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Le « second métier » des agriculteurs : ce que révèle le Salon de l’Agriculture 2026

Du 21 février au 1er mars, à Paris, le Salon International de l’Agriculture ressemble aussi parfois à un salon des solutions. Derrière les stands, les dégustations et les rires des enfants, un nouveau récit s’impose : celui d’une agriculture non seulement qui nourrit, mais aussi qui répare, protège et régénère. Une agriculture à regarder autrement.

Au cœur de cette édition, Fermes d’Avenir défend par exemple une idée simple et radicale : les agriculteurs exercent aujourd’hui un « second métier », largement invisible et pourtant essentiel. En plus de produire de l’alimentation, ils entretiennent les sols, préservent l’eau, la biodiversité et contribuent à l’atténuation du changement climatique. Ces missions sont indispensables, mais rarement rémunérées.

Rémunérer ce qui ne l’est pas (encore)

Pour y remédier, l’association présente au Salon de l’Agriculture son programme FinBEE (Financer les Bons États Écologiques), fondé sur la méthode de Comptabilité Écologique C.A.R.E. développée par Jacques Richard et Alexandre Rambaud. L’objectif : identifier et chiffrer précisément le coût des pratiques de préservation des biens communs, afin que les collectivités, banques, agences publiques et acteurs des filières puissent les financer de manière pérenne.

« Restaurer des haies, réduire le labour, protéger les écosystèmes a un coût réel. Tant que ce coût n’est pas reconnu économiquement, la transition restera marginale », résumait ainsi Marion Enzer, directrice de Fermes d’Avenir, lors d’une conférence organisée sur le stand de Max Havelaar France, l’un de ses partenaires.

Conditionner les aides publiques à la justice sociale

Pour sa part, Max Havelaar milite depuis des années pour une meilleure répartition de la valeur et des revenus décents pour les producteurs agricoles. Cette ONG du commerce équitable organisait cette semaine une table ronde au titre sans ambiguïté : « Aides publiques : conditionner les soutiens des entreprises à la juste rémunération des agriculteurs »

Autour notamment de Benoît Biteau, député européen et agriculteur, la discussion a porté sur les leviers économiques et fiscaux réellement activables : prix d’achat garantissant un revenu décent, respect du droit du travail, lutte contre la précarité agricole.

À un an de l’élection présidentielle, alors que les aides publiques aux entreprises représentent plus de 200 milliards d’euros par an, l’ONG entend ouvrir « un nouveau chapitre du débat agricole », en liant clairement soutien public et engagement social et environnemental.

Des fermes qui montrent la voie

Cette autre façon de regarder l’agriculture ne relève pas du concept. En amont du Salon, Fermes d’Avenir a ainsi distingué trois exploitations exemplaires en Auvergne-Rhône-Alpes : grandes cultures, arboriculture et élevage laitier. Des fermes ancrées localement, en agriculture biologique, combinant transformation, vente directe et sobriété économique.

Au-delà de la dotation financière, ces lauréats incarnent des modèles agroécologiques concrets, documentés et diffusés pour inspirer d’autres territoires. Une manière de rappeler que la transition est déjà à l’œuvre — à condition de lui donner les moyens de changer d’échelle.

Changer de regard sur l’agriculture

À Paris, cette édition du Salon de l’Agriculture donne ainsi à voir un autre visage du monde paysan : moins productiviste, plus systémique, où la performance ne se mesure pas seulement en rendement, mais aussi en santé des écosystèmes et en qualité de vie des agriculteurs.

Reste une question centrale, que les initiatives de Fermes d’Avenir et de Max Havelaar posent frontalement : combien vaut, pour la société, le travail invisible de celles et ceux qui prennent soin de nos biens communs ? Et surtout, quand déciderons-nous de le payer à sa juste valeur ?

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