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ADEME : l’agence de la transition écologique joue son avenir dans une réforme explosive

L’avenir de ADEME se joue aujourd’hui. Le projet de loi « visant à renforcer l’État local », examiné ce 7 mai par le Conseil d’État, prévoit une profonde réorganisation territoriale de l’Agence de la transition écologique. Derrière un objectif affiché de « simplification » et de « renforcement des synergies » entre services de l’État, syndicats, ONG et personnalités de la société civile dénoncent un démantèlement progressif de l’un des principaux opérateurs publics de la transition écologique.

Depuis plusieurs semaines, l’inquiétude monte dans les rangs de l’agence. Le point de crispation se concentre sur l’article 7 du texte gouvernemental, révélé mi-avril par le média Contexte. Cet article prévoit l’intégration des directions régionales de l’Ademe au sein des Dreal — les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement — placées sous l’autorité des préfets. En parallèle, le texte autoriserait la « mise à disposition d’office » de certains personnels pour une durée de trois ans renouvelable, autrement dit des mutations imposées sans consentement.

Pour les six organisations syndicales de l’établissement, qui ont publié le 28 avril une déclaration commune inédite, il s’agit d’« un dispositif qui détruit l’Ademe sans le dire ». Un tiers des effectifs de l’agence pourrait être concerné.

Une mobilisation rare du monde écologique

La controverse a franchi un nouveau cap avec la publication, mardi, dans le magazine Le Nouvel Obs, d’une tribune signée par plus de 250 associations et personnalités. Parmi elles : Cécile Duflot, Cyril Dion, mais aussi des responsables de France Nature Environnement, WWF France ou encore ATD Quart Monde.

Les signataires alertent sur une possible « extinction » de l’agence. Selon eux, la disparition de son réseau régional autonome affaiblirait sa capacité d’action sur le terrain, là où se construisent concrètement les projets de transition écologique : réseaux de chaleur, décarbonation industrielle, recyclage, mobilité durable ou rénovation énergétique.

Créée en 1992, l’Ademe accompagne chaque année plus de 8 000 projets partout en France. En 2025, elle a mobilisé 2,8 milliards d’euros d’aides pour les collectivités et les entreprises. Son budget total atteint 3,5 milliards d’euros, mais ses défenseurs rappellent qu’à peine 135 millions correspondent réellement à ses frais de fonctionnement, le reste étant redistribué sous forme de subventions.

« Pourquoi mettre à mal un modèle efficace, ancré dans les territoires et peu coûteux ? », interrogent les auteurs de la tribune, qui rappellent également qu’une mission de l’Inspection générale des finances menée en 2024 n’avait formulé « aucune critique structurelle » sur le fonctionnement de l’agence.

Le gouvernement nie toute volonté de suppression

Face à la polémique, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut tente de désamorcer les accusations. Devant l’Assemblée nationale, mardi 5 mai, elle a assuré qu’il était « hors de question de supprimer l’Ademe ».

Selon la ministre, la réforme vise uniquement à « améliorer les synergies et la fluidité des relations de travail entre l’Ademe et les services déconcentrés de l’État », tout en « conservant l’intégrité et l’identité de l’opérateur ».

Mais ces explications peinent à convaincre les opposants au texte. Beaucoup y voient une reprise en main politique d’une agence jugée trop indépendante, dans un contexte de tensions croissantes autour des politiques écologiques.

Depuis plusieurs mois, l’Ademe est régulièrement prise pour cible par des responsables de droite et d’extrême droite, qui dénoncent son coût ou son orientation idéologique. Valérie Pécresse ou encore Laurent Wauquiez ont publiquement remis en cause son utilité. Des polémiques relayées sur les réseaux sociaux ont également visé certains guides ou campagnes de communication de l’agence.

Pour les défenseurs de l’Ademe, cette offensive dépasse largement le sort d’un établissement public. Elle traduirait un recul plus général de l’ambition écologique de l’État.

Une bataille politique sur fond de réindustrialisation

Le débat intervient dans un moment paradoxal. D’un côté, le gouvernement multiplie les discours sur la souveraineté industrielle, l’électrification des usages et la décarbonation de l’économie. De l’autre, l’un des principaux outils publics chargés d’accompagner cette transformation voit son organisation remise en question.

L’Ademe joue pourtant un rôle clé dans le financement et l’accompagnement technique de nombreux projets industriels liés à la transition écologique. Les partisans de l’agence rappellent qu’elle intervient aussi bien dans le développement des réseaux de chaleur renouvelable que dans le soutien aux filières du recyclage, à la mobilité bas carbone ou à la décarbonation des sites industriels.

Son président, Sylvain Waserman, défend régulièrement une agence capable d’agir « concrètement » aux côtés des élus locaux et des entreprises. Ses soutiens estiment qu’un pilotage plus centralisé par les préfets pourrait faire passer les impératifs administratifs ou budgétaires avant les enjeux climatiques.

Après l’avis du Conseil d’État attendu aujourd’hui, le projet de loi devrait être présenté en Conseil des ministres le 20 mai avant d’entamer son parcours parlementaire. Une séquence qui s’annonce particulièrement tendue, tant l’avenir de l’Ademe est devenu, au-delà de son cas propre, un symbole des arbitrages politiques autour de la transition écologique française.

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