ACTU

Le handicap, angle mort persistant de la rentrée scolaire

Ewan a 15 ans. Cette rentrée, ses camarades retrouveront leur collège ou leur lycée. Lui restera à la maison, faute de place en institut médico-éducatif. Sa mère finance de sa poche un enseignement à domicile et une éducatrice spécialisée, en sachant que rien ne remplace un accompagnement adapté. Son histoire n’est pas isolée : elle illustre un système qui, année après année, laisse des milliers d’enfants en situation de handicap sans réponse éducative construite.

C’est ce que documente l’Unapei, un réseau associatif de 330 structures, à travers sa nouvelle campagne « #JaiPasEcole, mais tout peut changer », qui dénonce le défaut d’inclusion scolaire pour les élèves porteurs de handicap. Une campagne appuyée sur une enquête menée auprès de 38 associations de son réseau national, suivant près de 5 000 enfants.

Le système scolaire ne se met pas à l’échelle des besoins

Le chiffre le plus parlant est celui des enfants qui ne sont toujours pas accompagnés : les 38 associations interrogées recensent 4 808 enfants encore sur liste d’attente, soit davantage que les 4 588 enfants qu’elles accompagnent déjà aujourd’hui. Il faut dire que le délai moyen d’attente avant l’accès à une solution adaptée atteint près de trois ans !

Mais pour les enfants déjà pris en charge, la situation n’est pas non plus réjouissante : 76% d’entre eux bénéficient de moins de douze heures de scolarisation par semaine, contre seulement 24% au-delà de ce seuil. Et la trajectoire d’ensemble stagne : deux tiers des associations constatent une situation inchangée entre 2025 et 2026, 19% seulement observent une amélioration, tandis que 14% pointent une dégradation.

« Il ne suffit pas d’être inscrit à l’école pour que le droit à l’éducation soit respecté », résume Luc Gateau, président de l’Unapei, qui insiste sur la nécessité de sortir d’une logique de modèle unique pour construire une réponse individualisée à chaque enfant.

Le vrai enjeu : faire coopérer deux systèmes qui s’ignorent

Le blocage tient le plus souvent à l’absence de coordination structurelle entre l’Éducation nationale et le secteur médico-social. L’Unapei le formule sans détour : le médico-social ne peut, à lui seul, résorber les listes d’attente ni garantir une réponse adaptée à chaque enfant. Ce sont deux administrations, deux financements, deux cultures professionnelles qui doivent apprendre à travailler ensemble, pour qu’un parcours de scolarisation ne s’arrête pas à la porte d’un établissement qui ne peut pas accueillir l’enfant dans de bonnes conditions. 

Comme c’est le cas par exemple pour Gecyna, 11 ans, qui après six années d’attente d’une place en IME devra, elle aussi, rester à la maison cette rentrée.

Un indicateur montre pourtant que le changement d’échelle est possible quand la mobilisation existe : la part des enfants accompagnés ne disposant pas de numéro INE — condition de leur identification par l’Éducation nationale et donc de la sécurisation de leur parcours — est passée de 65% à 45% en un an. La preuve qu’une coopération mieux organisée produit des résultats mesurables, même si elle reste aujourd’hui trop ponctuelle pour changer la donne globale.

Ce que demande l’Unapei aux pouvoirs publics

L’association structure ses revendications autour de cinq priorités : 

  • des interventions précoces dès la petite enfance, pour préserver les capacités d’apprentissage et d’autonomie avant que les difficultés ne s’installent ; 
  • une école réellement accessible, qui ne se limite pas à l’ouverture des portes mais engage bâtiments, transports, pédagogie et coopération entre professionnels ; 
  • un soutien médico-social reconnu comme un appui indispensable et non comme une solution de dernier recours ; 
  • des parcours sans rupture jusqu’à l’âge adulte, alors qu’aujourd’hui chaque changement d’âge ou de dispositif remet en cause l’accompagnement acquis ; 
  • et des coopérations organisées entre tous les acteurs, de la petite enfance jusqu’à 25 ans, pour que la continuité du parcours ne dépende plus de la seule énergie des familles.

Sortir de l’expérimentation permanente

Ce que pointe en creux cette enquête, c’est moins un manque de dispositifs qu’un défaut de généralisation : les solutions qui fonctionnent — comme la sécurisation du numéro INE — restent cantonnées à des progrès partiels quand elles devraient devenir la norme. 

Pour l’Unapei, la question n’est pas de savoir si des réponses adaptées existent, mais de décider si l’on donne aux structures et aux territoires les moyens de sortir du cadre expérimental pour construire, enfin, un parcours éducatif qui ne dépende pas du hasard d’un lieu de naissance ou d’une place disponible.

(Photo : © Stella_E / Getty Images)

Partagez cet article :