Combien d’emplois ont-ils été réellement détruits dans l’économie sociale et solidaire en Pays de la Loire, fin 2025 ? La question pourrait sembler technique. Elle est profondément politique.
Depuis plusieurs jours, un chiffre circule : près de 500 emplois supprimés entre juillet et décembre 2025 dans les structures de l’ESS de la région. C’est le chiffre avancé par la Chambre régionale de l’ESS (CRESS), sur la base des données de l’Urssaf. Mais c’est aussi un chiffre immédiatement contesté par la Région.
500 emplois en moins ? La Région conteste
Au-delà du débat statistique, c’est bien une bataille de récit qui se joue. Dans un article publié par Ouest-France, la majorité régionale, présidée par Christelle Morançais, réfute catégoriquement ce bilan. Avec comme premier argument, le périmètre : selon la Région, une partie des emplois comptabilisés ne relèveraient pas de l’ESS, notamment dans certaines associations ou dans les missions locales. Tiens donc ?
Deuxième ligne de défense : la méthode. La Région accuse les données issues de l’Urssaf ou d’outils sectoriels d’être « biaisés » et considère que « seul France Travail est légitime pour parler d’impact réel sur l’emploi ». Enfin, troisième argument, la collectivité affirme avoir maintenu son soutien global à l’économie, évoquant notamment une enveloppe de 300 millions d’euros dédiée à l’innovation, également accessible aux acteurs de l’ESS.
Une contre-offensive immédiate du secteur
Sauf que ces arguments ne convainquent pas les acteurs de l’économie sociale, mais alors pas du tout ! Sur le blog d’Alternatives économiques, l’économiste Michel Abhervé démonte point par point la position régionale.
D’abord sur le périmètre : les associations employeuses et les missions locales font bien partie de l’ESS, conformément à la loi de 2014. Les exclure reviendrait, selon Michel Abhervé, à ce que Christelle Morançais « invente sa propre définition » du secteur de l’ESS.
Ensuite sur les données : les chiffres produits par les observatoires de l’ESS reposent toujours sur un cadre statistique solide, construit avec l’Insee à partir des données de l’Urssaf (ACOSS), conformément aux responsabilités confiées aux CRESS par l’Etat lui-même. À l’inverse, souligne Michel Abhervé, France Travail ne dispose absolument pas d’outils permettant d’identifier spécifiquement l’ESS. On marche sur la tête !
Un contexte budgétaire explosif
Enfin, sur le fond : pour les acteurs du secteur, la corrélation entre coupes budgétaires et destructions d’emplois ne fait guère de doute. Car ce débat ne surgit pas de nulle part.
Dès décembre 2024, Mediatico documentait les coupes massives opérées par la Région Pays de la Loire : 100 millions d’euros d’économies à horizon 2028, avec un impact immédiat sur la culture, la vie associative et plusieurs dispositifs d’accompagnement social.
Dans certains cas, les subventions ont été réduites jusqu’à 75 %. Avec, à la clé, des alertes répétées sur les risques de suppressions de postes.
À l’époque déjà, les réseaux associatifs et les syndicats employeurs dénonçaient une vision « comptable » de l’action publique régionale, rappelant que les associations représentent près de 12 % de l’emploi privé dans la région. Un an plus tard, la question de l’emploi est devenue centrale.
Un signal national
Mais au-delà du cas ligérien, cette controverse résonne avec un débat plus large. Partout en France, l’ESS est confrontée à une contraction des financements publics, au moment même où l’État peine à stabiliser sa propre stratégie nationale — toujours en attente, après plusieurs reports.
Dans ce contexte, les tensions locales prennent une dimension nationale : elles interrogent la place réelle accordée à l’économie sociale dans les politiques publiques, la capacité d’innovation des territoires, les dynamiques locales d’activité économique et de création d’emplois non délocalisables.
Derrière les chiffres, des réalités humaines
Or, pour chaque emploi supprimé dans l’ESS, c’est un service en moins, un projet fragilisé, un lien social qui se délite. Aide aux jeunes, accompagnement des plus fragiles, accès à la culture, insertion professionnelle… autant de missions qui reposent largement sur les structures de l’ESS.
La bataille des chiffres n’est pas anodine, c’est clair. Elle dit quelque chose de plus profond : la difficulté, encore aujourd’hui, à reconnaître pleinement la valeur économique et sociale de l’ESS. Et à en assumer collectivement les conséquences.
Le communiqué de la CRESS Pays de la Loire :
https://www.cress-pdl.org/wp-content/uploads/2026/03/COMMUNIQUE_PRESSE_SITUATION_ESS_31mars2026.pdf


