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Emplois d’insertion : La circulaire 2026 ouvre l’ère du pilotage par la performance

Après des mois d’incertitudes budgétaires et de mobilisation intense des réseaux employeurs, l’Insertion par l’Activité Économique (IAE) entre dans une phase de relative stabilisation budgétaire, mais aussi de transformation profonde de son pilotage.

La publication de la circulaire FIE 2026 marque un tournant majeur pour le secteur. Un tournant salué comme une « résistance qui a fonctionné » sur le plan budgétaire, car l’année avait commencé sous forte tension. À l’automne dernier, les premières projections budgétaires laissaient entrevoir jusqu’à 20 000 suppressions de postes dans le secteur de l’IAE. Une perspective qui avait déclenché une forte mobilisation des réseaux, notamment lors du GSEF à Bordeaux, mais aussi auprès des parlementaires et des fédérations nationales.

Selon les éléments relayés par Jérôme Troquereau, figure engagée du secteur, cette séquence a permis la reprise du dialogue avec l’exécutif. Le Collectif IAE a notamment été reçu le 5 mai par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, avec un engagement explicite : préserver le budget du secteur pour 2027. Résultat : la circulaire FIE 2026 acte un budget national jugé « stabilisé », même s’il est inférieur à celui des dernières années compte tenu de la forte tension sur les finances publiques.

Une victoire relative pour les réseaux de l’IAE

Mais dans les réseaux de l’IAE, le ton oscille entre soulagement et prudence. D’un côté, les acteurs du secteur considèrent avoir évité un scénario de réduction brutale des moyens. De l’autre, ils rappellent que la trajectoire budgétaire reste contrainte alors que les besoins d’accompagnement continuent d’augmenter.

Avec environ 350 000 personnes accompagnées chaque année vers l’emploi durable, les structures de l’IAE (SIAE) jouent un rôle central dans les politiques d’inclusion, de lutte contre le chômage de longue durée et de transition professionnelle.

L’entrée dans une logique de performance assumée

Mais surtout, au-delà des chiffres, la principale évolution de la circulaire 2026 concerne le changement de doctrine de pilotage. Le texte introduit un renforcement du pilotage par la qualité et la performance dans les conventionnements, avec une modulation des équivalents temps plein (ETP) par les directions départementales de l’emploi (DDETS) en fonction des résultats de sortie en emploi.

Cette évolution est assumée par les autorités publiques dans une logique de meilleure efficacité de la dépense publique. Elle est aussi souvent acceptée dans le secteur, mais elle y suscite des débats importants. Car si les structures d’insertion ne contestent pas le principe de l’évaluation, elles alertent sur ses modalités concrètes.

« L’IAE n’a pas peur d’être mesurée. La seule vraie question, c’est : mesurée comment ? », résume Jérôme Troquereau.

Mesurer l’impact : un sujet central pour le secteur

Le risque pointé par de nombreux acteurs est celui d’une lecture trop mécanique des taux de sortie en emploi, sans prise en compte suffisante des profils accompagnés. Comparer les résultats de structures accueillant des publics très éloignés de l’emploi avec ceux de publics plus proches du marché du travail reviendrait, selon eux, à comparer des réalités incomparables.

Dans cette perspective, les réseaux appellent à un affinement des outils statistiques et des critères d’évaluation, notamment dans le cadre des dialogues de gestion 2026 et des travaux en cours de l’IGAS sur le sujet.

Une filière qui se mobilise pour peser sur l’après-2027

Cette tension entre pilotage budgétaire et reconnaissance de la réalité sociale du terrain s’inscrit dans un contexte plus large de mobilisation politique du secteur.

Le Collectif IAE organise ainsi un colloque au Palais du Luxembourg le 1er juin 2026, sous le parrainage du sénateur Jean-Luc Fichet. L’objectif : replacer l’IAE au cœur des débats sur l’avenir du marché du travail et des politiques publiques.

Les réseaux entendent y défendre une vision élargie du secteur : non seulement comme outil de lutte contre l’exclusion, mais aussi comme levier de transition écologique, de développement territorial et d’innovation sociale.

Dans les éléments de cadrage du colloque, les structures rappellent que l’IAE est loin d’être marginale : elle constitue un système de 4 500 structures en France, ancrées dans les territoires et au croisement des politiques sociales, économiques et environnementales.

Le Div’Day IAE : un signe d’ouverture vers les entreprises classiques

Autre initiative révélatrice des évolutions en cours : le lancement du premier Div’Day IAE en Île-de-France, en partenariat avec France Travail et Immersion Facilitée. Cette journée d’immersion en entreprises vise à créer des passerelles entre les publics en insertion et les employeurs classiques, en ouvrant les portes des entreprises à des candidats souvent peu visibles sur le marché de l’emploi traditionnel.

Avec plus de 32 000 personnes en transition professionnelle accompagnées en Île-de-France par les SIAE, l’enjeu est aussi de mieux connecter les parcours d’insertion aux besoins de recrutement des entreprises.

Le secteur a obtenu un répit sur le plan financier, mais il devra désormais composer avec une exigence accrue de résultats et une pression croissante sur ses modalités d’action.

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