Accélérateur ESS

Comment les Régions sont devenues les premiers financeurs publics de l’économie sociale et solidaire

En dix ans, l’économie sociale et solidaire a largement changé d’image. Longtemps perçue comme une économie de proximité vivant de financements publics sectoriels, elle revendique aujourd’hui pleinement son rôle d’acteur du développement économique territorial. De fait, elle a désormais plus facilement l’oreille des Régions, qui ne la soutiennent plus seulement au titre de leurs politiques sociales ou territoriales, mais qui l’intègrent dans leur stratégie de développement économique. [Info partenaire]

Cette évolution explique un phénomène nouveau : malgré la pression budgétaire, les Régions sont devenues les premiers financeurs publics territoriaux de l’ESS. Leur soutien devient un levier essentiel pour le changement d’échelle des entreprises sociales. À l’heure où chaque euro public compte, l’engagement des Régions devient décisif pour l’avenir de l’ESS.

Des financeurs devenus stratèges

Selon la Cour des comptes, les Régions ont consacré 1,94 milliard d’euros au financement de l’ESS l’an dernier, en cumulant leurs politiques économiques, leurs achats publics et l’ensemble de leurs interventions sectorielles. À elles seules, les aides directes relevant de leur compétence économique représentent 220 millions d’euros, soit dix fois le budget national consacré par l’État à l’ESS dans son programme budgétaire dédié.

Ce chiffre traduit une réalité institutionnelle. Depuis la loi NOTRe, les Régions sont devenues les cheffes de file du développement économique. Elles élaborent les Schémas régionaux de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII), qui intègrent à présent systématiquement une stratégie en faveur de l’ESS.

Un mouvement naturel, estime Jérémy Pierre-Nadal, directeur de l’Observatoire des politiques régionales de Régions de France : « Pour les Régions, l’ESS n’est pas une économie à part. C’est une composante à part entière du développement économique des territoires ». Cette approche change profondément la nature du soutien apporté. Il ne s’agit plus d’aider des structures fragiles, mais d’investir dans des entreprises créatrices d’emplois, d’innovation sociale et de transition écologique.

Financer la croissance plutôt que compenser les fragilités

La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur illustre parfaitement cette évolution. Sa stratégie régionale de l’ESS prévoit un engagement de 96 millions d’euros sur la durée du mandat, avec une priorité donnée au développement économique des projets. Les dispositifs généralistes de soutien aux entreprises, comme « Mon Projet d’Entreprise », ont été ouverts aux acteurs de l’ESS afin qu’ils puissent bénéficier des mêmes outils d’accompagnement que les entreprises classiques.

Pour Agnès Rossi, conseillère régionale déléguée à l’ESS, l’objectif est clair : « L’ESS est une économie à part entière, nous voulons donc lui donner les moyens de grandir, de créer des emplois et de démontrer son impact économique autant que son impact social. »

En région Normandie, la conseillère régionale Lynda Lahalle le confirme : « Les Régions sont des piliers de la politique ESS, à la fois pour leur implication financière, leur rôle stratégique dans le développement économique et leur ancrage territorial. »

L’ingénierie financière, condition du changement d’échelle

Création, consolidation, modernisation des outils de production, investissements, transmission d’entreprise, internationalisation ou encore renforcement des fonds propres : les dispositifs régionaux couvrent aujourd’hui toutes les étapes de la vie d’une entreprise, y compris celles de l’économie sociale et solidaire. 

Le financement ne se résume pas à une subvention, loin de là, et les Régions s’appuient sur un réseau d’opérateurs spécialisés — France Active, les URSCOP, les CRESS, des fonds d’investissement ou des accélérateurs d’entreprises — pour construire de véritables parcours de changement d’échelle.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, France Active accompagne par exemple chaque année plusieurs centaines de structures. En 2025, l’association a mobilisé 13 millions d’euros de financements et de garanties bancaires, permettant d’obtenir 22 millions d’euros supplémentaires auprès des banques, au bénéfice de près de 200 entreprises et associations. L’effet de levier est évident, cette ingénierie financière est devenue indispensable pour accompagner l’économie sociale et solidaire.

Mais les besoins des structures incluent aussi l’accompagnement stratégique ou la restructuration du modèle économique : « Les entreprises de l’ESS ne cherchent plus seulement des financements ; elles cherchent un accompagnement global de leur trajectoire de croissance », observe David Heckel, directeur général de France Active Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Cette logique de parcours explique également le développement de nouveaux dispositifs comme l’Accélérateur ESS de HEC Paris dans plusieurs régions : Ile de France, Normandie, Sud. Lancé en 2019 grâce à un partenariat inédit entre une grande école et les pouvoirs publics, puis déployé dans plusieurs régions à partir de 2025, cet Accélérateur ESS accompagne des dirigeants de structures qui ont au moins trois ans d’existence et qui sont confrontés aux défis du changement d’échelle : stratégie, gouvernance, financement, organisation ou levée de fonds.

Quand l’investissement régional accélère le développement

Les effets de ces politiques se mesurent concrètement. Parmi les entreprises accompagnées figure Amploi, une entreprise adaptée qui accompagne les grandes entreprises dans la gestion de leurs obligations RH. Après son passage par l’Accélérateur ESS, elle a renforcé sa stratégie et elle a mobilisé un investissement d’ESFIN Gestion, avec le soutien de l’écosystème régional, qui lui a permis d’accélérer son développement tout en poursuivant sa mission d’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap.

Ce type d’exemple illustre le rôle que peuvent jouer les Régions : intervenir au moment où une entreprise sociale dispose déjà d’un modèle éprouvé mais a besoin de franchir une nouvelle étape de croissance. En soutenant les reprises d’entreprises en Scop, en facilitant l’accès aux financements ou en intégrant des critères d’impact dans leurs politiques économiques et leurs achats publics, les Régions contribuent même à diffuser de nouvelles façons d’entreprendre dans l’ensemble du tissu économique.

À l’heure où les finances publiques sont sous tension, cette approche apparaît plus stratégique que jamais. Pour les Régions, il ne s’agit plus seulement de financer des projets, mais de construire les conditions d’une croissance durable, créatrice d’emplois non délocalisables et d’innovations au service des territoires. 

(Photo : © Seyesphotography / Getty Images / Canva)

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