La stratégie nationale de l’économie sociale et solidaire vient à peine d’être adoptée que les derniers choix budgétaires du gouvernement racontent une autre histoire. PTCE, tiers-lieux, Territoires zéro chômeur longue durée : l’État affiche toujours son soutien aux dynamiques territoriales. Mais il réduit leurs moyens ou laisse planer l’incertitude. Au terme de l’été, le décalage devient difficile à ignorer.
Sur le papier, la nouvelle stratégie nationale de l’ESS affiche une ambition claire : soutenir les coopérations territoriales, renforcer l’ESS dans les territoires fragiles, développer les expérimentations, conforter les PTCE et les tiers-lieux. Mais plusieurs décisions prises au coeur de l’été dessinent une trajectoire radicalement opposée aux discours.
Le cas des PTCE est le plus spectaculaire. Quelques jours après l’adoption de la stratégie nationale, les Pôles territoriaux de coopération économique découvrent que leurs crédits de soutien sont passés de 2,5 millions d’euros en 2024 à 1 million en 2025, puis à seulement 250 000 euros en 2026. Une baisse de 90 % en deux ans. Difficile de faire plus contradictoire avec le contenu même de la stratégie gouvernementale. Les acteurs du secteur s’étranglent !
La stratégie nationale de l’ESS consacre pourtant sa première action, justement, à l’ambition de « soutenir et promouvoir les PTCE ». Elle les présente comme un « levier majeur de développement territorial fondé sur la coopération », souligne leur rôle dans les territoires fragiles et elle promet surtout de « poursuivre l’engagement de l’État ». Elle prévoit même de pérenniser les pôles existants, de renforcer leur rôle dans les filières territoriales et d’évaluer cette politique publique.
Les tiers-lieux : après huit ans, marche arrière
Le dossier des tiers-lieux raconte la même histoire. Depuis 2018, l’État avait construit progressivement une politique nationale en leur faveur. Près de 300 millions d’euros ont été investis en huit ans et le nombre de tiers-lieux a plus que doublé, dépassant aujourd’hui les 4 000 structures. Mais les crédits nationaux sont passés de 13 millions à seulement 1 million d’euros en 2026.
Pire, le 29 juin, France Tiers-Lieux, le Groupement d’intérêt public créé en 2022 pour structurer cette politique, a carrément voté sa dissolution. Là encore, le problème dépasse largement le sort d’une structure administrative. C’est la continuité d’une politique publique qui est en cause.
Au fil des ans, les tiers-lieux sont pourtant devenus des acteurs clé du développement local, de l’emploi, de l’innovation sociale, de la transition écologique et du maintien des services de proximité. 83 % coopèrent avec des collectivités locales et 35 % sont implantés en milieu rural.
Qu’à cela ne tienne, l’État a consacré huit ans et des centaines de millions d’euros à faire émerger un écosystème territorial… avant de lui supprimer brutalement son soutien.
TZCLD : dix ans d’expérimentation, toujours dans l’insécurité
Le troisième signal inquiétant est celui de Territoires zéro chômeur de longue durée. Lancé en 2016, le dispositif permet à des personnes durablement éloignées de l’emploi de retrouver un CDI à temps choisi dans des entreprises à but d’emploi. Après dix ans d’expérimentation, il bénéficie d’un soutien politique important. L’Assemblée nationale a même adopté en janvier une proposition de loi visant à le pérenniser.
Mais le Sénat ne l’a pas adoptée dans les mêmes termes en juin, notamment en raison d’un désaccord sur la participation financière des départements. Le processus législatif doit donc se poursuivre. Et le temps presse : sans nouveau texte avant le 31 décembre 2026, l’expérimentation arrive à son terme.
Le gouvernement soutient officiellement sa pérennisation. Mais il n’a pas engagé de procédure accélérée et souhaite désormais que certains points soient réglés par voie réglementaire. Alors que le débat budgétaire pour 2027 s’apprête à démarrer – sur fond d’économies budgétaires – rien ne laisse augurer pour l’heure d’une bonne nouvelle pour l’avenir d’un dispositif qui a pourtant fait ses preuves.
Le problème n’est plus seulement budgétaire
Pris séparément, chacun de ces dossiers peut être présenté comme un arbitrage budgétaire, une difficulté administrative ou un désaccord parlementaire. Pris ensemble, ils racontent une autre histoire : l’État dit vouloir faire de l’ESS un levier de transformation des territoires, mais il fragilise précisément les outils qui permettraient cette transformation.
Le point commun de ces trois dispositifs est pourtant évident : ils reposent sur le temps long. Or on ne construit pas une coopération territoriale en quelques mois. On ne transforme pas un tiers-lieu en infrastructure locale sans visibilité financière. On ne construit pas une politique de retour à l’emploi après dix ans d’expérimentation pour laisser ses publics fragiles dans l’incertitude.
C’est bien la crédibilité de la stratégie nationale de l’ESS de la France qui est en jeu. Sous le regard attentif de plusieurs de nos voisins européens.


