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Stratégie nationale de l’ESS : sauf le soleil qui poudroie, on ne voit rien venir (avant juillet)

Encore un décalage, et toujours la même interrogation : la France se donnera-t-elle enfin une stratégie nationale à la hauteur de son économie sociale et solidaire ? Le secteur s’impatiente.

L’économiste Michel Abhervé rapporte sur son blog chez Alternatives Économiques que la présentation de la Stratégie nationale de l’ESS (SNESS) est désormais annoncée pour juillet 2026, après plusieurs reports successifs. Une nouvelle échéance qui s’ajoute à une séquence déjà marquée par des allers-retours, des concertations prolongées et une attente croissante des acteurs du secteur. Et qui pourrait très facilement glisser au-delà des vacances estivales.

Une stratégie attendue depuis 2025

Initialement pensée comme un cadre structurant pour la mandature, la stratégie nationale de l’ESS devait poser une feuille de route claire pour les années à venir : financement des structures, reconnaissance des modèles, simplification administrative, pilotage des politiques publiques et articulation avec les collectivités.

Mais depuis 2025, les calendriers glissent. Dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint, les discussions autour de la SNESS ont été repoussées à plusieurs reprises, laissant le secteur dans une forme d’entre-deux : très sollicité dans les politiques publiques, mais encore mal outillé pour en piloter la cohérence.

Le débat central de la transparence budgétaire

Au cœur des discussions actuelles figure une proposition : la création d’un « orange budgétaire » dédié à l’ESS, autrement dit un document sectoriel « orange », annexé au projet de loi de finances, créé précisément pour donner de la transparence et permettre le suivi budgétaire d’une politique publique dont les crédits sont dispersés dans plusieurs ministères.

Relancée au Sénat par la sénatrice écologiste Antoinette Guhl, cette proposition a reçu une réponse favorable du gouvernement, via le ministre délégué aux relations avec le Parlement, Laurent Panifous, qui s’est dit favorable à sa mise en place.

L’enjeu est d’importance. Car aujourd’hui, selon les éléments rappelés lors des débats parlementaires, les financements publics en direction de l’ESS représenteraient environ 16 milliards d’euros. Mais ces crédits sont dispersés dans une trentaine de missions budgétaires et plus d’une centaine de programmes différents. 

Une fragmentation qui rend difficile toute lecture globale de l’action publique en faveur de l’ESS. Cet « orange budgétaire » permettrait donc de rendre visible ce que le secteur incarne déjà : une politique publique à part entière, mais éclatée dans l’architecture administrative de l’État.

Un secteur au cœur des politiques publiques… sans boussole unique

Le rapport de la Cour des comptes de 2025, cité dans les débats, a confirmé cette réalité : près de 40 % des financements de l’ESS viendraient prolonger directement des politiques publiques essentielles — hébergement d’urgence, insertion, accompagnement social, aide aux victimes, éducation, emploi.

Autrement dit, l’ESS n’est pas un secteur périphérique : elle est déjà un opérateur central de l’action publique. C’est précisément ce paradoxe qui nourrit l’inquiétude : un poids considérable dans les politiques publiques, mais une reconnaissance encore incomplète dans les outils de pilotage de l’État.

Une attente qui commence à peser sur le secteur

Selon les éléments rapportés par Michel Abhervé, la création de cet « orange budgétaire » devrait figurer dans la future stratégie nationale de l’ESS, attendue désormais pour juillet 2026 et qui devrait être présentée par le ministre Serge Papin. Elle pourrait même s’inscrire dans un futur véhicule législatif dédié. Mais cette promesse s’inscrit dans une chronologie déjà marquée par plusieurs annonces reportées et dans un calendrier parlementaire particulièrement chargé. 

Pour les acteurs de l’ESS, cette succession de reports n’est pas neutre. Elle retarde la mise en cohérence d’un secteur déjà largement mobilisé dans les politiques publiques, mais confronté à des tensions croissantes : sous-financement des structures, manque d’attractivité des métiers, simplification administrative, reconnaissance des modèles hybrides… 

Dans plusieurs contributions publiées ces derniers mois, ESS France et le Réseau des collectivités territoriales pour une économie solidaire (RTES) ont insisté sur la nécessité d’un cadre clair, partagé et stabilisé pour accompagner le développement de l’ESS. 

Mais sans stratégie formalisée, les initiatives restent fragmentées, dépendantes des ministères sectoriels et des arbitrages budgétaires annuels.

Dans un contexte où les attentes du secteur sont fortes, et où les besoins sociaux auxquels il répond ne cessent de croître, chaque report ajoute un peu plus à une impression de décalage entre l’importance réelle de l’ESS et la lenteur de sa reconnaissance institutionnelle.

Ce nouveau calendrier sera-t-il, cette fois, le bon ?

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