ESS ON AIR

Épargne durable : « Les Français doivent enfin savoir ce que finance leur argent »

Alors que la France traverse cet été plusieurs épisodes de canicule historique et que les débats sur la transition écologique se durcissent, une question reste absente des conversations : et si notre épargne pouvait jouer un rôle utile ? Pourrait-elle contribuer à financer la transition écologique ?

C’est pour répondre à cette question que Préfon, acteur historique de l’épargne retraite des agents publics, vient de lancer le site Toutsurlepargnedurable.fr, une plateforme pédagogique destinée au grand public. Son ambition : rendre plus compréhensibles les mécanismes de l’investissement durable, sans promouvoir les différents produits financiers du marché… ni même les siens (lire la suite de l’article après la vidéo).

Invités de l’émission ESS On Air, Christian Carrega, directeur général de Préfon, et Michel Argiewicz, président de sa commission ISR, défendent une idée simple : « Nous faisons attention à ce que nous mangeons, à ce que nous achetons ou à notre façon de nous déplacer, mais nous ignorons ce que finance notre argent lorsqu’il est placé sur un livret, sur une assurance-vie ou sur un plan d’épargne retraite ». Veut-on vraiment en rester là ?

Le backlash de la finance durable est-il réel ?

Cette question arrive dans un contexte paradoxal. Car, d’un côté, les investissements mondiaux dans les énergies fossiles repartent à la hausse : le dernier rapport Banking on Climate Chaos montre que les grandes banques ont largement accru leurs financements au secteur pétrolier et gazier en 2025. 

De l’autre, les critiques contre les politiques ESG et l’investissement responsable se multiplient, notamment aux États-Unis, où certains responsables politiques dénoncent une finance jugée trop engagée sur les questions climatiques.

Malgré cela, pour Michel Argiewicz, il serait prématuré d’affirmer que l’ère de la finance durable est derrière nous, au contraire : « Nous traversons une période difficile, mais les entreprises qui se sont engagées sérieusement continuent de progresser sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Le mouvement de progrès reste bien réel », assure-t-il.

Défense européenne : la finance durable doit-elle évoluer ?

Autre sujet sensible dans la finance responsable : le financement de l’industrie de défense, en France et en Europe. Alors que plusieurs acteurs de la gestion d’actifs estiment à présent compatible le financement de certaines industries de défense avec les objectifs de l’investissement responsable, Préfon assume une position pragmatique.

Pour Christian Carrega, protéger les démocraties et les droits humains relève d’une logique durable, à condition de respecter le droit international et d’exclure les armes prohibées, comme les bombes à sous-munitions. « Qui peut dire que défendre les droits humains n’est pas durable ? », interroge-t-il, incluant de facto la sécurité des personnes parmi les droits humains. 

Épargne durable et épargne solidaire : deux logiques différentes

Notre émission revient également sur les chiffres publiés mi-juin par Fair/Finansol : la finance solidaire poursuit sa progression, avec 34 milliards d’euros d’encours, dont 1,3 milliard investi directement dans les entreprises solidaires. Les livrets de partage ont également permis de reverser 16 millions d’euros à des associations en 2025, qui en ont bien besoin.

Toutefois, si les deux finances « solidaire » et « durable » poursuivent des objectifs proches, elles répondent à des logiques différentes, estime Michel Argiewicz. « Notre responsabilité première est de garantir le rendement nécessaire au versement des retraites futures. Cela n’empêche pas d’intégrer des critères ESG exigeants dans les choix d’investissement ». Mais l’épargne solidaire privilégie plutôt le financement direct d’entreprises à forte utilité sociale, parfois au prix d’un rendement plus limité.

Pourquoi Préfon lance un site qui ne vend rien

Avec le lancement du site Toutsurlepargnedurable.fr, Préfon revendique une démarche d’intérêt général. L’association explique avoir constaté qu’il existait de nombreuses ressources destinées aux professionnels de la finance, mais très peu de contenus réellement accessibles au grand public. « Notre objectif n’est pas de vendre un produit, mais d’améliorer la culture financière des Français sur ces sujets », résume Michel Argiewicz.

Christian Carrega ajoute que Préfon assume pleinement cette initiative, tout en insistant sur la transparence de la démarche : le site est clairement identifié comme étant porté par Préfon, mais il ne propose pas de souscrire à ses produits, insiste-t-il.

Trois questions à poser avant de placer son argent

Pour les dirigeants de Préfon, la responsabilité d’orienter l’épargne vers des placements utiles ne repose pas uniquement sur les établissements financiers, mais aussi sur les épargnants eux-mêmes. Ils peuvent en effet, eux aussi, devenir des acteurs de la transition au travers de leurs placements financiers, à condition de demander :

  • quel accompagnement propose réellement leur conseiller financier ;
  • quels sont les frais appliqués ;
  • comment sont sélectionnés les investissements proposés et selon quels labels.

L’épargne durable, une question de génération ? Les jeunes s’intéressent autant à la finance durable que les seniors, répond Christian Carrega. Selon lui, si « beaucoup de jeunes s’intéressent davantage aux cryptomonnaies qu’à l’investissement responsable », les épargnants plus expérimentés voient néanmoins dans les critères ESG un moyen de mieux maîtriser les risques de long terme : les jeunes s’en préoccuperont aussi !

Pour Préfon, la finance durable n’est donc pas seulement une affaire de convictions personnelles, ni une question d’âge : elle constitue avant tout un outil de gestion du risque, auquel ceux qui le souhaitent pourront ajouter leurs arguments d’engagement moral.

Partagez cet article :