Le Medef, Impact France et l’UDES : trois rentrées patronales, trois visions de l’entreprise, et une question politique de fond qui va devenir centrale à l’approche de 2027 : quel patronat voulons-nous, pour quel modèle économique ?
Alors que le Medef faisait sa rentrée la semaine dernière, à Roland-Garros avec sa REF 2026, le Mouvement Impact France, lui, réunissait vendredi plus de 3 000 dirigeants aux Universités d’été de l’Économie de Demain, à la Cité internationale universitaire. Quant à l’UDES, seul syndicat patronal représentatif de l’économie sociale et solidaire, il concluait sa forte présence médiatique de l’été sur Mediatico, lors de l’interview que nous a accordée son président, David Cluzeau.
Trois scènes patronales donc. Et trois façons de regarder l’avenir. Avec une mise en lumière particulièrement attractive cette année à la REF et aux UED, pour que les candidats à l’élection présidentielle viennent confronter leurs propositions aux entrepreneurs. C’est parti, la campagne 2027 est lancée !
Le Medef choisit le « courage », mais oublie « l’ambition »
À la REF, le mot « courage » était partout. Courage de produire, courage de travailler, courage de faire des économies budgétaires, courage de ne pas augmenter les impôts, courage de réformer. Le Medef a voulu installer l’idée d’un pays qui doit accepter des efforts, du sang, des larmes, pour retrouver de la compétitivité, redresser ses comptes publics et créer des emplois.
Le discours n’est pas sans intérêt. Mais il pose une question : où est l’ambition ?
Car l’été que nous venons de vivre aurait pu, aurait dû, conduire le premier syndicat patronal français à placer l’enjeu climatique au centre de ses débats. Canicules à répétition, incendies historiques, restrictions d’eau : le dérèglement climatique n’est plus une menace abstraite pour les entreprises. Il affecte les chaînes d’approvisionnement, les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, l’assurance et la santé des salariés.
Certes, les sujets de RSE étaient bien présents à la REF, comme l’ont relevé plusieurs participants. Mais parler de responsabilité sans parler frontalement du climat, de l’adaptation et de la transformation fondamentale des modèles économiques et de nos schémas de pensée laisse une impression d’inachevé.
Résultat, une partie du patronat reste enfermée dans le temps court, as usual : résultats trimestriels, réduction des coûts, compétitivité-prix, rendement du capital investi. Or le temps court est précisément devenu l’un des problèmes cruciaux que l’économie doit apprendre à dépasser.
Aux UED, le ton change
C’est là que les Universités d’été de l’Économie de Demain prennent une importance politique particulière. À la REF, le patronat interrogeait principalement les candidats à l’élection présidentielle sur leur capacité à remettre le pays sur les rails. Aux UED, les responsables d’entreprises leur demandaient plutôt sur quels rails ils entendent désormais placer le pays.
Le thème de cette huitième édition des UED, « Independence Day », n’était pas anodin. Après un été qui a clairement souligné nos dépendances énergétiques, industrielles, alimentaires ou sanitaires, le Mouvement Impact France défend une autre conception de la souveraineté : construire de nouvelles sécurités écologiques, sociales et économiques. Dès lors, les débats étaient beaucoup plus directement politiques.
Julia Faure, coprésidente d’Impact France et fondatrice de Loom, assume depuis toujours la fin du low-cost et pose la question du partage de la richesse. Pascal Demurger, également coprésident et directeur général de la Maif, insiste sur la nécessité d’orienter l’épargne vers l’investissement de long terme et vers la transition.
Benoît Hamon, président d’ESS France et directeur de l’ONG Singa, voit dans l’économie sociale et solidaire un « as dans la main de l’État », dont il aurait bien tort de se priver. François Ruffin, lui, parle d’entrepreneurs qui veulent porter « autre chose que cette grande économie dominante qui écrase plus qu’elle n’émancipe ».
Ces analyses, que l’on peut partager ou non, ont toutes le mérite de proposer un projet de transformation. Et c’est bien là que réside la différence centrale vis-à-vis du discours dominant : les UED ne demandent plus seulement aux entreprises de faire preuve de responsabilité. Elles invitent à revoir les règles qui déterminent ce qui est rentable, ce qui est financé et ce qui est encouragé, sur la base d’une vision vertueuse et de long terme.
Et l’UDES dans tout cela ?
Certes, Impact France n’est pas un syndicat patronal. Mais ce mouvement qui réunit des dirigeants de grandes entreprises, des PME, des acteurs de l’ESS et des investisseurs, contribue clairement à faire émerger un autre courant patronal, progressiste, qui entend compter dans le débat national.
Quant à l’UDES, qui a donné durant tout l’été diverses déclarations, tribunes et interviews, elle porte par la voix de son président David Cluzeau une vision plus singulière encore, celle des dirigeants de l’économie sociale et solidaire. L’Union des Employeurs de l’Economie Sociale est en effet le seul syndicat patronal de l’économie sociale et solidaire. Et elle veut passer un cap.
Son objectif est clair : atteindre d’ici deux ans 8 % de représentativité nationale pour peser davantage dans les négociations et dans le débat économique, déclarait David Cluzeau la semaine dernière, dans l’émission « ESS On Air » de Mediatico.
Son approche rejoint sur plusieurs points les préoccupations exprimées aux UED : partage de la valeur, utilité sociale, investissement de long terme, rôle de l’État, conditionnalité des politiques publiques. Mais l’UDES apporte aussi une autre pièce au puzzle : celle d’entreprises qui ne cherchent pas seulement à transformer le capitalisme, mais qui fonctionnent déjà avec d’autres règles de propriété, de gouvernance et de lucrativité.
C’est une différence majeure. Et elle mérite d’être entendue à l’approche de 2027. Car le débat patronal ne se résumera pas à la confrontation entre l’État et les entreprises traditionnelles. Il porte désormais sur la définition même de l’entreprise et sur sa finalité.
Entre le courage de gérer les contraintes et l’ambition de changer de modèle, il faudra choisir. Pour 2027, la France n’a pas seulement besoin d’un patronat qui demande moins de contraintes. Elle a besoin d’un patronat capable de dire quelle économie il veut construire.
[Photo : © UED 2026 / Edouard Monfrais-Albertini]


