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Représentativité patronale 2029 : l’UDES veut faire émerger un patronat de l’ESS à part entière

C’est un tournant stratégique pour la représentation patronale en France. L’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) engage en 2026 une transformation de fond, avec l’ouverture de l’adhésion directe à l’ensemble des entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS). L’ambition politique est assumée : faire émerger un patronat de l’ESS plus lisible, plus influent et pleinement reconnu dans le dialogue social national.

Jusqu’ici, l’Udes reposait sur un modèle d’adhésion indirecte, via ses 21 organisations membres – fédérations et syndicats professionnels. Ce système lui permet aujourd’hui de rassembler 41 000 entreprises et 800 000 salariés. Mais il montrait ses limites à l’heure où l’ESS, forte de ses 200 000 structures employeuses et de ses 2,7 millions de salariés, cherche à peser à la hauteur de son poids économique, soit près de 14 % de l’emploi privé.

En ouvrant désormais l’adhésion à toutes les entreprises du secteur, l’Udes change de braquet. « Nous construisons la maison commune des employeurs engagés », résume son président, David Cluzeau. L’objectif est clair : associer directement les dirigeants à la dynamique collective, et dépasser une représentation fragmentée pour structurer un véritable “pacte patronal solidaire”.

Objectif : la bataille de la représentativité en 2029

Cette évolution n’est pas seulement organisationnelle. Elle répond à une échéance précise : la prochaine mesure de la représentativité patronale, prévue en 2029. Pour espérer siéger à la table des négociations interprofessionnelles – aux côtés des grandes organisations comme le Medef, la CPME ou l’U2P – l’Udes devra franchir le seuil de 8 % de représentativité, mesuré en nombre d’entreprises ou de salariés à l’échelle nationale.

Aujourd’hui, l’organisation revendique 6,3 % des entreprises syndiquées. L’ouverture des adhésions directes vise donc à provoquer un saut d’échelle décisif. Cette stratégie de “travail de fourmi”, selon les propres mots de son président, passera autant par des campagnes d’adhésion que par un patient travail de conviction sur le terrain.

L’enjeu dépasse donc la seule reconnaissance institutionnelle. Il conditionne l’accès aux grandes instances du dialogue social : l’Unédic, le Conseil d’orientation des retraites, la Sécurité sociale… et donc la capacité à peser dans les accords interprofessionnels qui structurent très largement le droit du travail. Or, en la matière, l’économie sociale et solidaire revendique un positionnement différent.

Faire entendre une autre voix patronale

L’Udes revendique en effet une singularité : celle d’un patronat porteur d’un autre modèle d’entreprise. Gouvernance démocratique, utilité sociale, ancrage territorial… autant de principes qui, selon elle, doivent trouver leur place dans les équilibres économiques et sociaux du pays.

« Le patronat doit évoluer », insiste David Cluzeau. Une déclaration qui résonne dans un contexte de recomposition du paysage patronal, où de nouvelles voix cherchent à émerger. À l’instar du Mouvement Impact France, qui vise lui aussi une reconnaissance accrue mais qui n’a pas le statut de syndicat, l’Udes entend incarner une voie spécifique, enracinée dans l’histoire et représentative des pratiques de l’ESS.

Le chercheur Timothée Duverger, responsable de la chaire TerrESS à Sciences Po Bordeaux, va plus loin. Pour lui, cette dynamique s’inscrit dans un moment plus large de recomposition démocratique : « À l’heure où certaines composantes du patronat perdent leurs repères, l’Udes se lance dans la bataille de la représentativité. Un enjeu majeur dans un moment où la République vacille. »

Une mobilisation collective à construire

Reste que le défi est de taille pour l’Udes. Convaincre des dizaines de milliers d’entreprises – associations, coopératives, mutuelles, fondations, mais aussi sociétés commerciales de l’ESS – de rejoindre directement l’organisation suppose de dépasser les logiques de filières et les habitudes de représentation sectorielle. Plusieurs entreprises ou associations employeuses sont par ailleurs déjà membres d’une fédération professionnelle déjà adhérente à l’Udes : adhéreront-elles une seconde fois à une organisation représentative ?

L’Udes entend relever ce défi et mise sur une génération de dirigeants « plus ouverts, plus exigeants et pleinement investis dans les transitions économiques, sociales et écologiques » pour la rejoindre. Une génération susceptible de se reconnaître dans une organisation patronale qui ne se limite pas à la défense d’intérêts économiques, mais porte une vision politique du rôle de l’entreprise dans la société.

D’ici à 2029, c’est donc une véritable campagne de structuration du patronat de l’ESS qui s’ouvre. Avec, en toile de fond, une question simple : l’économie sociale et solidaire peut-elle transformer son poids économique en pouvoir de négociation ? 

En ouvrant grand ses portes, l’Udes fait le pari que oui.

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