Quarante ans après sa création, le Groupe SOS poursuit sa transformation et amorce une nouvelle phase de son histoire. Engagé à l’origine dans la lutte contre le VIH et les addictions, il est devenu l’un des plus importants acteurs européens de l’économie sociale et solidaire, avec plusieurs dizaines de milliers de salariés, près de 2 millions de bénéficiaires chaque année et plus de 1 000 établissements, pour un budget annuel de 2,1 milliards d’euros.
Réunis début juillet à Paris avec leurs partenaires, les dirigeants du Groupe SOS ont présenté leur feuille de route à l’horizon 2030, baptisée « H30 », marquée par une nouvelle gouvernance et une volonté affirmée d’étendre encore leur champ d’action : le groupe espère rien moins que de doubler encore de taille dans les années qui viennent !
Anne de Bayser imprime sa marque
Nommée co-présidente aux côtés du fondateur Jean-Marc Borello, Anne de Bayser n’a pas caché ses ambitions : celle qui fut secrétaire générale adjointe de la Ville de Paris sous Anne Hidalgo entend accélérer le développement du Groupe SOS sur plusieurs enjeux émergents.
Le groupe veut d’abord s’interroger sur sa capacité à répondre aux nouveaux défis sociaux, sanitaires et écologiques, a-t-elle expliqué. « Notre souhait, c’est de nous reposer la question : est-ce qu’on est au bon endroit ? Est-ce qu’on répond bien à l’ensemble des besoins sociaux, sociétaux et écologiques ? ».
Parmi les priorités identifiées figure la montée en puissance des addictions, dans un contexte de développement du narcotrafic. « On parle beaucoup du narcotrafic, mais beaucoup moins de la prise en charge des consommateurs », observe Anne de Bayser. Elle souhaite développer de nouvelles réponses médico-sociales et n’exclut pas de nouvelles opérations de rapprochement avec des associations spécialisées.
Également prioritaire : la protection de l’enfance et la lutte contre les violences sexuelles. Forte des méthodes développées dans ses établissements de l’Aide sociale à l’enfance, la nouvelle co-présidente estime que le savoir-faire du groupe pourrait désormais être diffusé plus largement auprès de l’Éducation nationale ou des structures périscolaires.
Une gouvernance renouvelée, appelée à durer
Une autre évolution majeure concerne la gouvernance du Groupe SOS. La coprésidence entre Anne de Bayser et Jean-Marc Borello sera désormais inscrite dans les statuts de l’association, afin de pérenniser ce mode de fonctionnement.
Le groupe a également simplifié son organisation en passant de huit à seulement six grands secteurs d’activité. Les activités liées à la transition écologique, à la culture, au commerce et aux services sont désormais toutes réunies dans un nouveau pôle baptisé « Inclusion et Territoires ».
Mais Anne de Bayser insiste également sur une évolution de la philosophie du groupe. À ses débuts, rappelle-t-elle, le Groupe SOS concentrait son action sur les publics les plus fragiles. Cette mission demeure, mais les solutions développées pour ces publics sont désormais pensées pour bénéficier à l’ensemble de la société, résume-t-elle. Elle revendique une approche du « vivre ensemble » qui irriguera l’ensemble des activités du groupe, des crèches aux Ehpad, en passant par les hôpitaux.
La croissance externe, un levier stratégique
Interrogé sur la politique de rapprochement avec d’autres associations, Jean-Marc Borello assume pleinement cette stratégie poursuivie depuis plus de vingt ans, qui permet au groupe de grandir sous forme de « banc de poissons » plutôt que de devenir « une baleine ». Selon lui, l’objectif n’est pas de constituer un empire associatif, mais de mutualiser les compétences et les moyens.
Au sein du groupe, chaque association conserve sa personnalité juridique et son expertise, assure-t-il. Lorsqu’ils rejoignent le Groupe SOS, certains fondateurs perdent parfois le contrôle de leur conseil d’administration et de leurs orientations stratégiques, mais ils trouvent dans le même temps des fonctions supports essentielles dont ils ne disposaient pas.
Pour sa part, le Groupe SOS réalise des économies d’échelle grâce à son effet taille, notamment dans les achats, les financements bancaires ou l’ingénierie administrative. Mais surtout, il s’enrichit du savoir-faire des structures qui le rejoignent, insiste Jean-Marc Borello : Le Refuge sur les questions LGBT+, FACE dans les relations avec les PME, ou encore les associations implantées à Mayotte.
Il révèle également avoir été sollicité pour reprendre plusieurs structures de protection de l’enfance actuellement en difficulté, preuve selon lui de la fragilité croissante d’une partie du secteur associatif. « Nous ne cherchons pas les associations. Ce sont plutôt elles qui viennent nous voir », précise-t-il.
Jean-Marc Borello, virulent contre le Rassemblement national
La séquence politique de la rencontre est intervenue lors des questions de la salle. Interrogé par Mediatico sur le positionnement du Groupe SOS face au Rassemblement national à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Jean-Marc Borello n’a laissé place à aucune ambiguïté : « Être patron d’une entreprise, c’est prendre des responsabilités. Prendre des responsabilités, c’est défendre nos valeurs », a-t-il déclaré devant l’assemblée.
Le fondateur rappelle que le groupe agit déjà en justice lorsqu’il estime que certaines prises de position portent atteinte aux valeurs qu’il défend. Il cite les poursuites engagées contre Éric Zemmour, la plainte déposée contre une plateforme qui communique la localisation précise de centres d’accueil de migrants, ou encore le recours victorieux devant le Conseil d’État contre l’État pour les dysfonctionnements du renouvellement des titres de séjour de travailleurs étrangers.
Pour Jean-Marc Borello, ces actions relèvent directement des valeurs défendues par le Groupe SOS : lutte contre le racisme, l’homophobie et le sexisme, défense des personnes migrantes et promotion de l’égalité.
Interrogé plus directement sur le RN, il assume une opposition de principe : « Les valeurs de ces gens-là sont aux antipodes des valeurs du Groupe SOS », affirme-t-il. L’institution ne prend pas officiellement position de manière partisane, mais il affirmé qu’à titre personnel il fera « tout ce [qu’il] peut » pour empêcher l’accession au pouvoir de mouvements qu’il juge incompatibles avec les valeurs défendues par le Groupe SOS. « Je n’aurais pas dit les choses autrement », glissera Anne de Bayser, hors micro.
À quelques mois de l’élection présidentielle, cette déclaration place le Groupe SOS parmi les grandes organisations de l’économie sociale et solidaire qui assument désormais publiquement leur opposition à l’extrême droite, après ESS France, Emmaüs France ou la Fédération des entreprises d’insertion, notamment.



