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Onde de coop : les Licoornes, l’alliance qui pèse 2 milliards d’euros

Plus de 600 personnes réunies à l’Académie du Climat, à Paris, autour de l’incroyable mouvement des Licoornes ! C’est le succès d’une alliance coopérative qui ne cesse d’agréger de nouveaux membres, autour d’un mot d’ordre cette année sans nuance : « Faisons collectif face aux violences du capitalisme ». La 6e édition du festival L’Onde de Coop s’est ouverte avec des chiffres inédits : 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé par ses membres et 500 000 sociétaires. Sans oublier l’arrivée de quatre nouvelles coopératives au sein des Licoornes.

Bienvenue donc à Villages Vivants, Arcadie, Coop-médias et Politis, qui portent l’alliance à vingt membres. Le choix n’est pas anodin. Aux côtés de Biocoop, Enercoop, La Nef, Label Emmaüs ou Commown, qui couvraient les secteurs de la consommation, l’énergie, la finance, la téléphonie et la mobilité, l’alliance des Licoornes ajoute désormais l’immobilier rural et, surtout, les médias à son palmarès. 

Coop-médias (dont Mediatico est sociétaire) finance en effet des médias indépendants, mutualise leurs outils et mène des actions d’éducation à l’information. Politis, hebdomadaire devenu coopérative en septembre 2024, apporte à l’alliance une tribune éditoriale ancrée à gauche. En recrutant des médias, cette alliance de coopératives se dote ainsi d’un moyen de porter son propre récit. Quant à Villages Vivants, qui achète, rénove et loue des locaux à des structures de l’ESS dans les territoires ruraux, elle répond de son côté à une question de foncier que tout le secteur connaît.

Faire de la critique du capitalisme une méthode

Le triptyque recette 6e édition, « Résister, Réparer, Riposter », alimente une thèse partagée : le capitalisme est intrinsèquement violent, parce que la centralité du profit dans les décisions des entreprises produit des violences sur les vies, l’organisation sociale et l’environnement. Sans vouloir en faire l’inventaire, les Licoornes disent se concentrer d’abord sur le rôle que peuvent jouer les coopératives pour y apporter des réponses concrètes.

La table ronde « Pacifier la banque », animée par Vincent Edin, en donne l’illustration. Jézabel Couppey-Soubeyran y a décrit un système bancaire qui privilégie la rentabilité à court terme et finit par exclure les personnes en difficulté, comme les familles monoparentales, exemple souligné par Hélène Ducourant. Face à ce constat, deux alternatives ont été présentées : Welcount, solution d’inclusion bancaire pour les réfugiés et les nouveaux entrants avec Rooh Savar, et La Nef, dont Ivan Chaleil a défendu le modèle de financement exclusif de l’économie réelle. 

La séquence sur la filière textile, animée par Maud Sarda avec Julia Faure, Louana Lamer et Johann Vacandare, a servi de cas d’école. Un atelier interrogeait aussi la coopération elle-même : « La culture coopérative étouffe-t-elle les voix divergentes ? ».

La coopération contre l’IA : un front inattendu

Le débat sur l’intelligence artificielle était très attendue. Adrien Montagut-Romans (Commown), co-président des Licoornes, a ouvert et clôturé la journée avec Maud Sarda (Label Emmaüs). Il en tire une conclusion politique : le temps de la réparation viendra, écrit-il, quand la bulle aura éclaté. 

En attendant, la résistance à l’IA « s’apparente plutôt à un devoir de préservation », celle de la souveraineté cognitive, de la capacité à faire ensemble et des communs. Il défend le soutien aux collectifs locaux et aux associations qui attaquent en justice l’implantation d’infrastructures d’IA, citant Data For Good et France Nature Environnement.

Cette ligne rejoint une autre séquence du festival : la table ronde sur l’entraide en temps de crise, avec Pablo Servigne et Bérengère Batiot, animée par Lumir Lapray. Pour l’ESS, le sujet n’est plus seulement économique. Il devient un enjeu de lien social et d’autonomie collective.

De 2 milliards d’euros : le poids politique ?

Reste la question que pose tout succès d’alliance : l’échelle. Avec désormais 2 milliards d’euros cumulés et 500 000 sociétaires, les Licoornes sont un acteur crédible à l’échelle du système qu’elles dénoncent. La force de l’alliance est d’avoir transformé une critique idéologique en gouvernance partagée, en intercoopération concrète et, désormais, en présence dans le champ médiatique. 

Son défi est à présent de convertir cette cohérence en poids politique, au moment où d’autres réseaux de l’ESS portent leurs revendications devant l’État avec un ton parfois plus institutionnel. Deux registres coexistent dans l’ESS : celui de la négociation et celui de la rupture assumée. Les Licoornes ont choisi le second. La présidentielle de 2027 dira s’il a une audience.

(Photo : © Mary-Lou Mauricio)

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