ACTU

Au Sénat, l’insertion par l’activité économique trouve des soutiens au-delà des clivages politiques

À un an de l’élection présidentielle, la table ronde politique organisée par le Collectif IAE au Sénat a offert une image inhabituelle du débat public. De la gauche écologiste à la droite républicaine, en passant par la majorité présidentielle et les socialistes, les parlementaires présents ont défendu la même conviction : l’insertion par l’activité économique ne doit plus être considérée comme une dépense sociale mais comme un investissement rentable pour la société.


Le contexte n’incitait pas à l’optimisme, mais en pleine période de tensions budgétaires et à l’approche de l’élaboration du projet de loi de finances 2027, les acteurs de l’insertion par l’activité économique (IAE) ont réussi un tour de force. 

Réunis le 1er juin à l’initiative du Collectif IAE et de CHANTIER école, ils avaient choisi le Sénat pour porter leurs messages et ils ont présenté leurs propositions pour l’après-2027 : sécuriser les financements, développer la commande publique inclusive, mieux mobiliser les entreprises, et faire reconnaître l’IAE comme un levier stratégique des transitions sociales et écologiques.

Une convergence rare entre plusieurs familles politiques

Après les propos introductifs du sénateur Jean-Luc Fichet, du président de Chantier Ecole David Horiot et du représentant de la DGEFP Benjamin Maurice, c’est la table ronde politique qui a évidemment marqué les esprits : cinq tendances politiques étaient représentées – certes sur onze partis représentés à l’Assemblée – et toutes défendaient la pertinence de l’IAE !

Autour de la table se retrouvaient la sénatrice socialiste des Landes Monique Lubin, la députée Renaissance d’Ille-et-Vilaine Christine Le Nabour, le député Horizons di Maine-et-Loire François Gernigon, la sénatrice écologiste de Paris Antoinette Guhl, et dans une courte vidéo la sénatrice de l’Isère Frédérique Puissat. Cinq sensibilités politiques différentes pour un constat unanime : l’IAE répond à un enjeu qui dépasse largement la seule politique de l’emploi.

Monique Lubin, présidente d’une structure d’insertion depuis plus de vingt ans, a choisi de placer le débat d’abord sur le terrain de la dignité humaine. « Quand on ne travaille pas, on n’est pas identifié. On est dans une société qui nous invisibilise totalement », a-t-elle rappelé. Pour la sénatrice, les structures d’insertion permettent avant tout aux personnes éloignées de l’emploi de « retrouver une dignité par le travail ». Assurément, l’insertion n’est pas seulement un dispositif de retour à l’emploi. C’est un outil de reconnaissance sociale.

« L’IAE ne coûte rien »

Mais c’est évidemment sur le terrain économique et budgétaire que les parlementaires veulent porter la bataille des prochains mois. Le député Horizons François Gernigon a résumé ce qui pourrait devenir l’un des principaux arguments du secteur dans les débats budgétaires à venir : « L’insertion par l’activité économique ne coûte rien ! » Une formule provocatrice qu’il a développée en expliquant que les personnes accompagnées retrouvent un emploi, cotisent, consomment, génèrent de l’activité économique et réduisent parallèlement les dépenses publiques liées au chômage ou à l’exclusion.

Le député de Maine-et-Loire a annoncé travailler à une mission destinée à objectiver ces retombées économiques avec l’appui de plusieurs administrations : « Quand on met 100 et que cela rapporte 110 ou 120, il n’y a pas de question à se poser », a-t-il affirmé.

Le même argument a été repris par Antoinette Guhl : « L’IAE est très rentable », a estimé la députée écologiste de Paris, précisant qu’il en coûte davantage à la collectivité de laisser des personnes durablement exclues du marché du travail que de financer leur accompagnement vers l’emploi.

Le spectre des coupes budgétaires

Cette convergence n’efface toutefois pas les inquiétudes. Tous les intervenants ont évoqué la préparation du budget 2027 et les arbitrages à venir. Monique Lubin s’est montrée très directe : « Je crains le pire pour le futur budget », a-t-elle déclaré devant les participants.

Christine Le Nabour, membre de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, a rappelé que le secteur avait déjà subi plusieurs alertes budgétaires ces dernières années : « On a limité les dégâts », a-t-elle reconnu en évoquant les discussions parlementaires récentes. 

Mais l’élue a également mis en garde contre une logique purement comptable. « À un moment donné, l’efficience atteint ses limites », a-t-elle estimé, rappelant que les structures accompagnent des publics de plus en plus fragiles, confrontés notamment à des problématiques de santé mentale, de précarité ou d’exclusion durable.

Mieux coopérer avec les entreprises

Au-delà de la question des financements, plusieurs parlementaires ont identifié un autre défi : renforcer les liens entre les structures d’insertion et le monde économique classique. François Gernigon a insisté sur la nécessité de multiplier les « couloirs de nage » pour les personnes éloignées de l’emploi, refusant l’idée qu’il existerait un parcours unique : « L’emploi doit s’adapter aux personnes qui en sont éloignées », a-t-il résumé.

Monique Lubin a quant à elle plaidé pour la création de véritables espaces de coopération territoriale réunissant structures d’insertion, entreprises et chambres consulaires. Selon elle, les besoins futurs de main-d’œuvre rendent ce rapprochement indispensable. « On va manquer de main-d’œuvre », a-t-elle rappelé, voyant dans les publics accompagnés par l’IAE un vivier encore insuffisamment mobilisé.

Le développement par l’écologie et la commande publique

La transition écologique est également apparue comme un axe de développement majeur. Antoinette Guhl a souligné le rôle déjà joué par de nombreuses structures dans le recyclage, le réemploi, l’économie circulaire ou encore la gestion des déchets. Mais, pour elle, l’IAE pourrait aller plus loin et devenir un acteur central de la création des emplois liés aux transitions environnementales. « Il y a toute une série d’emplois qui n’existent pas encore », a-t-elle observé.

L’élue a notamment appelé à mieux associer les structures d’insertion aux grands investissements industriels et technologiques annoncés dans les prochaines années.

Enfin, plusieurs représentants du Collectif IAE ont évoqué la possibilité de créer de nouveaux mécanismes contraignant davantage les entreprises ou la commande publique à intégrer des personnes éloignées de l’emploi ou à travailler avec des structures d’insertion. Tous les parlementaires présents se sont montrés ouverts à la réflexion, signe que les lignes bougent.

Le secteur de l’IAE veut peser en 2027

Au-delà des propositions techniques, cette rencontre aura surtout révélé une évolution du rapport de force politique. Longtemps cantonnée aux politiques sociales, l’insertion par l’activité économique cherche désormais à se faire reconnaître comme une politique économique à part entière. Une politique qui répond simultanément aux enjeux d’emploi, de cohésion sociale, de transition écologique et de développement territorial.

À un an de l’élection présidentielle, les acteurs du secteur savent qu’ils devront convaincre bien au-delà de leurs soutiens habituels. Mais à écouter les parlementaires réunis au Sénat, un premier consensus semble déjà acquis : l’IAE n’est plus seulement une politique de solidarité.

Elle est de plus en plus perçue comme un investissement stratégique pour l’avenir.

Partagez cet article :