Une nouvelle manière de pêcher apparaît sur les côtes françaises. Mer de Liens, société de pêche citoyenne et solidaire, voit le jour et entend bien transformer le secteur de la pêche tout en donnant sa chance à la nouvelle génération. Une première levée de fonds citoyenne a même été officiellement lancée le 23 décembre 2025, avec l’objectif de collecter au moins 200 000 € d’épargne solidaire pour financer l’achat du premier bateau et installer un jeune pêcheur artisan d’ici la fin de 2026 !
Fruit d’un travail de plus de deux ans conduit par l’association Pleine Mer, ce projet propose une réponse concrète aux défis de la pêche artisanale, conjuguant justice sociale, transition écologique et engagement citoyen. Le constat est simple : le métier de marin-pêcheur est en crise. Les bateaux et les droits de pêche se spéculent, les jeunes n’ont pas accès à des moyens financiers suffisants et la transition écologique du secteur reste à construire.
Mer de Liens apporte deux réponses concrètes. D’une part, permettre à la pêche artisanale de rester viable, face au changement climatique et à la raréfaction des ressources. D’autre part, accompagner la transmission entre générations, et sécuriser l’avenir de jeunes marins-pêcheurs.
Une communauté engagée
Inspirée du modèle des foncières citoyennes comme Terre de Liens, cette initiative met la société civile au cœur du projet. Chacun peut devenir acteur du changement, en investissant dans l’avenir des ports, des métiers et des communautés littorales.
Derrière Mer de Liens, un collectif solide : des marins-pêcheurs, des scientifiques, des navigateurs et des journalistes engagés. Parmi eux : la navigatrice Isabelle Autissier, le professeur émérite Didier Gascuel, le marin-pêcheur engagé Charles Braine, l’autrice Inès Léraud, bien sûr le directeur de l’association Pleine Mer, Thibault Josse, mais aussi des structures comme Fermes en ViE, Terre de Liens, Eau et rivière de Bretagne ou Coopcircuits.
Un modèle inspiré des foncières citoyennes — appliqué à la mer
Mer de Liens s’inspire clairement des foncières citoyennes comme Terre de Liens dans l’agriculture : au lieu de laisser la spéculation sur les bateaux et les quotas de pêche concentrer les moyens de production entre les mains des acteurs les plus puissants, il s’agit de mobiliser l’épargne citoyenne pour acquérir des bateaux et sanctuariser les droits de pêche, afin d’installer des jeunes pêcheurs artisans engagés dans des pratiques durables.
Le contexte est connu des professionnels : en France, il faut non seulement acheter un navire, mais aussi les quotas qui lui sont rattachés pour pouvoir pêcher légalement. Ce système a tendance à faire exploser les prix des bateaux, les rendant inaccessibles aux jeunes entrants du métier et favorisant une pêche industrielle moins durable. Mer de Liens entend rompre ce cercle.
Concrètement, les citoyens vont investir via un modèle d’actionnariat solidaire. L’argent sert à acheter des bateaux et à installer des jeunes pêcheurs, tout en les accompagnant pour sécuriser leur activité. Le premier jeune devrait être installé avant la fin de l’année 2026, grâce à cette levée de fonds.
Un objet social au cœur de l’économie sociale et solidaire
Juridiquement, Mer de Liens est constituée en société en commandite par actions (SCA), administrée par une SASU pilotée par l’association Pleine Mer. C’est dans cette SCA que l’épargne citoyenne est collectée et investie. Les souscripteurs deviennent actionnaires commanditaires, participent aux assemblées générales et votent sur les décisions importantes de la société.
Ce montage garantit que les bateaux et leurs quotas ne retomberont pas dans la spéculation : Mer de Liens conserve le contrôle des droits de pêche, et les projets d’installation sont examinés par un comité technique et scientifique, composé de pêcheurs, d’experts maritimes, de juristes et d’acteurs de l’ESS.
Derrière les chiffres, une ambition collective
Mer de Liens n’est pas un gadget philanthropique. C’est une société structurée, avec des mécanismes de gouvernance solides, un modèle juridique pensé pour désamorcer la spéculation et sécuriser l’avenir des pêcheurs artisans, et un ancrage fort dans l’ESS.
Alors que le monde regarde de plus en plus vers des solutions intégrées pour concilier activité humaine et préservation des océans, ce modèle citoyen de financement, d’installation et de transmission pourrait bien faire école, tout en donnant à des générations de jeunes pêcheurs une véritable chance d’exercer leur métier.



