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Les MJC vont mieux : le déficit recule… mais l’accueil inconditionnel aussi

Selon le second Observatoire du réseau des Maisons des Jeunes et de la Culture, 38 % des MJC sont encore en déficit contre 53 % en 2022. Mais l’amélioration vient surtout de la hausse des tarifs et de la réduction des activités, au détriment du public et au moment où les questions budgétaires s’annoncent décisives.

À Rouen, la MJC Grieu a résorbé son déficit, une bonne nouvelle saluée par la CAF. Mais pour y parvenir, l’association a supprimé ses activités VTT et judo. Elle a aussi relevé les tarifs de son centre de loisirs de 10 à 20 % selon les tranches, ceux des activités de 5 à 10 % pour les enfants et de 11 à 27 % pour les adultes, avec encore 2 % de plus prévus pour la saison 2026-2027. 

À lui seul, ce cas résume la tension que révèle le second Observatoire des Maisons des Jeunes et de la Culture, publié par MJC de France fin septembre 2026. Il est vrai que les chiffres d’ensemble sont encourageants. Seules 38 % des MJC sont encore aujourd’hui en déficit, contre 53 % en 2022. Et leurs recettes d’activités ont augmenté de 30 %. Même le nombre de personnes adhérentes par MJC progresse, ce que le réseau lui-même présente comme une bonne nouvelle.

Une amélioration comptable qui masque un arbitrage social

Mais cette hausse des recettes résulte aussi d’une augmentation des tarifs des activités et de la billetterie, déclarent 66 % des MJC. Ainsi que d’une réduction d’activités, d’un gel des embauches et de licenciements ! Les subventions, elles, n’ont progressé en moyenne que de 8 %, quand les charges augmentaient de 10 % sur la même période. Le déficit recule donc parce que les usagers paient davantage et que l’offre se resserre, pas parce que le modèle économique s’est consolidé.

Pour MJC de France, cette gestion de crise pèse d’abord sur les publics les plus précaires. Le réseau demande que les conjonctures soient mieux prises en compte dans l’attribution des subventions, avec une hausse plus conséquente des financements publics, afin de préserver ce qui fonde les MJC : l’accueil inconditionnel.

Un service public de proximité qui se concentre

L’enjeu dépasse de loins la question des loisirs. Les MJC accueillent des enfants et des jeunes : 52 % d’entre elles proposent des accueils collectifs de mineurs, 50 % des accueils de loisirs extrascolaires, 39 % du périscolaire, et 7 % gèrent des crèches ou des structures dédiées. Cette mission repose sur 12 000 salariés en CDI, 2 600 en CDD et 8 100 personnes en contrat éducatif d’engagement.

Or 10 % des MJC ont renoncé à porter un accueil collectif de mineurs entre 2022 et 2024, faute de moyens suffisants et face à des contraintes trop lourdes. Selon l’Observatoire, ce recul concentre cette mission de service public entre les mains d’acteurs mieux soutenus, au détriment de la diversité et de la proximité territoriale de l’offre. C’est un effet de structuration que personne n’a décidé : la proximité se perd là où les moyens manquent.

L’offre ne se limite d’ailleurs pas à ces accueils. Le sport est proposé par 76 % des structures répondantes et reste l’activité la plus fréquentée. Viennent ensuite la danse (73 %) et le bien-être (71 %). 

Côté culture, les arts plastiques (70 %), le théâtre (67 %), les loisirs créatifs (64 %) et la musique (49 %) dominent. Le réseau programme chaque année 2 130 concerts, 2 400 spectacles de théâtre et 39 000 séances de cinéma, avec un tarif d’entrée médian compris entre 5 et 12 euros. 

Le réseau accompagne aussi les apprentissages : 33 % des MJC proposent de l’accompagnement à la scolarité, 26 % de l’éducation aux médias et à l’information, 23 % un accompagnement à l’accès au numérique et 14 % de la lutte contre l’illettrisme.

Le bénévolat et l’emploi tiennent le réseau, la subvention tient l’emploi

Cet ensemble repose sur un double socle humain. Les MJC comptent 45 000 bénévoles, dont 12 200 siègent dans les conseils d’administration, et 22 700 salariés, 87 % d’entre elles étant employeuses. 

En moyenne, 16 habitants du territoire sont membres bénévoles du conseil d’administration, dont 63 % de femmes. Les 31-64 ans y sont les plus représentés (59 %), devant les 65 ans et plus (34 %) et les moins de 30 ans (7 %). Seuls 7 % des adhérents franchissent le pas du bénévolat.

Les MJC forment et insèrent aussi : près de 5 000 stagiaires y ont été accueillis en 2024, et 32 % d’entre elles accueillent des jeunes en service civique. Mais le réseau n’échappe pas aux tensions des métiers de l’animation, entre temps partiel subi et précarité de l’emploi. L’Observatoire est clair : le maintien des subventions publiques est, à cet égard, déterminant.

2027 : le modèle dépend des communes

Cette dépendance a un visage précis. Les MJC sont avant tout implantées dans les petites villes, où l’offre de services se raréfie. 48,4 % de leurs subventions proviennent des communes et 13,8 % des communautés de communes, soit plus de six euros sur dix. Leurs projets sont donc directement exposés aux fragilités des finances municipales.

Le président de MJC de France, Jean-Yves Macé, y voit un enjeu démocratique : « Les votes des budgets municipaux 2027 seront déterminants pour l’avenir de notre réseau. » 

Il s’inquiète de la capacité des MJC à mener leurs projets d’éducation populaire en toute liberté pédagogique, dans un partenariat sincère avec les collectivités, et rappelle que des événements récents, notamment dans des communes ayant changé de bord politique, montrent la fragilité de cet équilibre. Il pose la question en ces termes : « C’est un choix de société : faut-il faire en sorte que les personnes qui fréquentent les activités soient sélectionnées pour des raisons financières, ou plutôt que chacun et chacune puisse y avoir accès ? »

Quand la subvention ne suit pas l’évolution des charges, les structures de l’éducation populaire n’ont que deux leviers : le tarif et le périmètre d’activité. L’un trie les publics, l’autre réduit l’offre. Tant que les financeurs publics, communes en tête, n’indexeront pas leurs soutiens sur la réalité des coûts, l’amélioration des comptes se paiera en accès réduit, au détriment des territoires qui ont le moins d’alternatives.

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