Après le retour des légumes moches imposé par un été caniculaire, voici la rentrée des ordinateurs K-BOSSÉS ! Lancée en février 2026 avec succès – 150 exemplaires vendus en quelques semaines – la gamme d’ordinateurs K-BOSSÉS reconditionnés par les Ateliers du Bocage aborde donc sa deuxième saison, avec un stock élargi à 250 ordinateurs pour cette rentrée de septembre, indique la coopérative sociale et environnementale du mouvement Emmaüs.
De plus, ces machines, jusqu’ici cantonnées à la vente en ligne, entrent pour la première fois dans les quatre boutiques physiques de la coopérative, à Bressuire, Cholet, Niort et Poitiers. Ce passage du canal numérique au point de vente physique répond à un choix de segmentation assumé, avec quatre catégories de défauts clairement identifiées et annoncées à l’achat : EsthétiK pour les marques d’usage superficielles, PhysiK pour les particularités visibles du châssis, TechniK pour les fonctionnalités secondaires partielles, et AtomiK lorsque les trois défauts se cumulent sur une même machine. Backmarket n’a qu’à bien se tenir !
La performance plutôt que l’esthétique comme standard de qualité
L’argument commercial des Ateliers du Bocage repose sur une distinction nette entre l’esthétique et la performance technique. Jean-Noël Coulon, coordinateur ventes et stocks et créateur de la gamme, le formule sans ambiguïté : « les K-BOSSÉS, ce sont des ordinateurs professionnels, avec des composants de qualité supérieure au matériel grand public. Ils sont reconditionnés dans notre atelier avec le même niveau d’exigence que nos autres équipements. La différence, ce sont leurs défauts, principalement esthétiques et parfois techniques. »
Chaque machine bénéficie ainsi des mêmes tests, contrôles techniques et effacement certifié des données que le reste du parc reconditionné par la coopérative, avec une garantie de douze mois sur le fonctionnement global. Le prix d’entrée de gamme, 140 euros TTC pour un AtomiK 14 pouces équipé d’un processeur Intel Core i5 de 8e génération, ne traduit donc pas un rabais sur la fiabilité, mais l’élimination d’un critère purement esthétique du calcul de la valeur.
L’insertion, valeur invisible du dispositif
Mieux, les K-BOSSÉS s’inscrivent dans le modèle d’une entreprise d’insertion et entreprise adaptée, où le reconditionnement informatique et téléphonie porte sept des dix postes adaptés de la structure. Autrement dit, le modèle économique de l’entreprise permet crée de l’emploi pour des personnes très éloignées du marché du travail ou en situation de handicap. En 2025, la coopérative a accompagné 65 salariés en parcours d’insertion, dont 60 % sont sortis vers un emploi ou une formation de leur choix.
Mille ordinateurs collectés par an permettent de créer un emploi à temps plein au sein de la coopérative, explique Nicolas Lebeau, directeur général des Ateliers du Bocage. Il resitue d’ailleurs cette création de valeur du côté de la chaîne de production plutôt que du produit fini : « Derrière chaque ordinateur vendu, il y a des heures de collecte, de tri, de test et de remise en état réalisées ici, dans les Deux-Sèvres. Mille ordinateurs collectés par an, c’est un CDDI de plus dans la coopérative. Acheter un K-BOSSÉS, c’est faire une bonne affaire et créer de l’emploi en même temps. »
Un modèle réplicable
Le succès commercial de la gamme valide l’hypothèse d’un marché pour le matériel imparfait mais fonctionnel. Une planche de stickers est même offerte pour transformer une rayure en signature.
Mais le véritable enjeu de cette filière, c’est l’approvisionnement. Aujourd’hui, les entreprises de la région renouvellent leurs flottes d’ordinateurs professionnels et réduisent les émissions de CO2 en leur donnant une seconde vie grâce à la filière du reconditionnement. Les 45 435 équipements numériques réemployés en 2025 par la seule coopérative du Pin ont permis d’économiser l’an dernier 1 735 tonnes équivalent CO2 !
Dans le monde, seuls 22,3 % des équipements électriques et électroniques sont collectés et recyclés. Le potentiel de création d’emplois et de réduction de CO2 est donc considérable. Il reste toutefois à savoir comment le réseau Emmaüs et les acteurs du reconditionnement solidaire pourraient industrialiser un tel volume de collecte.




