Le nouveau maire de Paris n’a pas oublié ses promesses de campagne. À l’occasion de la troisième édition de la Grande Soirée de l’Engagement, organisé jeudi 26 mai à l’Hôtel de Ville de Paris par le Collectif des Engagés et le Groupe SOS, un large panel d’acteurs associatifs, institutionnels et culturels étaient réunis autour d’un même fil rouge : la défense de la solidarité et de l’engagement associatif.
Parrain de l’événement, Emmanuel Grégoire, maire de Paris, a profité de cette tribune pour livrer un discours résolument politique sur la place du monde associatif dans la société française, réaffirmant le soutien volontariste de la capitale aux acteurs de terrain… tout en dressant un constat lucide sur les limites de l’action publique. Y compris la sienne !
“Les associations ne sont pas de simples prestataires”
« Le climat est difficile. Le secteur associatif traverse une crise très grave, très profonde », a-t-il déclaré, en écho aux alertes répétées des structures de terrain confrontées à la baisse des financements, à la hausse des besoins sociaux et à l’essoufflement du bénévolat. Mais « les associations ne sont pas de simples prestataires » et il faut les soutenir, a-t-il affirmé.
Loin de les cantonner à un simple rôle d’opératrices de politiques publiques, Emmanuel Grégoire les considère comme des actrices essentielles de la compréhension du réel, des médiatrices indispensables entre les institutions et les citoyens, qui jouent un rôle structurant dans de nombreux services d’intérêt général, notamment dans la solidarité, la culture ou le sport.
« L’immense majorité du mouvement associatif se déploie dans un registre très informel, avec des bénévoles qui ne retirent rien d’autre que le temps qu’ils consacrent aux autres », a aussi souligné le maire de Paris, saluant un engagement quotidien souvent invisible mais fondamental.
Une alerte sur les limites de l’action publique
Dans ce contexte, la Ville de Paris entend maintenir son soutien aux associations, a-t-il assuré, autour de trois principes : le respect de leur indépendance, la construction d’un partenariat équilibré et la reconnaissance de leur rôle démocratique. Mais tout n’est pas si simple.
Le plus politique de son intervention est sans doute celui où Emmanuel Grégoire a reconnu les limites des collectivités face à l’ampleur de la crise actuelle. « Je le reconnais très humblement : les collectivités locales ne peuvent pas, à elles seules, se substituer à la crise que nous observons aujourd’hui », a-t-il déclaré, dans une formule qui sonne comme un appel implicite à un engagement renforcé de l’État.
Une société traversée par des tensions contradictoires
Emmanuel Grégoire s’est aussi livré à une lecture plus large des transformations sociales en cours. Selon lui, la société française est traversée par une tension permanente entre individualisation et engagement collectif. « Nos sociétés n’ont jamais autant souffert d’une forme d’individualisme, peut-être même d’égoïsme, tout en étant traversées, paradoxalement, par des élans de générosité et d’engagement », a-t-il déclaré.
L’enjeu, dès lors, consiste à « stimuler » ces dynamiques citoyennes, notamment chez les jeunes générations, afin de renforcer la capacité collective à faire société. Une vision partagée par les organisateurs de la soirée, qui entendent faire de l’engagement un levier central de cohésion. D’où l’intérêt pour la Ville de Paris de soutenir cette 3e Grande soirée de l’Engagement.
Une soirée pour célébrer tous les engagements
Organisé par le Collectif des Engagés, l’événement a fait salle comble à l’Hôtel de Ville et proposé une programmation mêlant témoignages, performances artistiques et remise de distinctions, dans l’objectif de mettre en lumière celles et ceux qui agissent concrètement pour la solidarité.
Pour les co-animateurs de la soirée, Marie-Aline Méliyi et Alex Goude, ce moment « inspirant » a permis de saluer la diversité des initiatives, l’énergie collective présente dans la salle, et surtout des actions capables de transformer concrètement des vies. Point d’orgue de la soirée, la remise des Trophées Nationaux de la Solidarité 2026 a récompensé plusieurs projets associatifs et citoyens engagés sur des enjeux très divers (voir tous les lauréats).
Les Trophées de la solidarité : des initiatives concrètes mises en lumière
Le Prix Initiative de Proximité a été attribué à l’association Zicomatic pour son projet Le Cozi’Café, un lieu dédié à la création de lien social et à la lutte contre l’isolement dans les territoires. La distinction a été remise notamment par Yaële Aferiat, directrice de l’Association Française des Fundraisers et responsable de Giving Tuesday France, qui a salué une initiative « profondément humaine », illustrant la capacité de l’engagement local à produire de la solidarité concrète.
Le Trophée de l’Innovation Sociale a quant à lui été remis à l’association StudHelp, qui lutte contre la précarité alimentaire étudiante en mettant en relation des particuliers et des étudiants via des paniers solidaires. Une initiative saluée pour sa capacité à répondre rapidement à des besoins sociaux croissants.
D’autres distinctions ont également mis en avant des projets liés à la recherche médicale, à la lutte contre les discriminations ou encore à l’accompagnement des publics vulnérables, confirmant l’ampleur des champs couverts par l’engagement associatif aujourd’hui.
Au fil des prises de parole, une idée s’impose : celle d’un écosystème de l’engagement en structuration, où associations, entreprises, médias et institutions cherchent à mieux coopérer.
Reste une question centrale soulevée en filigrane par Emmanuel Grégoire : celle des moyens. Car derrière la reconnaissance politique et les cérémonies de valorisation, les associations continuent d’alerter sur une équation de plus en plus difficile entre besoins croissants et ressources en baisse. Une tension que cette soirée, malgré son énergie positive, n’a fait que rendre plus visible.



