C’est un recensement national majeur, qui a tout d’un baroud d’honneur. Après la décision de l’État de se désengager du financement des tiers-lieux en France, officiellement acté le mois dernier avec la publication du budget 2026 (lire notre article), France Tiers-Lieux entend bien mener sa mission le plus loin possible.
Depuis le 9 mars et jusqu’au 10 avril 2026, les tiers-lieux de toute la France sont invités à participer à la troisième édition du recensement national des tiers-lieux, une enquête destinée à actualiser la cartographie de ces espaces hybrides qui mêlent travail, culture, innovation sociale et vie locale. Une initiative qui prend un relief particulier dans le contexte budgétaire actuel.
L’opération est pilotée par France Tiers-Lieux et l’Association nationale des Tiers-Lieux, en partenariat avec les réseaux régionaux, la Coordination nationale des lieux intermédiaires, Commune Mesure et RFFLabs.
Une cartographie pour comprendre un phénomène en pleine expansion
Depuis une dizaine d’années, les tiers-lieux se multiplient partout en France. Ces espaces ouverts et polyvalents peuvent accueillir des activités aussi diverses que du coworking, des ateliers de fabrication, des événements culturels, de la formation ou encore des projets d’innovation sociale.
Selon le dernier panorama publié à partir du recensement 2023, la France compte plus de 3 500 tiers-lieux. Contrairement à une idée reçue, ils ne sont pas principalement urbains : 62 % sont situés hors des grandes métropoles, dont 34 % en milieu rural et 28 % dans des villes moyennes.
Cette implantation territoriale explique en partie l’intérêt croissant des collectivités pour ces lieux, qui peuvent devenir des leviers de revitalisation locale, de développement économique ou de cohésion sociale.
Un questionnaire pour mieux documenter l’utilité sociale
Les tiers-lieux et les structures qui se sentent appartenir à cet écosystème sont invitées à répondre à un questionnaire en ligne, dont le remplissage prend environ une heure et demie. Les informations demandées portent notamment sur :
- le modèle économique du lieu et son bilan financier,
- les activités et projets menés en 2025,
- la fréquentation et les profils des publics accueillis,
- les partenariats locaux et les ressources humaines mobilisées.
Pour les organisateurs, l’enjeu est double. D’une part, documenter plus finement l’impact économique et social des tiers-lieux. Et d’autre part, proposer un outil de collecte de données partagé, afin d’éviter la multiplication d’enquêtes locales auprès des mêmes structures.
Les résultats serviront notamment à éclairer les décisions des partenaires publics, qui constituent aujourd’hui les principaux soutiens de ces initiatives.
Un écosystème structuré mais encore fragile
Les données issues du recensement précédent donnent un aperçu de l’ampleur prise par ce mouvement. Les tiers-lieux représentent aujourd’hui :
- 882 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé,
- plus de 30 000 emplois directs,
- près de 48 000 structures hébergées (entreprises, associations, artistes, artisans…).
Ils mobilisent également un tissu citoyen important, avec 137.000 bénévoles et 380.000 adhérents dans les tiers-lieux associatifs.
Mais ces lieux restent économiquement fragiles. Près de la moitié de leurs ressources provient de subventions publiques, et beaucoup occupent leurs locaux via des conventions temporaires ou des baux de courte durée. D’où le coup de massue que représente le gel budgétaire de 2026.
Des lieux d’apprentissage et d’innovation sociale
Au-delà de l’activité économique, les tiers-lieux jouent aussi un rôle croissant dans la formation et la transition professionnelle. Près de 400 000 personnes se sont formées dans un tiers-lieu, selon les données de France Tiers-Lieux.
Ils accueillent par ailleurs des publics très variés : salariés en télétravail, indépendants, demandeurs d’emploi, personnes en reconversion ou encore habitants du quartier. En réunissant ces profils différents autour de projets communs, les tiers-lieux participent à réinventer les formes de travail, de production et d’engagement citoyen.
Un appel à participation jusqu’au 10 avril
Les organisateurs de ce recensement espèrent une mobilisation massive des structures pour la troisième édition de cette enquête qui fait référence dans l’écosystème des tiers-lieux. D’une part, parce que plus les réponses seront nombreuses, plus la photographie de l’écosystème sera précise. Et d’autre part, parce que cette cartographie mise à jour peut devenir un instrument de plaidoyer politique. Une façon de ménager l’avenir.
Pour les réseaux de tiers-lieux, cette cartographie nationale est devenue un outil stratégique : elle permet de rendre visible un mouvement encore mal connu, mais qui s’impose progressivement comme une composante durable des politiques territoriales et de l’économie sociale et solidaire.




