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Municipales 2026 : les Français voteront pour l’économie sociale et solidaire (même s’ils ne le savent pas encore)

À cinq semaines des élections municipales, c’est un chiffre frappant : 83 % des Français affirment que le vivre-ensemble va compter dans leur vote les 15 et 22 mars prochains, et 81 % que ce vivre-ensemble est « un bon projet pour la France ». C’est ce que révèle l’étude OpinionWay pour le Groupe SOS, publiée ce dimanche par La Tribune, et c’est un chiffre éclairant à plus d’un titre.

D’abord, parce que derrière ce chiffre se cache une évidence : sans le savoir, la majorité des électrices et des électeurs se soucie profondément de ce qu’apporte l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) au quotidien. Le vivre-ensemble ne se construit pas seulement dans les discours politiques : il se vit chaque jour dans les écoles, dans les associations sportives, dans les activités culturelles, dans les structures d’accompagnement social, dans toutes les formes d’initiatives locales impulsées par les acteurs de l’économie sociale et solidaire, qui tissent du lien et créent du collectif.

Le sondage est clair : les Français valorisent les associations et l’école (51 %) comme principaux vecteurs du vivre-ensemble, bien avant les collectivités locales (32%), ou encore les élus et les médias (9 % et 11 %). Et ils ont raison : nos associations sont le cœur battant de nos territoires, elles créent des emplois, accompagnent les plus fragiles, permettent de rencontrer la diversité, animent la vie locale, et produisent des solutions concrètes pour la cohésion sociale. 

Que ce soit le réseau GNIAC, qui vient de mettre en avant les maires partenaires de l’ESS comme « entrepreneur·e·s de leur territoire », ou qu’il s’agisse des « entreprises à but d’emploi » installées sur les Territoires zéro chômeur de longue durée comme à Pantin, l’ESS est partout. Elle démontre largement son utilité. Et elle fait chaque jour, silencieusement, la preuve de son efficacité.

Les 3 valeurs préférées des Français : liberté, vivre-ensemble, égalité

Ensuite, ce sondage éclaire une technique manipulatoire de l’opinion bien connue, alors même que d’autres sondages très différents sont hélas plus largement répandus dans la sphère médiatique. À la question du sondage OpinionWay / Groupe SOS « Quelles sont les valeurs les plus importantes dans votre quotidien ? », les personnes interrogées répondent : la liberté individuelle (51 %), le vivre-ensemble (49 %), l’égalité (48 %), l’ouverture d’esprit (47 %) ou le respect de l’environnement (46 %). Ça fait du bien, non ?

Mais alors, pourquoi Ipsos disait-il en septembre que les préoccupations principales des Français étaient la criminalité, l’inflation et les impôts ? Pourquoi l’Ifop disait-il en janvier que leurs sujets prioritaires étaient la santé, l’inflation et la lutte contre le terrorisme ? Réponse : parce que les questions posées ne sont pas les mêmes. Et parce que les réponses suggérées par le sondage lui-même sont orientées. 

Naturellement, le sondage OpinionWay / Groupe SOS est lui aussi orienté. Mais acceptons de voir qu’il suffit d’interroger les Français de façon positive, sincère et profonde, pour s’entendre répondre : « Ce qui compte vraiment à mes yeux, c’est ce que porte l’économie sociale et solidaire ». Au passage, notons que le trio gagnant des valeurs préférées des Français, « liberté, vivre-ensemble, égalité », ressemble farouchement… à notre devise « Liberté, égalité, fraternité ». Ça aussi, ça fait du bien !

Une pondération par appartenances politiques

Enfin, notons que le consensus autour du vivre-ensemble demeure, même s’il est pondéré par appartenances politiques : l’adhésion atteint 96 % chez les écologistes, 94 % chez les sympathisants socialistes, 91 % chez les soutiens de la majorité présidentielle, 84 % à La France insoumise et 82 % chez Les Républicains. Elle chute à 68 % chez les électeurs du Rassemblement national, ce qui reste néanmoins un niveau de préoccupation élevé, amorçant peut-être des fractures à venir au sein de ce parti. 

Les écarts sont également marqués selon les profils sociaux : si 83 % des Français déclarent que le vivre-ensemble pèsera dans leur choix électoral, ce chiffre grimpe à 89 % chez les moins de 35 ans et 90 % chez les personnes issues de minorités. Loin d’un concept abstrait, le vivre-ensemble apparaît donc comme une valeur fortement incarnée par les jeunes générations, mais aussi par les publics les plus exposés aux fractures sociales, auxquelles les municipalités devront répondre (suite de l’article : après l’image).

Les associations veulent exister dans les programmes municipaux

Par conséquent, pour que la contribution de l’économie sociale et solidaire et que les valeurs associatives soient reconnues par et dans les programmes municipaux, les grands réseaux se mobilisent ! Le Mouvement associatif et le syndicat d’employeurs Hexopée, par exemple, alertent sur la nécessité de sécuriser le financement et la liberté d’action des associations. L’association Démocratie Ouverte, elle, publie 80 mesures concrètes pour renforcer la démocratie locale et encourager la participation citoyenne.

Dans le même temps, le réseau de collectivités RTES propose son Kit MunicipalESS 2026, pour guider les candidats et les futurs élus dans l’intégration de l’ESS dans leurs politiques locales. La CRESS Auvergne-Rhône-Alpes et la CRESS Hauts-de-France multiplient les initiatives pédagogiques et les partenariats locaux pour rapprocher les associations et les futurs élus. Enfin, des collectifs thématiques comme VRAC France ou Makesense se mobilisent pour porter les enjeux de l’alimentation durable et de l’écologie auprès des jeunes et des citoyens.

Ces différentes mobilisations traduisent une conviction largement partagée : les élections municipales ne se gagnent pas seulement dans les urnes, elles se construisent très en amont avec les associations, qui incarnent le lien social, la vie locale et la représentation directe des habitants. Bien plus que des exécutantes de politiques publiques, les associations sont révélatrices des besoins, des injustices et des potentiels d’innovation de chaque territoire.

Les demandes concrètes et immédiates de l’ESS aux candidats

Très concrètement, l’ESS et ses réseaux proposent une multitude de solutions concrètes et de points de progrès à intégrer dans les programmes électoraux. À ce titre, les quatre grands axes mis en avant par le Mouvement Associatif sont éclairants :

  1. Soutenir l’engagement associatif local, avec des bénévoles formés, visibles et intégrés dans la gouvernance de leur territoire.
  2. Financer durablement les associations, en privilégiant les subventions et conventions pluriannuelles plutôt que des appels à projets contraignants qui fragilisent les structures et leurs emplois.
  3. Renforcer la coopération entre collectivités et associations, via conseils de la vie associative, chartes d’engagement réciproques et espaces de dialogue pérennes.
  4. Accompagner la montée en compétence des associations, avec formation des agents, mutualisation des ressources et outils pratiques pour gérer les contraintes administratives et légales.

À ces enjeux viennent s’ajouter des questions de survie financière pour certaines structures associatives. Avec la disparition de 2,5 milliards d’euros de subventions entre 2024 et 2025, et encore 1 milliard prévu pour 2026, plus de 90 000 emplois associatifs sont menacés, rappelle Mickaël Huet. Pour des structures comme PAM! à Pantin, chaque décision budgétaire des futurs maires déterminera la possibilité – ou pas – de créer des emplois, de soutenir des actions sociales et de faire vivre un territoire.

Municipales 2026 : le choix des Français est clair

En cette période où la cohésion sociale est mise à rude épreuve — isolement des personnes âgées, précarité, fracture éducative et territoriale — les Français veulent des élus capables de soutenir le vivre-ensemble. En tête des actions qu’ils plébiscitent, figure la participation des habitants aux décisions locales, l’accompagnement des enfants dans la lutte contre les discriminations, ou encore la mobilisation contre l’isolement des personnes âgées. 

À cela s’ajoutent d’autres leviers bien identifiés : développement de lieux de sociabilité, accès renforcé à la culture et au sport, promotion de la mixité sociale et générationnelle dans les quartiers. Les associations, les SCIC, les entreprises sociales et les collectifs citoyens incarnent précisément déjà cette ambition. 

Pour les candidats et futurs élus, la leçon est simple : écouter, dialoguer et intégrer les associations dans l’action municipale n’est pas une option. C’est la condition pour répondre aux attentes des Français et pour construire des territoires résilients, solidaires et vivants.

Alors, à cinq semaines du premier tour des municipales, faites-le savoir à celles et ceux qui ne le savent pas encore : voter pour le vivre-ensemble, c’est voter pour l’ESS.


Ressources :

Le sondage intégral OpinionWay / Groupe SOS / La Tribune Dimanche : 
https://www.groupe-sos.org/wp-content/uploads/2022/11/Synthese-OpinionWay-pour-Groupe-SOS-Les-Francais-et-le-vivre-ensemble-Janvier-2026.pdf

Les témoignages vidéo de GNIAC : « Ces maires entrepreneur.e.s de territoires » : 
https://www.youtube.com/@gniac_asso8167

Le plaidoyer du Mouvement associatif pour les municipales : 

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