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Fusions dans l’ESS : l’économie sociale et solidaire entame sa consolidation !

Les grandes réorganisations naissent rarement dans le confort, plutôt sous la contrainte. Et cet été, la crise de l’économie sociale et solidaire en est une bonne illustration. Après la fusion entre Admical et le Centre français des fonds et fondations annoncée au printemps (lire sur Mediatico), voici que Changer par le Don se rapproche d’Un esprit de Famille. Et que HelloAsso intègre RGIVE et OHME. Sans oublier la fusion de l’ADRESS et l’ARDES, qui font renaître ensemble la CRESS Normandie. Décidément, l’été est à la consolidation dans l’ESS !

Pendant longtemps, l’économie sociale et solidaire a grandi par essaimage. Une association naissait pour répondre à un besoin. Puis une fédération apparaissait pour représenter un secteur. Une agence territoriale accompagnait les entrepreneurs sociaux. Une plateforme numérique venait démultiplier l’impact du secteur. À chaque enjeu, sa structure. À chaque cause, son organisation. À chaque échelle, son modèle économique.

Cette logique a permis à l’ESS de devenir un écosystème d’une richesse exceptionnelle. Mais elle a aussi produit un paysage foisonnant, parfois difficile à lire, où différentes organisations défendent des intérêts voisins, développent des services comparables, s’adressent à des publics identiques sur des territoires différents. Face à la crise budgétaire du secteur, les collaborations, les alliances et les partenariats étaient inévitables. C’est pourquoi nous avons lancé chez Mediatico une nouvelle émission, « Partenaires d’Impact », pour éclairer l’impact de ces partenariats.

Car depuis quelques mois, quelque chose est en train de changer.

Quatre rapprochements au mois de juin

Le rapprochement entre Admical et le Centre français des fonds et fondations (CFF) est sans doute le mouvement le plus emblématique du secteur. Annoncé au printemps, il vient d’être approuvé, fin juin, à l’immense majorité des assemblées générales des deux associations et il aboutira à une fusion complète en 2027. En regroupant les deux principales têtes de réseau de la philanthropie française et du mécénat d’entreprise, le secteur assume l’idée qu’il sera mieux entendu, plus cohérent et plus influent en parlant d’une seule voix, profitant en cela à tous les acteurs de la Coalition Générosité.

L’association Un esprit de Famille, qui regroupe les fondateurs de fonds ou de fondations familiales ou privées, a pour sa part annoncé la semaine dernière son rapprochement avec Changer par le Don, un collectif qui invite les Français fortunés à consacrer 10 % de leurs revenus ou de leur patrimoine à des causes philanthropiques. « Face aux enjeux auxquels sont confrontées les associations, notamment la baisse des financements publics, il est essentiel d’apporter des réponses ambitieuses pour contribuer à leur développement », soulignent Denis Duverne et Serge Weinberg, fondateurs de Changer par le Don, et Sabine Roux de Bézieux, présidente d’Un Esprit de Famille. Tous se disent convaincus que « la générosité privée est un levier essentiel pour répondre aux grands défis de la société. »

Le même raisonnement guide HelloAsso dans son choix d’intégrer OHME et RGIVE au sein d’une même famille d’outils numériques, capable d’accompagner les associations de leur première collecte jusqu’aux campagnes des plus grandes ONG. L’entreprise sociale HelloAsso est déjà le point de rencontre entre 20 millions de citoyens et plus de 450 000 associations pour leurs campagnes de don, d’adhésion, leur billetterie ou leur boutique en ligne. OHME est le premier CRM dédié exclusivement au monde associatif. Et RGIVE est une solution de collecte pour les grandes causes et les grandes ONG. « Notre famille s’agrandit pour que vos collectes digitales deviennent plus solidaires et plus performantes », résume Ismaël Le Mouël, président de HelloAsso. 

Enfin, une alliance exemplaire en Normandie va faire renaître la CRESS, liquidée voilà tout juste un an. L’ADRESS et l’ARDES, deux têtes de réseau locales, spécialisées dans l’accompagnement et la structuration de l’économie sociale et solidaire sur le territoire normand, ont annoncé leur fusion fin juin, dans l’objectif de reconstruire une Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS) sur des bases plus solides. Après la crise de l’été dernier, les acteurs locaux ont préféré transformer l’épreuve en opportunité de refonder leur gouvernance.

L’ère de la maturité dans l’économie sociale et solidaire

Ces rapprochements n’ont rien d’anecdotique. Ils traduisent une évolution profonde. Depuis plusieurs années, les besoins sociaux explosent, mais les financements publics se contractent. Les coûts augmentent. Les exigences réglementaires se renforcent. Les attentes des citoyens évoluent. Dans le même temps, les organisations de l’ESS sont invitées à démontrer toujours davantage leur impact, leur professionnalisme et leur capacité à changer d’échelle. À périmètre équivalent, l’équation est intenable. 

Avancer en ordre dispersé dans ce contexte hostile devient presque impossible. La mutualisation des équipes, des expertises, des outils numériques ou des fonctions support est non seulement un moyen de réaliser des économies, mais aussi un levier stratégique pour investir, innover, attirer des talents et prendre la parole de façon plus affirmée dans le débat public.

La bonne nouvelle, c’est que ce mouvement est révélateur d’une maturité certaine. Dans l’économie sociale et solidaire, la coopération a longtemps consisté à travailler ensemble, tout en restant chacun chez soi. Aujourd’hui, certains acteurs franchissent un cap : ils acceptent de partager leur gouvernance, leurs équipes, parfois même leur identité puisque certains vont changer de nom. Et ils vont sans nul doute inspirer quelques pairs. Et peut-être même embarquer derrière eux leur écosystème.

Bien sûr, toute fusion comporte des risques. Des cultures différentes doivent cohabiter. Des habitudes sont bousculées. Des inquiétudes apparaissent, chez les salariés comme chez les adhérents. Et l’histoire montre que tous les rapprochement ne produisent pas les effets espérés. Mais l’immobilisme comporte probablement davantage de risques encore.

L’économie sociale et solidaire a souvent expliqué au reste de l’économie que l’union faisait la force. Aujourd’hui sous contrainte, elle s’applique ce principe à elle-même. Et si c’était là l’un des grands chantiers de la décennie qui s’ouvre, celui de la consolidation ?

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