L’Université Polytechnique Hauts-de-France lance, le 6 février 2026, sur le site minier de Wallers-Arenberg, un ambitieux projet de recherche-action pour penser l’entreprise « autrement » à l’échelle européenne. Objectif : faire des Hauts-de-France un laboratoire de la société à mission de demain.
Il faut dire que le rôle de l’entreprise dans la société ne cesse de gagner en intensité, même à l’heure du backlash écologique et social. Crises climatiques, défiance démocratique, fragilisation des finances publiques, tensions sociales : le modèle capitaliste centré exclusivement sur la performance financière montre largement ses limites. En France, comme dans les pays voisins.
En France, la loi Pacte de 2019 et l’introduction du statut de société à mission ont permis depuis plusieurs années de trouver une traduction juridique à la volonté de relever ces enjeux. Sept ans plus tard, l’heure est venue d’en tirer les enseignements et d’envisager une nouvelle étape : le projet « Société à mission en Europe », lancé ce 6 février 2026 par l’Université Polytechnique Hauts-de-France, ambitionne de décliner la société à mission à l’échelle européenne.
Wallers-Arenberg, symbole d’une reconversion
Le choix du site minier de Wallers-Arenberg pour accueillir cet événement n’a rien d’anodin. Ancien haut lieu de l’industrie charbonnière, devenu pôle culturel et audiovisuel, il incarne les transformations économiques et sociales qu’ont connues les territoires industriels français.
C’est donc sur un site chargé d’histoire que près de 250 participants – chercheurs, dirigeants, élus, étudiants et représentants institutionnels – sont attendus vendredi, pour une journée de réflexion consacrée à l’avenir de l’entreprise. Un signal fort, qui témoigne de l’actualité du sujet et de l’intérêt qu’il suscite bien au-delà des cercles académiques.
Faire des Hauts-de-France un laboratoire européen
Porté par l’UPHF dans le cadre d’un projet FEDER, en partenariat avec l’Observatoire de l’éthique et de nombreux acteurs académiques et économiques, le programme vise à faire de la région Hauts-de-France un territoire d’expérimentation de « l’entreprise autrement ».
L’ambition est claire : observer, analyser et accompagner le déploiement des sociétés à mission sur le terrain, en tenant compte des réalités économiques locales, des dynamiques sociales et des enjeux environnementaux.
Quinze ans après les premiers travaux menés par Mines ParisTech et le Collège des Bernardins, qui avaient posé les bases intellectuelles de la société à mission, ce projet entend fédérer une nouvelle génération de chercheurs et de praticiens. Il s’agit désormais de dépasser le cadre national pour penser un modèle européen, capable de s’adapter aux différentes cultures économiques et juridiques du continent.
L’« acte 2 » de la société à mission
Le projet « Société à mission en Europe » se présente comme une forme d’« acte 2 » du modèle français. Après l’expérimentation juridique et les premières années de mise en œuvre, vient le temps de l’évaluation et de la consolidation.
Quels sont les impacts réels des sociétés à mission sur la gouvernance, la stratégie, l’emploi ou l’innovation ? Quelles sont leurs forces, leurs limites, leurs zones de fragilité ? Comment éviter qu’elles ne se réduisent à un outil de communication ? Et comment favoriser leur ancrage territorial durable ?
Autant de questions que les équipes de recherche entendent explorer, en lien étroit avec les entreprises et les institutions publiques. L’objectif n’est pas de produire un modèle théorique abstrait, mais de s’appuyer sur les pratiques concrètes pour faire émerger des standards crédibles et opérationnels.
Un programme au croisement des mondes académique, politique et économique
La journée de lancement réunira plusieurs figures majeures du débat sur l’entreprise responsable. Parmi les intervenants attendus figurent notamment Abdelhakim Artiba, président de l’UPHF, Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, ainsi qu’Emery Jacquillat, fondateur de la Communauté des entreprises à mission.
Des chercheurs de référence, comme Armand Hatchuel, Blanche Segrestin, Rodolphe Durand ou Cécile Renouard, apporteront également leur éclairage théorique et critique. Cette diversité d’intervenants illustre la volonté du projet de croiser les regards et de décloisonner les approches. Autour d’eux, un large réseau de partenaires – grandes écoles, universités, réseaux d’entreprises, think tanks et institutions territoriales – participe à la construction collective de cette réflexion européenne.
Vers un nouveau compromis économique européen ?
Car en s’appuyant sur les Hauts-de-France comme territoire pilote, le projet entend analyser comment les entreprises peuvent contribuer concrètement à la réindustrialisation durable, à l’inclusion professionnelle, à la transition énergétique ou encore à la revitalisation des bassins d’emploi. Mais au-delà du cas français, « Société à mission en Europe » interroge la capacité du continent à inventer son propre modèle d’entreprise, entre capitalisme financier anglo-saxon et interventionnisme étatique.
Dans un contexte de concurrence internationale accrue et de tensions géopolitiques, la question de la souveraineté économique se conjugue désormais avec celle de la soutenabilité. L’enjeu n’est plus seulement de produire, mais de produire autrement.
Au cœur du projet se trouve donc une conviction partagée : l’entreprise ne peut plus être pensée comme un simple agent économique autonome. Elle est devenue un acteur central des transitions écologiques, sociales et territoriales. Auxquelles sont aujourd’hui confrontés tous les pays.









