Accélérateur ESS

Quand le changement d’échelle de l’ESS dépend de la qualité de l’écosystème qui l’entoure

Les dirigeants de l’ESS affrontent aujourd’hui des défis qui dépassent largement le cadre d’un accompagnement ponctuel. Évolution du modèle économique, diversification des ressources, gouvernance, recrutements, développement commercial, recherche d’investisseurs, transmission, industrialisation, changement d’échelle… Aucun acteur ne maîtrise seul toutes ces expertises. 

C’est pourquoi les territoires les plus dynamiques cherchent à construire des écosystèmes de l’accompagnement, où incubateurs, réseaux, financeurs, collectivités, investisseurs, structures de formation et entrepreneurs coopèrent de manière fluide. Facile à dire, mais c’est un tour de force. Car, dans cette nouvelle approche, la qualité de l’écosystème devient aussi importante que la qualité de chaque accompagnement pris individuellement.

La fin des accompagnements « en silo »

[Info Partenaire] L’accompagnement des entreprises sociales n’a rien d’un parcours linéaire. Une jeune structure n’a pas les mêmes besoins qu’une entreprise de dix ans, pas davantage qu’une association qui souhaite changer de modèle économique, ou qu’une Scop en reprise d’activité.

Pour Lina Fahsi, directrice du développement du Réseau des Entrepreneurs Citoyens (REC), cette réalité impose une évolution profonde des pratiques : « Une bonne chaîne de l’accompagnement est capable d’accompagner la plupart des projets, mais surtout de réorienter un dirigeant vers le bon interlocuteur au bon moment. »

Savoir orienter, plutôt que vouloir tout faire, constitue l’une des principales évolutions observées dans les territoires les plus dynamiques. Chaque acteur de l’accompagnement apporte son expertise, tout en reconnaissant celle des autres. L’enjeu n’est pas de conserver un entrepreneur dans son propre dispositif, mais de lui permettre de trouver la compétence la plus pertinente au moment où il en a besoin.

En Normandie, une chaîne d’accompagnement pensée comme un écosystème

La Normandie a progressivement construit cette logique de complémentarité. Au fil des ans, la Région a soutenu l’émergence d’une « chaîne d’accompagnement » où chaque acteur intervient sur un maillon spécifique du développement des entreprises de l’ESS. France Active apporte son expertise sur les modèles économiques et l’ingénierie financière. Le REC accompagne les dirigeants dans leurs enjeux stratégiques, leur posture entrepreneuriale ou la diversification de leurs activités. D’autres réseaux interviennent sur la gouvernance, la coopération, la transmission.

L’Accélérateur ESS de HEC Paris vient encore renforcer cet ensemble, en intervenant auprès de structures déjà solides qui souhaitent amorcer une nouvelle phase de leur développement. Grâce à l’expertise de mentors issus du monde de l’entreprise, ce dispositif accompagne les dirigeants de l’ESS sur des sujets de stratégie, d’organisation et de changement d’échelle. Son approche structurante complète les accompagnements opérationnels proposés par les acteurs de terrain.

Coopérer pour transformer les territoires

À Marseille, l’association Inter-Made — devenue récemment Combo — défend une vision plus ambitieuse encore : faire de la coopération un levier de transformation territoriale. « L’ESS a longtemps cherché à réparer des situations de fragilité. Nous voulons désormais accompagner aussi des projets qui transforment durablement les territoires », explique Cyril Hoccry-Lescarmure, directeur de l’accompagnement et de la formation.

Cette philosophie se traduit par des initiatives originales. Avec « La Collective », portée avec la Ville de Marseille, Combo réunit associations, collectivités, entreprises et citoyens autour de grands enjeux comme le vieillissement, la place des femmes ou la vie associative, afin de faire émerger de nouvelles réponses collectives. D’autres projets co-portés par Combo expérimentent de nouveaux modèles autour de l’économie de la fonctionnalité ou de l’innovation écologique.

Un écosystème qui apprend de ses entrepreneurs

Ainsi, les réseaux d’accompagnement remplissent aujourd’hui une autre fonction, souvent moins visible : ils deviennent des capteurs des transformations économiques et sociales. Ils travaillent quotidiennement avec les dirigeants. Ils identifient rapidement les difficultés émergentes : fatigue des responsables associatifs, difficultés d’accès aux financements, évolution des besoins de compétences, ou fragilités propres à certains territoires. Cette connaissance du terrain, précieuse, nourrit progressivement les politiques publiques.

« Nous avons aussi la responsabilité de faire remonter la parole des entrepreneurs auprès des institutions », confirme Lina Fahsi. Les réseaux dialoguent donc régulièrement avec les Régions, la Banque des Territoires, Bpifrance ou les collectivités, afin d’adapter les dispositifs existants et d’identifier des besoins qui seraient encore insuffisamment couverts.

L’exemple de l’entrepreneuriat féminin illustre cette démarche. Les accompagnateurs constatent que les femmes accèdent plus difficilement aux financements et aux réseaux d’investisseurs. Au-delà du coaching individuel, ils développent donc des partenariats avec des financeurs, jouent un rôle de tiers de confiance et portent un plaidoyer collectif pour faire évoluer les pratiques.

Faire système plutôt qu’empiler les dispositifs

Cette évolution marque probablement une nouvelle étape dans la maturité de l’économie sociale et solidaire.

Le changement d’échelle ne dépend plus seulement de la capacité d’une entreprise à grandir, ni de la qualité d’un accompagnement particulier. Il repose désormais sur la fluidité des coopérations.

Incubateurs, réseaux spécialisés, financeurs, collectivités, investisseurs, grandes écoles, experts, mentors ou dirigeants : chacun apporte une compétence différente. Et c’est leur capacité à travailler ensemble qui fait la différence entre les territoires.

À mesure que les défis économiques, sociaux et écologiques se complexifient, la qualité de cet écosystème s’impose comme l’une des principales ressources de l’économie sociale et solidaire de demain.

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