PARTENAIRES D’IMPACT

Mentorat : comment Twoo et Uxco aident les jeunes à trouver leur place dans le monde du travail

Isolement, précarité, décrochage : l’entrée dans la vie professionnelle est devenue, pour une partie de la jeunesse, une zone à risque plutôt qu’un rite de passage. Face à ce constat, une association et une entreprise privée ont choisi de répondre ensemble plutôt que séparément. C’est le pari du programme Woork, porté par l’association Twoo Mentorat — qui inclut le Moovjee — et expérimenté notamment par Uxco Group, qui propose des logements pour étudiants et jeunes actifs. 

Objectif : mettre chaque jeune en lien avec un professionnel expérimenté, capable de l’aider à décoder les codes de l’entreprise, à prendre confiance et à construire sa trajectoire. Mais comment une alliance entre une association et une entreprise privée peut-elle répondre à un enjeu aussi structurel que l’insertion durable des jeunes ? 

C’est ce que nous découvrons cette semaine dans l’émission « Partenaires d’Impact », produite par Mediatico et Impact Productions avec le soutien du Medef, grâce aux explications de nos trois invitées : Bénédicte Sanson, cofondatrice et déléguée générale de Twoo, Salomé Honvault, responsable du développement RH et de la marque employeur d’Uxco Group, et Clotilde Foirien, juriste chez Uxco.

Du Moovjee à Twoo : le mentorat sort de l’entrepreneuriat

Chez Twoo, le mentorat a d’abord accompagné les jeunes entrepreneurs sous le nom de Moovjee. L’idée était simple : permettre à de jeunes créateurs d’entreprise de bénéficier de l’expérience d’un entrepreneur plus aguerri. « L’objectif était de leur dire : allez-y, il existe tout un écosystème pour vous soutenir », explique Bénédicte Sanson, co-fondatrice du Moovjee avec Dominique Restino. Derrière cette démarche, une conviction : l’entrepreneuriat pouvait être un outil d’émancipation pour une génération qui souhaitait davantage choisir son avenir professionnel.

Mais après la crise sanitaire du Covid-19, le Moovjee s’est doté d’un nouveau nom, Twoo, pour élargir son champ d’action. Car les difficultés rencontrées par les jeunes concernent non seulement ceux qui créent leur entreprise, mais aussi ceux qui entrent dans le salariat. « Le Covid a profondément déstabilisé le rapport au travail », observe Bénédicte Sanson.

Isolement, perte de repères, difficultés à se projeter : pour beaucoup de jeunes actifs, le premier emploi est devenu une période de fragilité. C’est dans ce contexte que Twoo a donné naissance au programme Woork, destiné à accompagner les jeunes dans leur entrée dans la vie professionnelle.

Le mentor n’est pas un manager bis

Le principe du mentorat repose sur une relation volontaire et bénévole entre deux personnes : un mentor, qui partage son expérience, et un mentoré, qui cherche à mieux comprendre son environnement professionnel. « Un mentor, c’est quelqu’un qui a vécu ce que l’on s’apprête à vivre », résume Bénédicte Sanson. Son rôle n’est pas de donner des ordres ou de remplacer un manager, mais d’aider le jeune à prendre du recul grâce au questionnement et au partage d’expérience.

La relation se construit généralement pendant six mois, avec un rendez-vous mensuel. Les binômes sont constitués après un travail de mise en relation destiné à trouver la meilleure compatibilité entre les profils.

Chez Uxco Group, cette approche a immédiatement trouvé un écho. L’entreprise gère aujourd’hui 75 résidences, principalement étudiantes, mais aussi des résidences de coliving accueillant de jeunes actifs. « Nous sommes au contact de jeunes qui traversent une période charnière de leur vie », explique Salomé Honvault. Certains quittent leur famille pour la première fois, d’autres arrivent d’un autre pays ou cherchent leur premier emploi. « Ils ont besoin d’un lieu de vie, mais aussi parfois d’un accompagnement. »

Quand l’entreprise devient partie prenante, pas seulement financeur

Le partenariat entre Uxco et Twoo illustre une évolution des relations entre entreprises et acteurs de l’économie sociale et solidaire : l’entreprise ne cherche plus seulement à financer une action d’intérêt général, elle devient partie prenante d’une solution.

Au départ, Woork devait être proposé aux résidents des structures Uxco. Mais le groupe a rapidement choisi d’ouvrir également le programme à ses propres collaborateurs. « Nous avons une moyenne d’âge de 34 ans, avec beaucoup de jeunes collaborateurs qui commencent leur carrière », explique Salomé Honvault. Le mentorat devient alors un outil de développement des compétences comportementales, mais aussi de fidélisation et de marque employeur.

Clotilde Foirien, juriste chez Uxco, a elle-même été bénéficiaire du programme. Pour elle, l’intérêt du mentorat tient notamment à la liberté de parole offerte par un accompagnateur extérieur : « Je pouvais parler de sujets que je n’aurais peut-être pas abordés avec quelqu’un de l’entreprise », témoigne-t-elle. Stress, gestion de la pression, confiance en soi : les échanges permettent de mieux comprendre ses propres réactions et de progresser.

Le contrat à impact social, ou comment faire payer l’État par la preuve

Derrière le programme Woork se trouve également un montage financier original : un contrat à impact social. Ce dispositif repose sur une logique expérimentale. L’État identifie un problème social, sélectionne un opérateur capable d’y répondre et fixe avec lui des objectifs mesurables. Des investisseurs privés financent ensuite l’expérimentation. Si les objectifs sont atteints, l’État rembourse les investisseurs.

Pour Woork, les objectifs sont particulièrement ambitieux : accompagner 1 500 jeunes, dont 75 % issus de publics considérés comme fragiles, et améliorer leur insertion professionnelle durable. « L’enjeu est de démontrer que le mentorat peut avoir un impact mesurable sur les trajectoires professionnelles », explique Bénédicte Sanson.

La mesure ne porte pas uniquement sur l’accès à un emploi. Elle prend également en compte la stabilité de cet emploi dans le temps, la qualité de la trajectoire et la capacité des jeunes à trouver leur place dans le monde professionnel.

Le vrai enjeu : un modèle de financement à généraliser, ou une niche ?

L’expérimentation Woork est en cours, mais les premiers retours sont encourageants. Chez Uxco, une première vague de collaborateurs a déjà participé au programme et une nouvelle promotion a été lancée. Quant à Bénédicte Sanson, elle imagine déjà un changement d’échelle : « Dans cinq ans, l’idéal serait que le mentorat soit présent partout dans les entreprises et que les jeunes découvrent la puissance du lien humain dans leur vie professionnelle. »

Reste une question que l’expérimentation ne tranchera qu’à son terme : le contrat à impact social, financé par des investisseurs privés et remboursé par l’État seulement si les résultats sont au rendez-vous, est-il un outil de politique publique amené à essaimer sur d’autres enjeux d’insertion ? Ou restera-t-il, faute de généralisation, une alternative de niche à des dispositifs publics plus classiques ? 

La réponse dépasse le seul cas de Woork : elle engage la manière dont l’État accepte, ou non, de déléguer à des acteurs privés le financement — et le risque — de ses politiques sociales. Mais elle engage aussi la façon dont les acteurs de l’ESS acceptent, ou non, de faire financer par le secteur privé des missions d’intérêt général.


« Partenaires d’Impact », c’est l’émission qui éclaire les alliances entre les entreprises et les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Cette émission a été réalisée par Mediatico et Impact Productions, en partenariat avec le Medef.

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