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« Être pauvre coûte cher » : la DIPLP alerte sur le coût caché de la précarité

La Délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté (DIPLP) consacre sa lettre de mai 2026 au pouvoir d’achat des ménages modestes, avec un message central : « être pauvre coûte cher ». Dans un éditorial signé par la déléguée interministérielle Anne Rubinstein, l’institution appelle à mieux prendre en compte les surcoûts structurels qui frappent les personnes en situation de précarité.

À travers le témoignage de Florence — « À partir du 15 du mois, il ne me reste rien » — la DIPLP rappelle que la pauvreté ne se résume pas à un manque de revenus. Elle se traduit aussi par une accumulation de dépenses contraintes, de frais supplémentaires et d’arbitrages permanents sur les besoins essentiels.

La précarité, un système de surcoûts permanents

Dans son interpellation, Anne Rubinstein décrit un quotidien où les ménages modestes paient souvent plus cher pour des biens et services essentiels. Faire ses courses sans voiture implique parfois d’acheter dans des commerces de proximité plus coûteux. Ne pas pouvoir avancer une caution conduit à accepter des logements plus petits, mal isolés et plus énergivores. L’absence de carte bancaire classique peut générer des frais supplémentaires à chaque retrait. Et l’impossibilité d’acheter en gros augmente le prix payé au kilo.

« Être pauvre coûte cher, en temps, en énergie et en stress », résume la déléguée interministérielle. Car lorsque chaque dépense devient un arbitrage entre alimentation, transport, énergie ou équipement des enfants, la moindre hausse de prix fragilise des budgets déjà sous tension.

La DIPLP insiste également sur les inégalités territoriales : selon les lieux de vie, l’accès aux transports, aux commerces ou aux services essentiels peut accentuer encore davantage ces difficultés.

Des chiffres qui confirment la fragilité des ménages

Les données relayées dans cette édition illustrent l’ampleur du phénomène. Selon l’Insee, 15,4 % de la population française — soit près de 9,8 millions de personnes — vivent sous le seuil de pauvreté monétaire. Plus de 13 % des Français sont aujourd’hui en situation de privation matérielle, incapables de faire face à certaines dépenses essentielles.

Les ménages modestes consacrent entre 30 % et 35 % de leur budget au logement, premier poste de dépense. Plus de 60 % de leurs dépenses sont dites « préengagées » : logement, énergie, abonnements ou assurances, réduisant fortement leur marge de manœuvre budgétaire. Quant à l’alimentation, elle représente entre 15 % et 20 % du budget des ménages pauvres, une part supérieure à celle observée chez les ménages aisés.

Les familles monoparentales, les chômeurs et les locataires du parc social figurent parmi les publics les plus exposés.

Des solutions concrètes pour limiter le coût de la pauvreté

Au-delà du constat, la DIPLP met en avant plusieurs dispositifs développés par des acteurs associatifs et économiques pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages fragiles.

Parmi eux, Emmaüs Défi et sa Banque Solidaire de l’Équipement (BSE), créée en 2012. Le dispositif permet à des ménages précaires d’équiper leur logement à moindre coût grâce à des dons d’entreprises valorisés dans une logique solidaire et circulaire. Accompagnement personnalisé, réemploi d’équipements et insertion professionnelle se combinent dans ce modèle qui connaît une forte hausse de fréquentation depuis l’inflation.

Plus d’informations sur La Banque Solidaire de l’Équipement – Emmaüs Défi

La lettre met également en lumière l’offre « Coup de Pouce Internet » de Orange, destinée aux ménages à bas revenus. Cette formule propose un accès internet, télévision et téléphone fixe à tarif réduit, accompagné d’une possibilité d’achat d’ordinateur reconditionné payable en plusieurs fois.

Informations sur l’offre Coup de Pouce Internet d’Orange

Autre exemple cité : Le Club Mobilité, structure labellisée ESUS créée en 2018, qui développe avec le Renault Group le programme CareMakers de mobilité solidaire. Le dispositif permet à des personnes exclues des financements bancaires classiques d’accéder à des véhicules à coût réduit via des solutions de microcrédit adaptées à leurs besoins professionnels.

Plus d’informations sur Le Club Mobilité

Repenser la lutte contre la pauvreté

Pour Anne Rubinstein, la lutte contre la pauvreté ne peut pas se limiter à compenser un manque de ressources. Elle implique de transformer un système dans lequel « les plus fragiles paient trop souvent le prix fort ».

La DIPLP appelle ainsi à développer des offres inclusives réellement accessibles : tarifs solidaires, services adaptés, produits essentiels à marge limitée ou encore accompagnement budgétaire. L’objectif affiché : redonner du pouvoir d’agir aux ménages modestes tout en réduisant les mécanismes invisibles qui aggravent leur précarité.

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