PARTENAIRES D’IMPACT

Santé mentale des dirigeants : VYV, APESA et le Medef unissent leurs forces pour prévenir les drames

Burn-out, isolement, sentiment d’échec, idées suicidaires : la souffrance psychologique des dirigeants d’entreprises comme des responsables associatifs reste un sujet largement tabou en France. Dans Partenaires d’Impact, l’émission de Mediatico consacrée aux alliances entre entreprises classiques et acteurs de l’économie sociale et solidaire (voir l’émission vidéo intégrale ci-dessous), l’association APESA, le Medef et le groupe VYV racontent comment leur partenariat permet d’éviter les drames humains, mais aussi de préserver l’activité économique des territoires.


Chaque année, des milliers d’entrepreneurs perdent leur entreprise. Certains perdent aussi leur santé mentale. Dans l’économie sociale et solidaire comme dans l’économie classique, derrière les procédures collectives, les bilans comptables dégradés et les fermetures d’activité se cachent souvent des dirigeants épuisés, isolés et parfois en situation de détresse aiguë.

Adrien Lopez connaît ce basculement. Après plusieurs mois de difficultés consécutives à la crise sanitaire, son activité de soutien scolaire s’effondre. Avec elle, vacillent ses certitudes, sa confiance et ses perspectives professionnelles. « Quand on perd son entreprise, on doute de tout, même de ses compétences », raconte-t-il.

C’est à ce moment critique qu’il croise la route d’APESA, l’association spécialisée dans la prévention du risque suicidaire des entrepreneurs en difficulté. Grâce à un accompagnement psychologique gratuit, il parvient progressivement à reconstruire son projet de vie.

Un accompagnement au bord du précipice

Une aide précieuse, car les dirigeants sont souvent les derniers à reconnaître leur propre vulnérabilité. « Le chef ne doit pas être faible », observe Martine Tiberino, présidente d’APESA (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aiguë). Dans Partenaires d’Impact, l’émission de Mediatico consacrée aux alliances entre entreprises classiques et acteurs de l’économie sociale et solidaire, elle le constate : « beaucoup pensent qu’en cachant leurs difficultés, elles disparaîtront. » 

« Un dirigeant en détresse développe souvent une image de force qui devient un piège », confirme Stéphanie Barré, responsable de l’accompagnement psychosocial chez VYV Écoute & Solutions. Les premiers signaux sont connus : troubles du sommeil, ruminations, isolement, perte de lien avec l’entourage. Mais chez les dirigeants, la difficulté principale réside souvent dans l’incapacité à demander de l’aide.

Créée en 2013, APESA intervient précisément dans ces situations critiques. Son réseau de « sentinelles » — juges consulaires, experts-comptables, mandataires judiciaires, représentants patronaux ou encore permanents de chambres consulaires — est formé à détecter les signaux de souffrance aiguë chez les dirigeants.

Lorsqu’une situation préoccupante est identifiée, une fiche d’alerte est transmise à VYV Écoute & Solutions. Un psychologue contacte alors le dirigeant sous 24 heures afin d’évaluer la situation et, si nécessaire, déclencher un accompagnement de proximité. Le dispositif repose sur trois principes : anonymat, gratuité et consentement.

Le rôle clé des partenaires de terrain

Pour APESA, la logique partenariale est essentielle. « Nous devons être présents partout où un dirigeant peut être repéré », explique Martine Tiberino. « Les tribunaux de commerce, c’est souvent déjà tard. Il faut aussi mobiliser les experts-comptables, les réseaux patronaux, les chambres de commerce ou les fédérations professionnelles. »

Parmi ces partenaires, le Medef a décidé de faire de la santé mentale des dirigeants un sujet prioritaire. Julien Pinna, directeur général du Medef Est Parisien (93-94) et lui-même sentinelle APESA, constate quotidiennement les effets de la solitude entrepreneuriale : « Nous sommes souvent les premiers témoins des difficultés des chefs d’entreprise. Le problème, c’est qu’ils parlent rarement de leurs fragilités. Nous devons apprendre à repérer les signaux faibles avant qu’ils n’arrivent devant le tribunal de commerce. »

Le réseau patronal multiplie ainsi les occasions de contact : événements, rencontres professionnelles, appels téléphoniques ou visites sur site. « Nous devons rappeler sans cesse qu’il existe des solutions et qu’il n’est jamais trop tôt pour demander de l’aide », insiste-t-il.

La santé mentale, un enjeu économique

Au-delà de la dimension humaine, les intervenants soulignent les conséquences économiques de la souffrance psychologique des dirigeants.

Lorsqu’un entrepreneur s’effondre, ce sont parfois des dizaines de salariés, des sous-traitants et des fournisseurs qui se retrouvent fragilisés. « Un dirigeant qui va bien dans sa tête prendra de meilleures décisions pour son entreprise », rappelle Martine Tiberino. « Il pourra organiser une cession, restructurer son activité ou préparer un rebond. Lorsqu’il est totalement submergé, il n’est plus en capacité de regarder les solutions. »

Pour Julien Pinna, la prévention représente également un enjeu majeur de compétitivité. « Quand un dirigeant cesse de prendre du recul, travaille sans interruption et porte seul toutes les responsabilités, le risque d’effondrement devient réel. Derrière, ce sont parfois des chaînes entières de sous-traitance qui sont touchées. »

Cette approche est également défendue par le groupe VYV. « La santé mentale doit être considérée comme un investissement et non comme un coût », estime Stéphanie Barré. « Faire de la prévention, c’est agir sur la qualité de vie au travail mais aussi sur la performance globale des organisations. »

Plus de 13 000 dirigeants signalés depuis 2013

Le modèle économique d’APESA repose essentiellement sur des subventions, des partenariats et des financements locaux. Treize ans après sa création, APESA affiche un développement significatif :

  • 13 134 fiches d’alerte enregistrées depuis 2013 ;
  • 2 430 signalements réalisés en 2025 ;
  • 6 361 sentinelles formées ;
  • 1 984 psychologues conventionnés ;
  • 85 structures APESA locales couvrant la quasi-totalité du territoire.

Pourtant, les trois partenaires estiment que le défi reste immense. « Les situations n’augmentent pas forcément en nombre, mais elles deviennent plus aiguës », observe Stéphanie Barré. « Les crises se succèdent et les dirigeants n’ont plus le temps de reprendre leur souffle. »

Une ambition : banaliser la demande d’aide

Au-delà de leurs différences de statuts et de missions, APESA, le Medef et le groupe VYV partagent une même conviction : la santé mentale des dirigeants ne peut plus être un angle mort du monde économique. En associant réseau patronal, expertise psychologique et engagement mutualiste, leur partenariat cherche à faire évoluer les mentalités, encourager le recours à l’aide et intervenir le plus tôt possible. 

Car derrière chaque entreprise en difficulté, il y a d’abord une femme ou un homme confronté à une épreuve personnelle dont les répercussions dépassent largement le cadre de son activité. Préserver la santé des dirigeants, c’est aussi protéger l’emploi, les organisations et les territoires dont ils constituent souvent l’un des piliers.

Retrouvez l’émission intégrale :

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