Le cap est symbolique, mais il raconte surtout quinze ans de transformation silencieuse de la philanthropie. En franchissant les 100 millions d’euros collectés au profit des associations, l’entreprise sociale microDON, certifiée B-Corp et agréée ESUS, confirme l’installation durable d’un modèle qui déplace les lignes : celui de la « générosité embarquée », intégrée à nos usages quotidiens. Presque invisible… mais massifiée.
Derrière cette réussite, deux entrepreneurs : Pierre-Emmanuel Grange et Olivier Cueille, dont Mediatico a eu la chance de voir les premiers pas. À l’origine, une intuition très simple : et si chacun pouvait donner sans y penser, en arrondissant ses paiements ou son salaire ? Aujourd’hui, cette idée a largement changé d’échelle.
De l’innovation sociale à l’infrastructure de collecte
Créée en 2009, microDON a cherché son modèle et déployé progressivement plusieurs dispositifs, dont certains sont devenus familiers : l’arrondi en caisse, l’arrondi sur salaire, mais aussi des déclinaisons en ligne. Le principe est toujours le même : transformer un geste anodin – quelques centimes – en ressource régulière pour les associations. Car chacun sait que les petits ruisseaux font les grandes rivières.
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. En 2026, 6 700 points de vente proposent l’arrondi en caisse, qui ont déjà collecté 82 millions d’euros. Côté entreprises, plus de 510 000 salariés ont accès à l’arrondi sur salaire, qui a généré 18 millions d’euros de dons supplémentaires. Voilà donc la barre des 100 millions franchie ! Au total, près de 2 000 associations ont été soutenues, sur des projets couvrant l’ensemble des 17 Objectifs de développement durable (ODD), avec une forte concentration sur la santé, l’éducation et la lutte contre les inégalités.
Un changement d’échelle structuré par la finance solidaire
L’histoire de microDON prend un tournant en 2020 avec son rachat par KissKissBankBank, elle-même intégrée à La Banque Postale. L’opération marque alors l’entrée du micro-don dans une stratégie plus large de finance participative et d’engagement citoyen.
Ce rapprochement va permettre à microDON d’accélérer son développement, en s’appuyant sur un écosystème mêlant crowdfunding, services financiers et solutions d’engagement pour les entreprises. Une manière de passer d’une innovation sociale à une véritable infrastructure de collecte.
Une dynamique qui s’accélère
Le franchissement des 100 millions d’euros, célébré le 16 avril lors d’un événement réunissant partenaires et associations, s’inscrit dans une nouvelle phase d’accélération. L’année 2025 a en effet marqué un tournant avec une mobilisation record lors de Octobre Rose, illustrant la capacité du dispositif à s’inscrire aussi, désormais, dans des temps forts collectifs et nationaux.
Mais le succès de microDON traduit une mutation plus profonde. Là où le don reposait historiquement sur des actes exceptionnels, il devient désormais diffus, intégré, presque automatique et ancré dans nos habitudes.
« Notre mission a toujours été de simplifier le don pour l’ancrer dans le quotidien des Français », rappelle Pierre-Emmanuel Grange. Et c’est essentiel : cette “générosité embarquée” permet de stabiliser les ressources des associations, en complément des grandes campagnes. Elle favorise aussi une forme d’inclusion : chacun peut contribuer, quel que soit son niveau de revenu.
Vers un « réflexe » du don ?
Désormais, avec plus de 2 000 associations soutenues et un maillage territorial dense, microDON s’impose comme un acteur structurant de la solidarité en France. Et si cette générosité embarquée, longtemps perçue comme marginale, devenait demain un pilier central du financement de l’intérêt général ?
Une fois franchi le cap des 100 millions d’euros, une question se pose : comment aller encore plus loin ? En rendant le don toujours plus simple, plus discret. Comme un réflexe du quotidien.


