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20 pays créent le groupe de pays « Amis de l’ESS », sans la France !

Un échec diplomatique de plus pour la France, ou un véritable renoncement stratégique ? Vingt pays ont lancé cet été, sous l’égide de l’Organisation internationale du Travail (OIT), le Groupe des Amis de l’économie sociale et solidaire. Parmi les signataires : l’Italie, l’Espagne, le Mexique, la Corée du Sud, le Sénégal et le Brésil, ces deux derniers assurant la coprésidence du groupe. Surprise, la France n’y figure pas !

La scène se déroule à Genève, le 11 juin dernier. L’OIT accueille dans ses locaux la Coalition mondiale pour la justice sociale. En marge de ce sommet international, vingt pays décident d’adopter une déclaration commune qui les engage à coopérer pour renforcer la place de l’ESS dans les politiques publiques et dans les enceintes multilatérales. Mais pourquoi nos diplomates sont-ils incapables d’expliquer l’absence de la France à la table des discussions ?

Une initiative portée par les États, pas par l’OIT

Pourtant, la déclaration des vingt pays s’inscrit dans la continuité de la résolution de la Conférence internationale du travail de 2022, qui avait posé une définition commune de l’ESS. Et de la résolution 79/213 de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la promotion de l’économie sociale et solidaire au service du développement durable. 

À l’époque ministre en charge de l’économie sociale et solidaire, Marlène Schiappa avait porté la voix de la France à l’ONU. Cette fois, la donne a changé. La France est devenue inaudible au plan international : elle est absente du Groupe des Amis de l’ESS. Il faut dire que le gouvernement français n’a plus tellement d’amitié pour l’ESS, ses choix budgétaires en sont la preuve.

En attendant, le monde bouge et l’ESS fait son chemin à l’international, sans la France. D’ailleurs, le nombre de signataires a déjà évolué depuis la publication du texte : la déclaration annexait vingt gouvernements au fin juillet 2026, mais la Mauritanie et le Togo ont depuis rejoint l’initiative. Et d’autres gouvernements, y compris régionaux, sont en cours de validation interne.

Le paradoxe d’une France qui a construit ce terrain international

L’absence de la France a fait réagir une bonne partie du secteur. Timothée Duverger, responsable de la chaire TerrESS à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim, a été l’un des premiers à pointer la contradiction : la France a été l’un des tout premiers pays à institutionnaliser l’ESS, avant de la porter au niveau européen puis international, et se retrouve absente d’une initiative où siège l’Italie. 

Fabienne Oré-Courregelongue, directrice adjointe du développement économique et cheffe du service ESS à Bordeaux Métropole, rappelle que la France, et Bordeaux en particulier, ont accueilli voilà moins d’un an le Forum mondial de l’économie sociale (GSEF), accueillant dix mille participants et cent dix nationalités dans la même ville.

Antoine Détourné, délégué général d’ESS France, a resitué l’épisode dans une histoire plus longue encore : la France, via ESS France et ESS Forum International, avait largement rédigé la déclaration de l’OIT sur l’ESS au moment de la présidence française de l’Union européenne. 

Thierry Jeantet, président d’honneur d’ESS Forum International, rappelle pour sa part que François Hollande avait présidé le Groupe pilote international de l’ESS lors d’une assemblée générale de l’ONU, groupe qui réunissait États, agences onusiennes et réseaux de l’ESS, et qui avait entraîné dans son sillage le Sénégal, l’Espagne ou la Corée du Sud sur un projet de résolution des Nations Unies. 

Jérôme Saddier, président de Coop FR et du Crédit coopératif, ancien président d’ESS France, qualifie quant à lui la situation d’inédite : selon lui, c’est la première fois que la France ne participe pas à une initiative internationale de promotion de l’ESS.

Quant à l’actuel président d’ESS France, Benoît Hamon, il rappelle que si l’ESS française constituait un PIB, elle se situerait à la seizième place du classement des économies européennes, entre le Portugal et la Finlande. Et que la loi-cadre sur l’ESS de 2014 reste l’une des plus copiées dans le monde. Pour lui, l’absence de représentation française à l’OIT sur l’économie sociale et solidaire reste sans explication.

Ce que révèle cet épisode sur le positionnement français

L’absence de la France interroge d’autant plus qu’elle contredit un engagement de la France : la Stratégie nationale pour l’ESS (SNESS) transmise cet été à Bruxelles consacre un chapitre entier à la promesse d’assurer la place de la France dans les cadres internationaux du secteur, au nom d’un engagement pionnier revendiqué, et avec l’ambition d’en faire un levier de diplomatie économique et d’influence. Cet écart entre l’ambition écrite et la réalité est incompréhensible.

Au-delà de l’anecdote diplomatique, l’épisode dit quelque chose du rapport de force qui se recompose autour de l’ESS à l’échelle internationale. Longtemps ancré en France, le centre de gravité s’est déplacé vers d’autres pays qui, hier, s’inspiraient du modèle français. Aujourd’hui, ce sont ces pays qui coprésident les instances qui structurent l’économie sociale et solidaire. 

La France conserve un secteur ESS parmi les plus développés d’Europe et un cadre législatif qui continue d’essaimer à l’étranger. Mais ce capital ne se traduit plus en présence active et influente dans les enceintes où se négocient les prochaines normes internationales. 

À l’heure qu’il est, la liste des pays membres du groupe n’est pas fermée. Reste à savoir si Paris figurera, ou non, sur la prochaine liste mise à jour.


La déclaration des 20 pays :

https://unsse.org/wp-content/uploads/2026/07/Launch-Declaration_Group-of-Friends_French-3.pdf

(Photo : © Canva / Sorendls – Getty Images Signature)

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