PARTENAIRES D’IMPACT

Mécénat de compétences : quand les entreprises mettent leurs salariés au service des associations

Prêter un salarié à une association, sur son temps de travail, pour qu’il y exerce les compétences qu’il exerce déjà en entreprise : c’est le principe du mécénat de compétences. Un dispositif consensuel, utile aux associations comme aux entreprises — mais qui reste marginal. Seules 16 % des entreprises mécènes le pratiquent aujourd’hui, selon le Baromètre du mécénat d’entreprise réalisé par l’Alliance pour le Mécénat de Compétences (AMC) avec Admical et l’ex-Pro Bono Lab aujourd’hui disparu. Un webinaire organisé par l’AMC et Komeet, réunissant CGI et Allianz France, animé par Mediatico et tourné dans le studio d’Impact Productions, a tenté d’expliquer ce plafond de verre. Et surtout, comment deux grandes entreprises l’ont dépassé.

Trois formats, une même logique de progression

Le dispositif recouvre des réalités très différentes. « Il y a plusieurs formes de mécénat de compétences, et elles sont toutes compatibles et complémentaires », résume Matthieu Sainton, président de l’AMC. Le don de jours, le plus répandu, mobilise en moyenne six jours par salarié et par an. Viennent ensuite les missions d’intermission, sur quelques semaines ou mois, puis le mécénat long — plusieurs années, souvent réservé aux fins de carrière, mais que Matthieu Sainton verrait bien arriver « plutôt en cours de carrière, dans des logiques de respiration ».

Julien Guérin, cofondateur de Komeet (né de la fusion des plateformes Vendredi et Wenabi), précise la répartition : les formats courts — quelques heures à deux jours — représentent environ 90 % des missions réalisées, contre 5 % pour les missions de compétences longues et 5 % pour le mentorat. Mais le temps passé s’équilibre : les missions longues, moins nombreuses, concentrent l’essentiel des heures données aux associations.

Le vrai levier n’est pas le volume de jours, c’est le fait d’en donner

C’est l’enseignement le plus contre-intuitif du webinaire. « À partir du moment où l’on donne ne serait-ce qu’un jour, on voit des taux d’engagement des salariés qui sont décuplés », explique Julien Guérin. En revanche, si l’employeur multiplie les jours accordés, cela ne change presque rien au pourcentage de salariés qui s’engagent : « L’engagement typique d’un salarié, c’est une à deux missions, de l’ordre d’une demi-journée à une journée et demie par an. » Par exemple, la SNCF, qui offre jusqu’à dix jours par an, affiche une moyenne de jours pris à peine supérieure à celle d’entreprises bien moins généreuses.

Ce qui change, en revanche, c’est l’implication des salariés déjà les plus engagés : « Avoir plus de jours va permettre à des personnes très engagées d’accorder encore davantage de temps à ces associations. Et ces gens-là vont rayonner dans l’entreprise, ils vont devenir des ambassadeurs du mécénat de compétences. »

CGI : transformer les temps morts en engagement

Dans le groupe de consulting informatique CGI, qui compte près de 15 000 salariés en France, le mécénat de compétences s’appuie sur les périodes d’intermission, c’est-à-dire entre deux missions clients : « Il peut arriver que les consultants soient entre deux projets. Chez CGI, on a développé un programme de mécénat de compétences dédié aux personnes en intermission », explique Marie Poggioli, responsable Impact social France et Europe de l’Ouest. Plutôt que de consacrer systématiquement ce temps à la formation technique, l’entreprise y intègre des missions associatives, dédiées par exemple au numérique responsable, à la RGPD, au support informatique, ou à l’intégration d’un CRM dans une association.

Le moteur, selon elle, tient autant au sens qu’à la compétence : « La joie de se sentir utile en mettant ses compétences au service d’une cause », et le fait que « les associations ont aussi beaucoup besoin d’être accompagnées par des gens qui sont bienveillants » — pas seulement par des experts. Signe que le sujet monte en interne : début 2026, la dirigeante de CGI a affiché l’ambition de multiplier les actions de mécénat menées conjointement avec les clients de l’entreprise, au-delà des seuls salariés.

Allianz France : d’un dispositif de fin de carrière à une politique universelle

Pour sa part, le programme d’Allianz est né il y a une dizaine d’années pour accompagner les fins de carrière. Un « choix initial qui répondait à deux objectifs stratégiques : répondre à un besoin RH [la pyramide des âges] et servir la politique RSE », rappelle Olivier Renard, directeur de projets RSE. Le basculement a été rapide : dès les premiers témoignages de salariés partis en mission longue, les autres collaborateurs ont réclamé leur tour. « Vous êtes bien gentils, mais on n’est pas tous à la retraite, donc proposez-nous des choses », se rappelle Olivier Renard en souriant. Le dispositif s’est alors ouvert à tous les profils, « quel que soit l’âge, quel que soit le profil métier, quel que soit le niveau hiérarchique ».

Olivier Renard insiste sur un point qui freine encore beaucoup de salariés : le mécénat de compétences ne se limite pas à l’expertise technique. « On a plein de compétences professionnelles à apporter qui vont bien au-delà d’une expertise métier : l’organisation, la capacité à mener des projets… » Effet secondaire mesuré par Allianz : entre 85 et 90 % des salariés ayant réalisé une mission longue poursuivent ensuite en bénévolat, une fois la mission financée par l’entreprise achevée. Un chiffre qui resterait sous-exploité côté associatif, certaines structures restant méfiantes face à une aide gratuite et qualifiée. Pourtant, « la mariée n’est pas trop belle », résume-t-il, plaidant pour davantage de pédagogie de ce côté-là.

Ce que mesure vraiment le mécénat de compétences

Komeet vient de publier un rapport d’impact RH fondé sur les retours des salariés engagés : 92 % déclarent que l’engagement renforce leur sentiment d’utilité et de sens au travail, 88 % qu’il contribue à leur projection à long terme dans l’entreprise, 75 % qu’il développe leurs compétences, et cela, quel que soit le format de mission.

Autre indicateur-clé : 60 % des entreprises interrogées par Komeet indiquent que leur direction générale a déjà intégré l’engagement salarié comme un levier stratégique, 20 % que le sujet est en cours d’intégration. Pour Julien Guérin, la nuance avec les autres formes de mécénat (financier, ou en nature) est précisément là : « Le mécénat de compétences, ce sont des humains qui participent. Le fait de s’engager, ça les change. »

Mieux mesurer les effets sur les salariés

Mais l’Alliance pour le Mécénat de Compétences et Komeet veulent aller plus loin que ces déclaratifs. Une étude est désormais lancée auprès de toutes les entreprises volontaires pour croiser, à partir de données RH anonymisées, les parcours de salariés ayant fait du mécénat de compétences avec ceux qui n’en ont pas fait. Le but est de mesurer l’évolution professionnelle, la fidélisation, ou encore le turnover, entre autres. La méthode s’inspire d’études statistiques déjà menées sur l’impact du télétravail. Un premier test a été mené avec CGI et Allianz. L’objectif affiché : disposer d’une mesure robuste et, à terme, comparable d’un secteur à l’autre.

Reste une dernière question, que le webinaire n’a pas éludée : celle du mécénat financier, dont le mécénat de compétences ne dispense jamais totalement les associations. « Le mécénat de compétences ne se substituera jamais à des financements, parce que cela ne finance pas les mêmes choses », rappelle Julien Guérin. Même s’il peut, ponctuellement, alléger des charges bien réelles : des missions d’achats-conseil ont ainsi permis à certaines associations de renégocier leurs contrats fournisseurs et de réduire leurs coûts de 20 %.

Un signal, pour l’AMC, que le mécénat de compétences ne remplace pas l’engagement financier des entreprises envers l’ESS. Il en est le complément qui, en s’appuyant sur les compétences plutôt que sur les chèques, transforme aussi l’entreprise de l’intérieur.


« Partenaires d’Impact », c’est l’émission qui éclaire les alliances entre les entreprises et les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Ce webinaire, animé par Mediatico, a été réalisé dans le studio d’Impact Productions, en partenariat avec l’Alliance pour le Mécénat de Compétences.

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