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Kylian Mbappé : un sourire qui rappelle que les valeurs du sport collectif éclairent la société

La France n’est pas encore triple championne du monde de football – mais on y croit pour ce soir – que le sourire de Kilian Mbappé a déjà reconquis bien des coeurs. Face au Paraguay samedi soir, bousculé, accroché, l’attaquant français a répondu par le jeu, sans (presque) jamais perdre son calme, ni son sourire. Le football professionnel est souvent réduit à ses excès, à raison. Mais il lui arrive parfois de rappeler pourquoi des millions de personnes aiment le sport.

Voilà donc un sourire qui fait honneur à la France, mais qui rappelle aussi que le sport n’est pas qu’une affaire de performance : il porte des valeurs de coopération, de respect et de résilience, aujourd’hui hélas fragilisées jusque dans les clubs associatifs amateurs. Dans une société où les échanges publics se durcissent et où les réseaux sociaux favorisent l’agressivité, la maîtrise de soi, le respect de l’adversaire et le jeu collectif deviennent des actes de résistance !

Le sport, une école de coopération

Mais saviez-vous que le sport français repose d’abord sur l’économie sociale et solidaire ? Ses valeurs ne naissent pas dans les stades de la Coupe du monde. Elles s’apprennent dans les milliers de clubs associatifs qui maillent les territoires. Chaque semaine, des millions d’enfants y découvrent qu’une victoire se construit à plusieurs, que chacun a sa place dans une équipe, que les règles communes permettent de jouer ensemble, que l’on progresse grâce aux autres autant qu’à soi-même.

Ces valeurs sont d’autant plus nobles qu’elles se transmettent humblement, en toute discrétion, grâce à des milliers de bénévoles. Dans un travail publié par le think tank Sport et Citoyenneté, Thierry Boué tente de chiffrer l’immense « valeur invisible » du sport grâce à l’engagement de plus de 3,5 millions de bénévoles, dirigeants et pratiquants associatifs. Selon lui, le seul bénévolat sportif représenterait même 7 à 14 milliards d’euros de valeur créée chaque année, bien au-delà de ce que mesurent les indicateurs économiques habituels.

Une économie sociale qui fait vivre le sport

Associations sportives, clubs de quartier, fédérations, ligues, comités départementaux… Derrière les compétitions locales, se trouvent des milliers de structures à but non lucratif qui mobilisent salariés et bénévoles pour accueillir les pratiquants, former les éducateurs, organiser les compétitions, ou favoriser l’inclusion des personnes éloignées du sport.

Ces organisations créent bien davantage que de l’activité physique. Elles fabriquent de la confiance, du lien social et de la citoyenneté. Étrangement, jamais le sport n’a été autant reconnu pour ses bénéfices sur la santé, la cohésion sociale ou l’inclusion, mais jamais les structures qui le font vivre n’ont semblé aussi fragiles. Car ce modèle traverse une période particulièrement difficile. 

La dernière note de conjoncture d’ESS France montre que le secteur des sports et loisirs a perdu 1.457 emplois fin 2025. Les clubs sportifs, les activités de loisirs et les associations figurent parmi les plus touchés par les difficultés économiques.

Les fragilités d’un modèle et ses dérives

Cette dégradation intervient alors même que les collectivités locales réduisent leurs marges de manœuvre financières et que les arbitrages budgétaires nationaux interrogent l’avenir du soutien au monde associatif. Pour de nombreux petits clubs, notamment dans les territoires ruraux ou les quartiers populaires, recruter un éducateur, maintenir une école de sport ou organiser un tournoi devient chaque année plus compliqué.

Bien sûr, le sport n’est pas exempt de ses propres dérives, y compris dans les clubs locaux. Les violences sexuelles, le harcèlement, le racisme ou les discriminations, longtemps passés sous silence, font de plus en plus l’objet de dispositifs de signalement renforcés, afin de contrôler les encadrants, protéger les enfants, libérer la parole et accompagner les victimes. 

Mais réduire le sport à ces scandales serait oublier ce qu’il produit de beau chaque jour dans les clubs associatifs : de la coopération, du respect, de l’engagement et de la solidarité. Oui, les plus belles valeurs du sport prennent racine, chaque semaine, sur les terrains des clubs associatifs, grâce aux milliers de bénévoles qui transmettent bien plus qu’une pratique sportive. 

Si la France veut continuer à célébrer ses champions, elle doit aussi préserver l’écosystème de l’économie sociale et solidaire qui les fait naître. Et qui permet, chaque jour, à des millions de citoyens de faire équipe.

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