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Formation professionnelle : le secteur est étranglé par les coupes budgétaires de l’Etat

La formation professionnelle au bord du précipice ? Un baromètre alarmant publié par le Synofdes, en partenariat avec Recherches & Solidarités, révèle l’ampleur de la crise qui frappe un secteur pourtant essentiel à l’emploi, à la transition des compétences et à l’insertion par l’activité économique : plus de la moitié des organismes de formation professionnelle ont réduit ou suspendu des activités, près de la moitié ont diminué leurs effectifs, et près d’un sur dix envisage un dépôt de bilan à court ou moyen terme.

« La formation professionnelle atteint un point de non‑retour », alerte le Synofdes. Les coupes budgétaires affectent l’intégralité de l’écosystème : 89 % des structures répondantes signalent une baisse des financements publics, et 71 % voient leurs ressources régionales ou issues de France Travail et des OPCO diminuer. Ces soutiens, cruciaux pour la pérennité économique des organismes, servent à financer des formations pour des publics souvent vulnérables — demandeurs d’emploi, salariés en reconversion, jeunes peu qualifiés, personnes exilées — pour qui l’accès aux compétences est stratégique.

Derrière ces chiffres se jouent des parcours de vie : des formations reportées, des offres réduites, des moyens humains diminués. Ce dont témoigne crûment le baromètre, c’est que la précarité économique du secteur finit par peser sur les publics eux‑mêmes.

PLF 2026 : austérité confirmée, options réduites

La loi de finances pour 2026, adoptée via l’article 49.3, alourdit encore la charge. Pour l’apprentissage, une réduction de 100 millions d’euros sur un budget initial de 1,4 milliard traduit une politique d’austérité réaffirmée : le financement des contrats d’apprentissage pourrait s’en ressentir, la trésorerie des organismes de formation d’apprentis risque de se tendre, et la suppression de l’aide de 500 euros destinée aux apprentis pour passer leur permis de conduire fragilise particulièrement la mobilité des jeunes en zones rurales ou mal desservies.

Plus globalement, les financements du Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC) sont supprimés et ceux des Pactes Régionaux d’Investissement dans les Compétences (PRIC) réduits, ce qui expose de nombreux organismes à des pertes de marchés publics, à des baisses de chiffre d’affaires et à des risques de fermetures.

Le CPF rogné : une restriction qui frappe au portefeuille

Parallèlement, une réforme du Compte personnel de formation (CPF) est entrée en vigueur avec la loi de finances 2026, modifiant en profondeur la façon dont les droits des salariés peuvent être mobilisés. Jusqu’ici, les droits accumulés (souvent entre 1 500 € et plusieurs milliers d’euros) pouvaient être utilisés pour financer une grande diversité de formations, y compris le permis de conduire — un outil stratégique pour l’accès à l’emploi, notamment hors des grandes métropoles.

Désormais, des plafonds stricts s’appliquent selon la nature de la formation : 1 500 € pour les formations certifiantes, 1 600 € pour les bilans de compétences, et 900 € maximum pour la préparation du permis de conduire du groupe léger (catégories A1, A2, B, B1 ou BE). Et pour les salariés ou indépendants qui souhaitent mobiliser leur CPF pour un permis, un co‑financement d’au moins 100 € par un tiers (employeur, OPCO, Région, etc.) est requis, sinon la prise en charge est rejetée.

Concrètement, même si un titulaire de CPF dispose de plusieurs milliers d’euros, il ne pourra plus les utiliser au‑delà de ces plafonds. Pour le permis de conduire, dont le coût réel dépasse généralement les 1 200‑1 500 €, cela crée un reste à charge significatif, surtout pour les personnes sans soutien extérieur. Ces nouvelles règles étouffent une des utilisations les plus populaires du CPF et risquent d’affaiblir encore l’accès à la mobilité — un pilier clé pour décrocher ou conserver un emploi, notamment dans les zones rurales.

Sur le terrain, ces décisions budgétaires pèsent lourd. Dans certaines régions, les formations au permis de conduire représentaient une part non négligeable des financements CPF : 22 % à 23 % des dossiers en 2024, selon une étude locale.

 Conséquences humaines et fractures territoriales

Au‑delà des chiffres, ce sont des vies qui se jouent : comment accéder à l’emploi sans mobilité ? Comment sécuriser une reconversion sans budget formation ? Comment maintenir des organismes indépendants sans filets ? Les structures de formation ne sont pas des lignes comptables accessoires : elles sont des acteurs sociaux, économiques et territoriaux, qui tissent des passerelles entre compétences, emploi et dignité.

Face à ce constat, le Synofdes appelle à un sursaut politique. Sécuriser les financements publics, repenser les restrictions du CPF, et garantir des conditions de travail pérennes pour les organismes sont indispensables. Car sans formation professionnelle solide, il n’y a pas de résilience sociale ni de compétitivité économique.

Aujourd’hui, la formation professionnelle risque de devenir un secteur périphérique financièrement, alors qu’elle porte l’une des réponses les plus concrètes aux défis du marché du travail. Les mois à venir diront si un compromis politique est possible pour éviter l’asphyxie d’un secteur vital, ou si l’on laissera s’écrouler une infrastructure essentielle de cohésion sociale.

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