ACTU

Au Québec, un centre commercial entièrement dédié au réemploi

Quand la seconde main devient une alternative… qui veut devenir la norme ! Pendant que la filière textile française peine à respirer sous la pression de l’ultra fast fashion, au Québec, Tricentris sort l’artillerie lourde pour faire de la seconde main une expérience grand public. La coopérative vient d’acquérir un bâtiment à Saint-Jérôme qui accueillera, fin 2026, un centre d’achat de 80 000 pieds carrés (soit 7 500 m2) entièrement dédié au réemploi — le plus vaste en Amérique du Nord, et probablement dans le monde.

Une inspiration suédoise… et un bâtiment recyclé

Le projet québécois s’inspire directement de Retuna, le centre commercial pionnier du réemploi en Suède. Mais Tricentris ajoute sa touche locale : plutôt que de construire, la coopérative réutilise un ancien site industriel, une ancienne usine de transformation de papier, pour accueillir 15 à 20 boutiques indépendantes spécialisées dans la seconde main : vêtements, meubles, électroménagers, jouets, articles de sport, chaussures, électronique… le tout dans un écosystème circulaire sous un même toit.

« Ce ne sont pas des boutiques Tricentris », précise Dany Dumont, directeur général. « Notre rôle est de fournir l’infrastructure et l’emplacement. Nous voulons rassembler des organisations d’économie sociale qui partagent notre vision du réemploi. »

Plus qu’un shopping, des ateliers Fab-Lab et de réparation

Le centre ne se limitera pas aux achats. Un Fab-Lab permettra aux citoyens de restaurer meubles ou appareils, des ateliers de réparation prolongeront la vie des biens, et un espace inspiré des repair cafés offrira un service de remorque de réparation mobile. Une zone d’échange et d’entraide communautaire complétera l’ensemble, transformant l’expérience de consommation en un acte social et durable.

Le projet prévoit également une épicerie anti-gaspillage et des boutiques éphémères pour tester de nouveaux concepts. La mise en chantier est prévue pour l’automne 2026, avec ouverture au public au premier trimestre 2027.

 Quand la France regarde avec envie

Cet exemple québécois pose question pour la France, où la filière REP textile traverse une crise historique : hausse des volumes mis sur le marché, effondrement des débouchés à l’export, difficultés de trésorerie des opérateurs de collecte et de tri. 

Le gouvernement français a bien accepté le mois dernier un soutien exceptionnel à 268 € par tonne pour 2026, mais le secteur reste fragile et dépend de réformes structurelles à venir.

Dans ce contexte, le Québec montre qu’un accès au foncier adapté et un modèle collaboratif peuvent transformer le réemploi en véritable moteur d’innovation sociale et économique. Une leçon qui pourrait inspirer la France, où les associations d’économie sociale et solidaire se heurtent souvent aux coûts du foncier et aux limites de l’espace pour développer des initiatives comparables.

 Vers une normalisation de la seconde main ?

Dany Dumont ne s’en cache pas : il s’agit de changer les habitudes de consommation. « On vise la classe moyenne, pas seulement les convaincus du seconde main. On veut montrer que réutiliser, réparer et acheter d’occasion, c’est moins cher et meilleur pour l’environnement. »

À Saint-Jérôme, le concept sera testé grandeur nature. Pour la France, ce centre commercial québécois est une source d’observation intéressante, peut-être même d’inspiration. Car pour changer d’échelle, le réemploi ne peut pas se cantonner aux friperies et ressourceries. Il doit s’ouvrir, disposer des infrastructures adaptées, et pouvoir prétendre à un foncier accessible pour l’ESS.

Partagez cet article :