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Bénévolat, dons, militantisme, quartiers prioritaires : tous les signaux passent au rouge

Quatre études distinctes publiées simultanément viennent d’envoyer un message clair à ceux qui nous gouvernent : les piliers de la solidarité organisée vacillent ! Bénévolat en recul, dons financiers en baisse, décrochage de l’engagement, et sous-financement dans les quartiers prioritaires ! Oui, l’enquête d’Ipsos BVA, celle de France Bénévolat et Recherches & Solidarités, celle de la Fondation Apprentis d’Auteuil, et celle de Banlieues Santé, disent toutes la même chose avec des mots différents : ça ne tient plus.

Leurs constats convergent, mais le paradoxe est frappant : jamais les valeurs de solidarité, d’entraide et d’intérêt général n’ont été autant revendiquées. Mais toutes les formes concrètes de l’engagement des Français s’érodent. Ils s’engagent moins, ils donnent moins et ils doutent davantage. À un an seulement de l’élection présidentielle, et au moment où les défis sociaux, démocratiques et écologiques exigent une mobilisation collective sans précédent, l’absence de reconnaissance politique pour l’engagement des Français éclate au grand jour. L’effet boomerang nous revient en pleine face.

Les quatre études qui sonnent l’alarme

Selon le baromètre Ipsos BVA présenté à l’Hôtel de Ville de Paris lors de la Grande Soirée de l’Engagement, 88 % des Français considèrent toujours la solidarité comme une valeur importante dans leur vie quotidienne. Près d’un sur deux la juge même absolument primordiale. Pourtant, seuls 32 % déclarent aujourd’hui être engagés dans une association ou un mouvement militant, contre 38 % l’année précédente. Plus inquiétant encore, 40 % des Français estiment désormais que la solidarité recule dans notre société (voir le baromètre).

Cette dégradation se retrouve dans la générosité financière. D’après le baromètre de la Fondation des Apprentis d’Auteuil, seuls 47 % des Français ont effectué un don à une association en 2025, contre 52 % un an auparavant. Le montant moyen des dons a lui aussi reculé. La dégradation du pouvoir d’achat explique une partie du phénomène. Mais elle n’est pas seule en cause. L’instabilité politique, les tensions internationales et les débats récurrents autour de la fiscalité des dons ont à l’évidence nourri un climat d’incertitude peu propice à la générosité (voir le sondage).

Les signaux d’alerte se multiplient aussi dans les quartiers populaires. Selon l’enquête menée par Banlieues Santé auprès de 200 associations intervenant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, 74 % d’entre elles ont subi une baisse de financements depuis un an, perdant parfois jusqu’à la moitié de leurs ressources. Et cela, alors que 92 % constatent une augmentation des besoins sociaux : précarité alimentaire, santé physique et mentale, éducation, accès aux droits… Et pourtant, 65 % d’entre elles ont dû réduire leurs activités, faute de financements reconduits (découvrir l’enquête).

Enfin, le signal le plus préoccupant concerne peut-être le bénévolat. Certes, la France compte toujours près de 13 millions de bénévoles, insiste l’étude France Bénévolat et Recherche & Solidarités. Mais derrière cette stabilité apparente se cache une fragilité nouvelle : en un an, le nombre de bénévoles réguliers, ceux qui donnent de leur temps au moins une fois par semaine, ceux qui constituent la véritable colonne vertébrale des associations, a diminué de 500 000 personnes. Leur nombre est passé de 5,7 à 5,2 millions, soit une baisse de près de 10% ! (voir l’étude).

Un doute immense envahit des Français

Or une association ne fonctionne pas que grâce aux coups de main ponctuels. Elle repose sur des femmes et des hommes qui assument des responsabilités, transmettent des savoir-faire, assurent une continuité et incarnent une mémoire collective. Lorsqu’ils disparaissent, c’est toute la capacité d’action des organisations qui se fragilise.

Alexis de Tocqueville observait déjà qu’une société se juge autant à la vigueur de ses associations qu’à la solidité de ses institutions. Deux siècles plus tard, son intuition demeure d’une actualité saisissante. Cette évolution n’est pas seulement un problème pour les associations, elle interroge désormais notre capacité collective à faire société.

Certes, le temps disponible se raréfie, l’engagement bénévole devient plus flexible, et l’inflation réduit le budget disponible des ménages. Mais cette fois, la confiance, ciment indispensable à toute mobilisation collective, s’effrite à son tour. Un doute immense envahit les Français : et si l’engagement ne suffisait plus à changer les choses ?

Aucun acteur politique pour incarner l’espoir

Et cette réponse politique, qui n’émerge toujours pas ! Les coupes budgétaires au premier semestre ont certes accru la fragilité du secteur, mais les responsables associatifs réclament désormais bien davantage qu’un soutien financier : ils attendent une véritable reconnaissance du rôle stratégique que joue l’engagement citoyen dans la cohésion nationale.

Le baromètre Ipsos révèle qu’une majorité de Français ne voit aujourd’hui aucun acteur politique capable de redonner confiance ou espoir sur les questions de solidarité et de cohésion sociale.

La bonne nouvelle, la seule, c’est que les Français n’ont toujours pas renoncé à la solidarité. Ils continuent massivement à y croire. Mais ils ne savent plus comment l’entretenir et la faire vivre. Ils ne savent plus comment reconstruire le lien entre leurs valeurs profondes et le passage à l’action.

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