Le gouvernement Lecornu a dévoilé le 11 février dernier sa Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), qui va orienter la politique française de l’alimentation saine et durable jusqu’en 2030. Pour la première fois, cette feuille de route globale articule alimentation, santé et climat dans un cadre unique, s’inspirant des travaux de la Convention citoyenne pour le climat et intégrée à la loi Climat et Résilience.
Au-delà des effets d’annonce et des objectifs affichés, cette stratégie relève plusieurs défis et ouvre des opportunités pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire engagés sur les terrains de la justice alimentaire, de la solidarité et de la lutte contre le gaspillage.
La SNANC met en effet au centre de ses priorités l’accès à une alimentation saine et durable pour tous. Elle souligne trois réalités majeures : l’impact direct de l’alimentation sur la santé, avec près de 30 % des décès par maladies cardiovasculaires liés à une mauvaise nutrition ; sa contribution significative aux émissions de gaz à effet de serre, représentant environ un quart de l’empreinte carbone des ménages ; et l’inquiétante progression de la précarité alimentaire, touchant plus de huit millions de personnes en France en 2024.
Quels impacts pour l’économie sociale et solidaire ?
Ces enjeux sont précisément ceux qui mobilisent depuis des années les acteurs de l’ESS, notamment dans la réduction des pertes alimentaires, la distribution solidaire et l’éducation à l’alimentation.
Parmi les réponses qu’elle entend porter, la stratégie nationale prévoit notamment d’améliorer la qualité nutritionnelle et environnementale de l’aide alimentaire et soutenir les projets locaux favorisant une meilleure alimentation pour tous.
Les projets alimentaires territoriaux (PAT), qui réunissent collectivités, producteurs, associations et citoyens autour d’une vision partagée de l’offre alimentaire locale, sont désignés comme des leviers essentiels pour structurer des chaînes alimentaires plus résilientes et intégrer des dimensions sociales et environnementales.
Enfin, la SNANC insiste sur la lutte contre le gaspillage alimentaire en réaffirmant la nécessité d’établir des contrôles coordonnés à tous les stades de la chaîne, du producteur au consommateur, rejoignant ainsi les missions menées depuis longtemps par de nombreuses associations et ressourceries alimentaires.
Les acteurs associatifs et solidaires en première ligne
Sur plusieurs actions phares, les acteurs associatifs et solidaires sont en première ligne. La SNANC s’attache par exemple à améliorer l’accessibilité de l’aide alimentaire, à renforcer les critères des PAT pour récompenser les projets qui intègrent santé, environnement et justice sociale, ou encore à encourager les restaurants collectifs publics à privilégier les circuits courts et les produits locaux.
Ces différentes mesures sont de nature à contribuer à réduire les inégalités sociales de santé, à encourager des modèles alimentaires plus justes et à valoriser les initiatives solidaires déjà existantes.
La SNANC pourrait devenir un puissant outil de soutien à l’innovation sociale
Mais la réussite de cette stratégie dépendra largement de sa traduction concrète sur le terrain. Pour les acteurs de l’ESS, il s’agit de s’assurer que les PAT soient réellement financés et articulés avec les politiques sociales et alimentaires locales.
L’enjeu est également de transformer l’aide alimentaire en véritable outil de droit alimentaire, garantissant un accès durable du plus grand nombre à des produits de qualité. À cet égard, l’implication directe des associations, coopératives, banques alimentaires, cantines solidaires, frigos solidaires, épiceries solidaires et autres initiatives locales… sera cruciale pour un changement à l’échelle nationale.
Si les acteurs locaux et solidaires sont véritablement associés, financés et visibles dans le pilotage de ces politiques, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat pourra devenir un puissant outil de soutien à l’innovation sociale, à la réduction des inégalités alimentaires et au renforcement de la souveraineté alimentaire locale. Plutôt qu’un simple catalogue de bonnes intentions.
Télécharger la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat :
https://agriculture.gouv.fr/SNANC-20252030


