prisme de ce qui compte vraiment dans l’économie sociale et solidaire – et donc dans la vie des gens – pas une candidature ne lui arrive à la cheville. Je vais vous expliquer pourquoi.
Chez Mediatico, nous connaissons bien les enjeux cruciaux qu’affronte l’économie sociale et solidaire. Les budgets, les emplois, la pérennité des projets de solidarité, l’explosion des besoins sociaux, le rôle des associations, le financement de l’intérêt général, la préservation des libertés publiques, l’équité des décisions politiques… C’est un modèle de société qu’il s’agit de sauver aujourd’hui. Un modèle fondé depuis 180 ans sur la devise, certes imparfaite, mais tout de même : Liberté, Égalité, Fraternité.
Qui défend vraiment les associations ?
Alors, que nous proposent les candidats à l’Hôtel de Ville de Paris ? Dans leurs programmes très touffus, et de façon surprenante tous très écologistes, j’ai cherché les déclarations de soutien à l’écosystème qui préserve le lien social, notre humanité, le respect d’autrui, la construction d’un avenir désirable pour nos enfants. J’ai donc cherché les propositions qui concernent les associations, les coopérations et le financement de l’intérêt général.
À ce jeu-là, Emmanuel Grégoire fait largement la différence. D’abord, le candidat de l’union de la gauche est le seul candidat à avoir rencontré les acteurs de l’ESS durant sa campagne, le 17 février au Digital Village, et à leur accorder 12 pages de propositions parmi ses éléments de programme (lire notre article). Inquiet face aux restrictions budgétaires, aux discours de haine et aux restrictions des libertés, il promet de faire de Paris « un rempart pour la démocratie, pour la société civile et pour toutes celles et ceux qui s’engagent ». Et d’ériger la capitale en « refuge » pour la création, la culture et les minorités.
Dati et Knafo : la tentation de la mise au pas
Dans le camp d’en face, Rachida Dati, qui porte les couleurs des Républicains (LR), le parti de droite dirigé par Bruno Retailleau, se découvre tout à coup l’écologie chevillée au corps : propreté (confiée au privé), prolifération des rats, îlots de fraîcheur, préservation des arbres, parterres végétalisés… Du Hidalgo dans le texte ! Mais Rachida Dati invisibilise aussi totalement les associations : dans son programme de 16 pages, seules les associations sportives sont citées (une fois) et l’ex-ministre de la Culture n’a même pas un mot pour les associations culturelles ! Quant aux financements, elle supprimera « les subventions militantes ». À titre personnel, je connais peu d’associations qui ne soient pas militantes, au moins pour une cause locale, sociale ou culturelle.
À l’extrême droite, Sarah Knafo reprend la même rhétorique : celle qui porte les couleurs de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, n’évoque les associations dans son programme qu’en une seule ligne : elle veut « supprimer les subventions aux associations politiques ». Voilà qui fait écho à notre article sur l’injonction idéologique visant à dépolitiser les associations (lire sur Mediatico). À Paris aussi, l’extrême droite confirme donc son offensive contre le monde associatif dans son ensemble. Sous couvert bien sûr d’une meilleure maîtrise budgétaire de la Ville de Paris.
Chikirou : la participation sans sécurisation ?
Cette question budgétaire est prise très au sérieux par Emmanuel Grégoire. Dans son programme dédié à l’ESS, la première priorité du candidat de l’union de la gauche est de « sécuriser le financement et soutenir durablement les associations ». Mais comment compte-t-il agir, alors que la dette de la Ville de Paris n’a jamais été aussi forte ?
Ses réponses sont concrètes et crédibles. Face à la précarité financière des associations, Emmanuel Grégoire entend développer les conventions de financement pluriannuelles, qu’il faudra sécuriser juridiquement car des budgets sont votés annuellement. Les associations n’attendent que ça ! Face à la crise actuelle née du désengagement budgétaire de l’État, il va aussi mettre en place un fonds d’urgence pour les associations en difficulté, pour éviter les cessations d’activité. Enfin, il compte sanctuariser les budgets versés aux associations des quartiers populaires et aux associations féministes, là où les besoins sont les plus criants.
À l’extrême gauche, la députée insoumise Sophia Chikirou (LFI) présente un programme très dense, dans lequel les associations apparaissent comme contributrices d’une politique municipale largement axée sur la participation citoyenne, les budgets participatifs, la solidarité et l’action sociale. Étonnamment, ce programme « Pour un Paris populaire et de l’entraide » s’appuie sur les associations en tant que partenaires naturels, mais il n’adresse pas frontalement les enjeux de financement, de pérennité, voire de survie, auxquels font face aujourd’hui les responsables associatifs.
Grégoire : des leviers concrets pour faire de Paris la capitale de l’ESS
Pour sa part, au-delà de la subvention, Emmanuel Grégoire veut mobiliser d’autres leviers pour soutenir l’économie sociale et solidaire. Le plus puissant est probablement celui des achats publics : le candidat de gauche rappelle que l’ESS représente déjà 148 300 emplois à Paris et il promet d’orienter 50% de la commande publique parisienne vers les PME et les acteurs de l’ESS, afin de soutenir encore plus directement l’emploi local et de développer une économie plus juste.
Face aux difficultés d’accès au foncier, Emmanuel Grégoire compte également réserver 15% des locaux commerciaux municipaux à l’économie sociale et solidaire, développer la foncière municipale Paris Commerces pour accroître le stock de superficies disponibles, et favoriser l’accès à des bureaux et des espaces de stockage à loyers accessibles. Cette stratégie nécessitera un repositionnement politique, économique et peut-être juridique des bailleurs sociaux parisiens, qui gèrent l’essentiel de l’immobilier municipal.
Un choix politique clair
Enfin, parce que les symboles comptent, l’Hôtel de Ville deviendra la Maison des associations, accueillant toute l’année des réunions, des événements, des formations, devenant un symbole vivant de la démocratie citoyenne. Quant à l’engagement bénévole, il sera reconnu et valorisé au travers de la création d’un Parcours de l’engagement, qui inclura notamment des formations gratuites pour les dirigeants associatifs.
Voilà comment Paris peut devenir demain « la capitale de l’économie sociale et solidaire ». Voilà comment cette ambition forte portée par Emmanuel Grégoire peut insuffler l’espoir dont l’économie sociale et solidaire a besoin aujourd’hui. Voilà donc pourquoi il faut aller voter – et faire voter – les 15 et 22 mars prochains. Car le vote sera serré. Et l’avenir de l’économie sociale et solidaire à Paris pourrait bien se jouer à quelques milliers de voix près.



