ESS ON AIR

COORACE fête ses 40 ans : « L’ESS fonctionne, mais on ne lui donne plus les moyens »

Suppressions d’emplois dans l’économie sociale et solidaire, incertitudes budgétaires, coupes massives dans les politiques publiques territoriales, menaces sur les tiers-lieux et sur les expérimentations d’insertion… D’après COORACE, qui célèbre cette année ses 40 ans et qui fédère aujourd’hui près de 600 entreprises d’utilité sociale et territoriale partout en France, le moment est critique.

Invité de notre émission ESS On Air, sur Mediatico (voir la vidéo en fin d’article), Pierre-Luc Mellerin a dressé un état des lieux préoccupant des politiques de soutien à l’économie sociale et solidaire, tout en défendant la vitalité des coopérations territoriales. Et lancé un appel à mobilisation pour les Rencontres nationales des coopérations territoriales, organisées à Strasbourg les 28 et 29 mai prochains.

« Ce n’est pas un problème de modèle »

Animateur national du réseau des PTCE chez COORACE, Pierre-Luc Mellerin estime que la dégradation actuelle de l’emploi dans l’ESS n’est pas liée à une faiblesse intrinsèque du secteur : « L’ESS fonctionne. Elle a démontré sa capacité à créer des emplois utiles, locaux, non délocalisables. Le problème aujourd’hui, ce sont les moyens qu’on lui donne. »

Selon les chiffres de l’Observatoire national de l’ESS, 10 400 emplois ont disparu dans le secteur en 2025. En cause : les restrictions budgétaires touchant l’ensemble des collectivités territoriales et de nombreux dispositifs nationaux. « Les impacts sont considérables », insiste-t-il. « Cela dépend des territoires, des secteurs, des activités, mais partout les structures ressentent les effets des baisses de financements publics. »

PTCE : des « laboratoires d’innovation territoriale » fragilisés

Au cœur du travail de COORACE, figurent les PTCE : les Pôles Territoriaux de Coopération Économique. Ces dynamiques réunissent acteurs de l’ESS, entreprises classiques, collectivités, universités ou organismes de formation autour de projets économiques locaux.

La France compte aujourd’hui entre 230 et 250 PTCE. « Ce ne sont pas des lieux, mais des dynamiques de coopération entre acteurs d’un territoire », rappelle Pierre-Luc Mellerin. Et là aussi, le problème est le même : les financements nationaux dédiés à leur accompagnement ont déjà chuté de 60 % entre 2024 et 2025. 

Et en mai 2026, les arbitrages budgétaires de l’année ne sont toujours pas connus : « On ne sait toujours pas quel sera le budget de l’année en cours », déplore-t-il. « Cela crée énormément d’incertitudes pour les structures et pour l’animation nationale des coopérations ». Les conséquences sont concrètes : réduction des capacités d’accompagnement, isolement accru des acteurs locaux, baisse des moyens d’animation et de mise en réseau.

Strasbourg : deux jours pour faire vivre les coopérations territoriales

Dans ce contexte tendu, COORACE maintient pourtant un cap offensif. Les 28 et 29 mai, le réseau organise à Strasbourg les Rencontres nationales des coopérations économiques territoriales, consacrées cette année aux liens entre PTCE et tiers-lieux. Un événement pensé avant la coupe spectaculaire des financements des tiers-lieux — en baisse de 95 % au niveau national — mais qui résonne désormais comme un acte de résistance.

« Nous sommes complètement à contre-courant », reconnaît Pierre-Luc Mellerin. « Mais justement, nous voulons créer des synergies entre communautés d’acteurs et partir des pratiques de terrain. »

Au programme : présentation d’une vingtaine de projets territoriaux, retours d’expériences, ressources méthodologiques et échanges entre praticiens, chercheurs et collectivités. L’objectif : montrer que les coopérations locales restent des leviers puissants de transition écologique, d’inclusion et de développement économique.

Pourquoi participer ?

Ces rencontres s’adressent aux collectivités territoriales, aux acteurs de l’ESS, aux tiers-lieux, aux chercheurs, aux structures d’insertion, aux entrepreneurs engagés, et plus largement à tous les professionnels intéressés par les coopérations territoriales.

Dans une période marquée par les restrictions budgétaires, l’événement entend aussi recréer du lien entre acteurs souvent isolés, car « les PTCE sont souvent des laboratoires d’innovation territoriale. Dans un contexte d’austérité, l’enjeu de se rassembler et de faire ensemble devient encore plus important. »

Territoire zéro chômeur : 4 400 emplois menacés

Autre sujet d’inquiétude : l’avenir de l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. Bien que soutenue à l’Assemblée nationale, la proposition de loi nécessaire à sa poursuite reste bloquée au Sénat. Or, sans adoption du texte avant fin 2026, 4 400 emplois pourraient disparaître dans les 85 territoires engagés.

« Ce sont des emplois occupés par des personnes très éloignées de l’emploi classique », rappelle Pierre-Luc Mellerin. Il dénonce un paradoxe politique : plusieurs dispositifs de l’ESS bénéficient d’un large consensus parlementaire, mais se retrouvent fragilisés par les arbitrages budgétaires et l’usage du 49.3.

COOPECO : rapprocher chercheurs et territoires

Enfin, l’animateur national de COORACE a présenté le programme ADEME COOPECO — pour coopérations économiques territoriales de transition. Ce programme vise à financer des recherches-actions associant chercheurs et acteurs de terrain afin d’étudier les impacts des coopérations territoriales : modèles économiques, impacts sociaux, gouvernance, transition écologique…

« L’idée est de produire de la connaissance utile pour comprendre ces dynamiques et pouvoir les répliquer ailleurs. » Dans le contexte actuel de menaces pesant sur l’ADEME, Pierre-Luc Mellerin assume son inquiétude : « La transition écologique n’est plus un sujet qu’on peut discuter. Les températures les plus élevées des douze dernières années devraient suffire à nous alerter. »

Un congrès des 40 ans sous tension politique

Enfin, les célébrations des 40 ans de COORACE culmineront lors du congrès national du réseau, organisé en novembre à Lyon. Entre 500 et 700 participants sont attendus à l’hippodrome de Lyon, pour cet événement qui se tiendra à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027 et qui ne manquera pas d’adresser quelques messages politiques forts.

Tous les candidats devraient être invités à débattre avec les acteurs de l’ESS.

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