« Le taux de pratique sportive des personnes en situation de handicap est de 47 %, alors qu’il est de 80 % pour le reste de la population française ». Une inégalité qui dit tout de l’exclusion du champ sportif pour les personnes en situation de handicap. Une injustice, assurément. Et une montagne à gravir pour la réparer. Or Yann Mazé, porteur du programme « Mieux vivre avec le sport », l’explique à Mediatico : « le parasport n’est pas un coût, ni une simple animation sociale », c’est un investissement de santé publique, qui est rentable !
À l’appui de son affirmation, le chiffre selon lequel 1 euro public investi dans l’activité physique et sportive génère 13 euros de retombées pour la société, selon l’étude sur l’impact social, sociétal et économique du sport, publiée par l’Observatoire des Métiers du Sport en janvier 2025. Repris naturellement dans l’étude d’impact 2026 du programme « Mieux vivre avec le sport », consacrée au parasport.
Une équation économique différente pour le parasport
Ce ratio « 1 € investi = 13 € d’impact », nous explique Yann Mazé, mesure l’impact macroéconomique du sport sur la population générale en agrégeant dépenses de santé évitées, productivité et cohésion sociale. Selon lui, ce point de repère macroéconomique est incontournable pour mobiliser l’attention, même si son application au parasport nécessite d’être contextualisée avec rigueur. L’indicateur fonctionne donc avant tout comme un levier de plaidoyer.
Car le parasport part d’un investissement d’entrée plus élevé : matériel technique adapté, accessibilité des équipements, transports et encadrement renforcé pèsent structurellement sur le coût d’un créneau sportif ou d’un dispositif. Mais ce surcoût initial s’accompagne de retombées démultipliées : l’évitement des complications liées à la sédentarité, risque de sur-handicap, perte d’autonomie… générant des économies de santé et médico-sociales proportionnellement bien plus fortes. La mesure du retour social sur investissement (SROI) mérite d’être examinée de près.
Ce que l’étude d’impact 2026 parvient à mesurer
L’étude d’impact du programme « Mieux vivre avec le sport », menée auprès de 54 établissements médico-sociaux franciliens avec un niveau de confiance de 95 % et une marge d’erreur de 5,7 %, documente des effets tangibles sur l’adhésion et le comportement des bénéficiaires.
Yann Mazé résume ainsi les données terrain qu’il juge incontestables : 98 % des établissements médico-sociaux constatent une hausse directe de la motivation et du plaisir des bénéficiaires, 87 % observent une prise de conscience des bienfaits du sport qui s’étend jusqu’aux familles, 85 % mesurent un apaisement concret au quotidien sur le plan de la santé mentale, et 89 % confirment l’efficacité du programme pour rompre l’isolement social.
Ces résultats sont solides. Mais les données disponibles restent encore parcellaires et la France manque d’études et de métriques standardisées dédiées au retour social sur investissement du parasport. Mesurer le répit des aidants, le sur-handicap évité, ou le coût d’évitement d’une entrée précoce en établissement spécialisé, exigent des chaînes de valeur complexes que la statistique publique peine à standardiser.
Sortir de la logique de guichet social
Voilà qui dessine en creux l’agenda du secteur pour les prochaines années. D’abord, sortir de la logique de coût, pour démontrer qu’équiper un club ou financer un créneau adapté n’est pas une dépense de guichet social, mais un investissement structurant qui allège les dépenses de santé. Ensuite, professionnaliser l’évaluation, en équipant les fédérations et les clubs sportifs d’outils simples pour objectiver et valoriser leur impact social auprès des financeurs publics et privés.
Car « l’inclusion ne se décrète pas à coups de déclarations d’intention, elle se construit par de l’ingénierie sociale », estime Yann Mazé. Elle exige de la formation pour les Référents en Activité Physique et Sportive, du décloisonnement entre le monde sportif et le médico-social, l’ouverture d’infrastructures privées sur les heures creuses, ainsi que des événements rassembleurs et déclencheurs d’envie de faire du sport.
Cette bascule méthodologique conditionne directement la capacité du secteur à peser dans les arbitrages budgétaires, au moment où le programme annonce le lancement, en ce mois de septembre 2026, de ses premières promotions de sport en établissements médico-sociaux, financées par des entreprises sur leurs territoires.
[Photo : Canva / Africa Images]




