C’est par où, la sortie de crise ? Après cinq années de fragilisation économique, depuis le Covid-19 jusqu’au pic d’inflation, en passant par la flambée énergétique et les réductions budgétaires, l’État vient de structurer une réponse qui, espère-t-il, permettra de mieux préserver les structures de l’économie sociale et solidaire en grande fragilité. La Délégation ministérielle à l’économie sociale et solidaire vient en effet de publier « La boussole de l’ESS », un guide ressource de plus de cent pages destiné à orienter les dirigeants de l’ESS vers les dispositifs d’accompagnement existants.
Cette initiative est mise en place par la Cellule nationale de liaison et d’accompagnement des structures de l’ESS en difficulté, une cellule réclamée de longue date par les acteurs du secteur eux-mêmes, qui a fini par voir le jour. Pilotée par la délégation ministérielle à l’ESS dirigée par Maxime Baduel, elle-même logée à Bercy, elle vise donc à anticiper les crises économiques qui touchent les associations, coopératives, mutuelles et fondations. Mais de qui se moque Bercy, questionnent déjà certains ?
Car la publication de cette « boussole » intervient dans un contexte paradoxal. Jamais les structures de l’ESS n’ont été autant sollicitées pour répondre aux besoins sociaux, éducatifs ou territoriaux. Mais jamais leurs financements publics n’ont été aussi incertains.
Dans son message publié sur LinkedIn, Maxime Baduel, délégué ministériel à l’ESS, n’élude pas la question : il décrit sans détour un secteur « mis sous tension » par l’enchaînement des crises, mais aussi par la réduction des subventions publiques qui fragilise de nombreux modèles économiques. Dans ce contexte budgétaire contraint, le délégué ministériel a choisi d’agir à son niveau, avec l’élaboration d’une « boussole » destinée à orienter les structures vers les dispositifs existants.
Un outil pour anticiper les crises
Concrètement, le document rassemble dans un même outil les dispositifs publics, les ressources sectorielles et les structures d’accompagnement susceptibles d’intervenir en cas de difficulté. Avec une multitude de contacts ou de liens sur internet, des portes d’entrée régionales, mais aussi sectorielles…
L’ambition est de fournir un panorama complet des solutions existantes, depuis les dispositifs de droit commun — comme la médiation du crédit ou celle des entreprises — jusqu’aux programmes spécifiques à l’économie sociale et solidaire. Son objectif est clair : aider les dirigeants, bénévoles et responsables à détecter les signaux de fragilité, à mobiliser les dispositifs de prévention et à identifier les solutions de financement ou de restructuration disponibles.
Car, selon Maxime Baduel, cette cellule et cette boussole n’ont pas vocation à être une réponse ponctuelle. Elles entendent constituer un outil pérenne d’anticipation et de prévention des difficultés économiques dans un secteur innovant, dont les modèles économiques sont fragiles.
La Cellule nationale de liaison et d’accompagnement des structures de l’ESS en difficulté poursuit ainsi trois objectifs principaux : mieux suivre la santé économique des structures de l’ESS, mobiliser les dispositifs existants à l’échelle nationale et accompagner la mise en place de cellules régionales capables d’intervenir au plus près des territoires.
Des réactions partagées dans l’écosystème
Mais la publication de cette « boussole de l’ESS » suscite des réactions pour le moins contrastées dans le secteur. Pour Fabrice Deschamps, administrateur d’Harmonie Mutuelle, « en cette période difficile pour de nombreuses associations et structures de l’ESS, ce document était très attendu ».
Mais pour beaucoup d’acteurs, le problème n’est pas l’absence de guide. C’est l’absence de moyens. Car les décisions budgétaires brutales de l’État, comme la suppression soudaine de certains dispositifs de financement, mettent en péril des structures entières du jour au lendemain.
François Deroo, directeur de l’association Les Petits Débrouillards, rappelle aussi que les structures associatives reçoivent proportionnellement beaucoup moins d’aides financières de l’État que le secteur marchand. Selon lui, la baisse des subventions observée ces dernières années menace la capacité d’innovation sociale et la cohésion territoriale.
D’autres estiment que soutenir financièrement les structures en difficulté ne suffit pas si l’on ne questionne pas les modèles économiques ou la gouvernance des organisations de l’ESS. Et certains de réclamer un véritable audit stratégique du secteur afin de transformer durablement les organisations, plutôt que de traiter seulement les symptômes.
Enfin, plusieurs contributions rappellent l’importance des acteurs territoriaux, à commencer par le rôle des chambres régionales de l’économie sociale et solidaire dans l’accueil et l’orientation des structures en difficulté.
Une cartographie des ressources disponibles
Au-delà du débat, la « Boussole de l’ESS » offre surtout une cartographie détaillée des outils d’accompagnement. Et c’est évidemment son principal intérêt ! Nous avons choisi de mettre la lumière sur quatre d’entre eux, dans un guide qui comporte, rappelons-le, plus de 100 pages :
- Le Dispositif local d’accompagnement, opéré au niveau national par Avise pour bénéficier d’un accompagnement sur mesure, consolider son modèle économique, restructurer sa gouvernance ou préparer un plan de redressement.
- SOS Employeurs ESS est un dispositif d’entraide entre employeurs porté par l’UDES, pour un accompagnement confidentiel entre pairs, une analyse des difficultés et une orientation vers les solutions adaptées.
- Le programme Prev’Asso, lancé en Occitanie et désormais en cours de déploiement national sous l’impulsion du Mouvement Associatif, pour un accompagnement d’urgence des associations employeuses afin de préserver leurs activités et leurs emplois.
- L’autodiagnostic de l’Institut IDEAS, un outil rapide pour évaluer de façon autonome son niveau de maturité en matière de gouvernance, de pilotage et de gestion financière.
Ces outils visent à prévenir plutôt qu’à guérir, une démarche intelligente. Longtemps, les dispositifs d’aide sont intervenus lorsque les structures étaient déjà en situation critique. Leur objectif affiché aujourd’hui est d’anticiper davantage les fragilités et de renforcer les outils de prévention.
Reste à savoir si ces outils suffiront à répondre aux difficultés structurelles d’un secteur qui représente près de 10 % de l’emploi en France, qui assume une part croissante des missions sociales, éducatives et culturelles dans les territoires, mais qui manque cruellement de reconnaissance politique.
Or, la question n’est plus seulement de savoir comment sauver les structures en difficulté. Mais de savoir si l’État souhaite réellement consolider un secteur auquel il délègue une part croissante de l’intérêt général.
Une « boussole » peut aider à trouver son chemin. Encore faut-il que la route existe. Et que les moyens de l’emprunter soient au rendez-vous.




