C’est un signal fort pour tout le secteur médico-social, mais aussi – et surtout – pour les 1800 professionnels des crèches et des EHPAD de la Fondation Croix Saint-Simon. À deux semaines de l’échéance cruciale du 29 septembre, qui verra le Tribunal des Activités Économiques examiner les offres de reprise pour les activités de la Fondation, pas moins de 37 offres de candidatures ont été déposées. Et, pour une grande part, par des groupes du secteur médico-social non lucratif, qui relèvent de l’économie sociale et solidaire.
Six mois après l’ouverture du plan de cession de ses 65 établissements, la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon l’a confirmé le 1er septembre : la très grande majorité de ces offres émane d’acteurs du monde associatif, de fondations et d’organismes mutualistes. À l’heure où une partie du secteur plaide pour sanctuariser les activités d’intérêt général face aux logiques purement lucratives, ce résultat pèse lourd : il démontre qu’une offre non lucrative existe, structurée, et capable de se positionner à l’échelle d’une fondation centenaire.
Une couverture inégale selon les pôles d’activité
Placée en redressement judiciaire le 5 novembre 2025, la Fondation avait engagé le 14 avril dernier un plan de cession de l’ensemble de ses activités par appel d’offres, seule alternative identifiée par les administrateurs judiciaires pour éviter une liquidation totale et préserver un maximum des 1 800 emplois répartis sur ses 65 structures.
À cette heure, les offres se répartissent sur l’ensemble des pôles de la Fondation : petite enfance, personnes âgées et personnes handicapées, formation-recherche, santé, protection de l’enfance. Mais plusieurs structures n’ont reçu aucune offre : seuls 48 des 65 établissements intéressent les candidats potentiels.
Les 37 offres déposées restent toutefois améliorables jusqu’au 24 septembre à 23h59, ce qui laisse encore une marge de manœuvre pour les établissements les moins disputés.
Le non-lucratif démontre sa capacité de mobilisation
L’identité des candidats n’a pas filtré à ce stade, mais la composition d’ensemble des 37 offres tranche avec le scénario redouté par une partie du secteur au moment de l’annonce du plan de cession en avril. Ce plan de cession, par construction, ouvrait la porte à des acteurs privés lucratifs, y compris dans le secteur sensible de la petite enfance où 35 crèches franciliennes étaient concernées. Or, sans exclure l’existence de candidatures de groupes privés, il semble que le monde associatif, les fondations et les organismes mutualistes aient répondu en force.
Ce résultat s’inscrit dans un débat plus large sur la place du capital dans les activités d’utilité sociale, ravivé ces dernières années par les dérives documentées dans le secteur des crèches privées et par la proposition de loi de la députée Céline Hervieu visant à encadrer l’entrée des fonds d’investissement dans la petite enfance.
Que la reprise d’une fondation reconnue d’utilité publique depuis 1922, employant 1 800 salariés dans des métiers allant de la petite enfance à la fin de vie, mobilise en priorité des acteurs non lucratifs vient conforter l’idée que ce modèle dispose des reins suffisamment solides pour absorber des actifs en difficulté.
Ce que l’audience du 29 septembre va trancher
Reste à savoir si cette mobilisation quantitative se traduira par une reprise qualitative, cohérente avec les missions historiques de la Fondation. Le Tribunal des Activités Économiques devra en effet arbitrer entre plusieurs candidats sur les établissements les plus disputés, tout en composant avec les zones blanches où aucune offre ne s’est encore manifestée.
Surtout, le Tribunal devra vérifier si le secteur médico-social francilien, confronté à un effet ciseaux entre hausse des coûts et stagnation des financements publics, dispose d’un écosystème d’acteurs non lucratifs suffisamment robuste pour absorber les défaillances à venir sans céder systématiquement le terrain aux logiques de rentabilité financière.
L’examen des offres devant le Tribunal des Activités Économiques est fixé au 29 septembre, pour une décision attendue dans la deuxième quinzaine d’octobre.
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