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Première ressourcerie culturelle de France, La Réserve des Arts placée en liquidation judiciaire

Tristesse. Après dix-sept ans d’existence, La Réserve des Arts a fermé ses portes définitivement le 1er septembre. Le Tribunal des activités économiques a prononcé la liquidation judiciaire de l’association le 12 août dernier, mettant fin à l’aventure de la première ressourcerie culturelle de France, qui fédérait jusqu’à 13 000 adhérents en Île-de-France et à Marseille.

L’association elle-même situe son point de bascule au tournant de 2025 et 2026. Cette nouvelle année devait marquer son ancrage dans le nouvel entrepôt de Montreuil, où La Réserve des Arts avait transféré ses activités franciliennes durant l’été 2024, ainsi que l’hybridation de son modèle économique. 

Un modèle économique qui n’a pas résisté à son propre développement

Elle s’est hélas heurtée à une réalité plus rude : dégradation des équilibres organisationnels et financiers déjà fragiles, fatigue accumulée après un déménagement complexe portant sur 5 500 m² (cinquante semi-remorques de matériel !), et tensions internes croissantes, inéluctables dans de telles conditions. 

Mais l’association pointe aussi du doigt un mal plus large : la précarité des conditions de travail qui traverse aujourd’hui de manière systémique de nombreuses structures de l’économie sociale et solidaire. Face à l’impossibilité de retrouver des modes de gestion, de gouvernance et de financement pérennes, la liquidation a été présentée par l’association comme la solution la plus protectrice pour ses salarié·es, qui seront couverts par l’assurance-chômage.

Dix-sept ans à construire un pont entre industries culturelles et réemploi

Fondée en 2008 par Sylvie Bétard et Jeanne Granger pour entrecroiser les milieux de l’art contemporain et de l’écologie, La Réserve des Arts avait ouvert sa première boutique dans le 20ᵉ arrondissement de Paris en 2011, avant de s’installer dans le 14ᵉ où elle avait pris son envol, puis d’ouvrir un premier entrepôt à Pantin en 2014, où nombre d’artistes et d’acteurs associatifs se fournissaient en matériaux de récupération à très bas coût. 

L’antenne marseillaise de La réserve des Arts, pour sa part, a vu le jour en 2020. Agréée ESUS, l’association a obtenu la certification Qualiopi en 2021. La fin du bail précaire de son entrepôt de Pantin avait alors clairement posé la question de sa pérennité, jusqu’à un déménagement salvateur vers Montreuil en 2024. 

Le modèle reposait sur la collecte de matériaux auprès de musées, théâtres, maisons de mode ou studios de tournage, revalorisés à prix solidaires auprès d’un réseau d’artistes, artisans, étudiants et créateurs indépendants. En 2024, dernier exercice documenté par un rapport d’activité, l’association avait collecté 571 tonnes de matériaux, dont 92 % valorisés et 68 % remis en circulation.

Une communauté professionnelle sous le choc

L’annonce de la liquidation a suscité une vague de messages de soutien sur les réseaux sociaux. Marie Floquet, directrice générale de l’association Les Canaux à Paris, salue des équipes qui ont fait preuve de créativité, de résilience et de pugnacité, rendant hommage aux dirigeantes qui se sont succédé, Sylvie Bétard, Jeanne Granger, Sandrine Andreini et Charlène Legendre-Dronne. 

Alice Audouin, fondatrice d’Art of Change 21, qui avait côtoyé les deux fondatrices dès les débuts de l’association, salue l’une des plus belles activités reliant les arts et l’économie circulaire en France. Dans les commentaires, Malcolm Hammer interroge plus frontalement le secteur : si les conditions ne sont pas réunies pour la durabilité d’un projet aussi cohérent, c’est la capacité collective à structurer une véritable économie circulaire qui est en question, estime-t-il.

Le vrai enjeu : la solidité des modèles économiques du réemploi culturel

Au-delà de l’émotion, la disparition de La Réserve des Arts pose en effet la question de la structuration des nouvelles filières d’activité et des modèles économiques innovants et plan social et environnemental. L’association avait réussi à faire la preuve, depuis 2008, qu’une ressourcerie culturelle pouvait trouver son public et ses partenaires, jusqu’à devenir une référence citée dans les milieux de la muséographie, de la scénographie et de l’événementiel mode. 

Mais démontrer la pertinence d’un modèle ne suffit pas à garantir sa pérennité financière, quand la structure repose sur un équilibre étroit entre subventions publiques, prestations aux industries culturelles et cotisations d’adhérents, dans un secteur où les difficultés de trésorerie et la précarité salariale sont devenues structurelles. 

La Réserve des Arts tire sa révérence, mais elle appelle désormais à soutenir massivement les structures qui poursuivent une mission comparable, comme ArtStocK, La Ressourcerie du Spectacle ou La Collecterie, ainsi que les réseaux du RESSAC et du REFER, à qui revient désormais la charge de démontrer que le réemploi culturel peut aussi durer.

[Photo : © La Réserve des Arts – 2024]

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