À la veille du premier tour des élections municipales, l’économie sociale et solidaire donne plus que jamais de la voix, pour se faire entendre des candidats et des futures équipes exécutives locales. L’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES) vient ainsi de publier un « Mode d’emploi municipal de l’économie sociale et solidaire », un document destiné à convaincre les communes d’intégrer plus systématiquement ce modèle économique dans leur stratégie de mandat.
Derrière ce plaidoyer, un message simple : la gestion des services essentiels dans les territoires dépend de plus en plus d’acteurs de l’ESS, et leur stabilité financière conditionne directement la continuité des politiques locales.
Un acteur économique majeur, trop souvent invisible
En France, l’économie sociale et solidaire regroupe 220 000 entreprises privées — associations, coopératives, mutuelles, fondations ou sociétés commerciales de l’ESS — et représente plus de 2,7 millions de salariés, soit près de 14 % de l’emploi privé. Mais son rôle est particulièrement visible au niveau local.
Dans de nombreuses communes, les services du quotidien reposent largement sur les structures de l’économie sociale et solidaire : crèches associatives, centres sociaux, clubs sportifs, structures d’aide à domicile, associations d’éducation populaire, dispositifs d’insertion ou encore projets culturels.
Pour les collectivités, l’ESS est donc un véritable partenaire opérationnel de l’action publique. Son ancrage territorial et sa gouvernance non spéculative lui permettent d’assurer des activités parfois délaissées par les acteurs privés classiques, notamment dans les zones rurales ou les quartiers populaires.
Trois priorités pour les communes
Dans son « Mode d’emploi municipal », l’organisation identifie trois grandes priorités pour les collectivités. La première consiste à sécuriser les services du quotidien. L’objectif est d’éviter les ruptures de service et de stabiliser l’offre destinée aux habitants. Pour y parvenir, l’UDES encourage les communes à développer des conventions pluriannuelles d’objectifs, à choisir des modes de gestion adaptés — subventions, délégations de service public ou marchés publics — et à intégrer des indicateurs d’utilité sociale dans leurs politiques locales.
La seconde priorité concerne la revitalisation de l’économie locale. L’ESS peut contribuer au maintien d’emplois de proximité et à la dynamique des centres-bourgs ou des quartiers. Les collectivités peuvent, par exemple, faciliter les reprises d’activités par les salariés ou les habitants, mobiliser leur foncier économique ou soutenir les structures d’insertion et d’accompagnement entrepreneurial.
Enfin, l’UDES met en avant un troisième enjeu : réduire les coûts sociaux indirects grâce à la prévention. Les projets associatifs ou coopératifs favorisant l’entraide, le lien social ou les initiatives intergénérationnelles peuvent contribuer à limiter certaines dépenses publiques à long terme, notamment dans les domaines de la santé, de la dépendance ou de l’exclusion.
Des outils juridiques déjà disponibles
Pour soutenir ces initiatives, les communes disposent déjà d’un arsenal juridique relativement large. Les collectivités peuvent notamment recourir à des subventions d’intérêt général, à des partenariats pluriannuels ou à des délégations de service public. Les marchés publics peuvent également intégrer des clauses sociales ou être réservés à certaines structures d’insertion.
D’autres outils permettent d’associer plus directement les collectivités et les citoyens aux projets territoriaux, comme les sociétés coopératives d’intérêt collectif. Selon l’UDES, l’enjeu n’est donc pas tant de créer de nouveaux dispositifs que d’utiliser pleinement et à bon escient ceux qui existent déjà.
À l’agenda municipal : nommer un référent ESS et cartographier les acteurs locaux
L’UDES suggère aussi une méthode aux futurs élus pour structurer leur action sur la durée du mandat. Dans les cent premiers jours, elle recommande notamment de désigner un élu référent pour l’ESS, de réaliser une cartographie des acteurs locaux et d’identifier les services fragiles ou les besoins encore non couverts.
À mi-mandat, les collectivités pourraient renforcer la contractualisation pluriannuelle avec les structures locales et intégrer davantage de clauses sociales dans leurs achats publics. Enfin, à l’issue du mandat, l’objectif serait de parvenir à stabiliser les services essentiels, consolider l’emploi local et réduire le turn-over des opérateurs associatifs.
À la veille des municipales, le message de l’UDES est donc clair : l’ESS doit être considérée par les prochaines équipes municipales comme partenaire stratégique du développement territorial.
Quant aux acteurs de l’économie sociale et solidaire, ils doivent désormais convaincre les élus que leur modèle est un levier durable qui concilie efficacité économique, cohésion sociale et ancrage local.




