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Trophées parisiens de l’ESS : Emmanuel Grégoire veut faire de la commande publique un levier pour le secteur

L’économie sociale et solidaire parisienne avait rendez-vous hier soir dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris. Quinze structures ont été distinguées à l’occasion de la cérémonie des Trophées parisiens de l’ESS 2026, organisée à l’initiative de la Ville de Paris et de son adjointe chargée de l’économie sociale et solidaire, Amina Bouri. Mais c’est le discours d’Emmanuel Grégoire qui a donné à la soirée sa tonalité politique.

Le maire de Paris a d’abord prévenu : « L’économie sociale et solidaire est et sera tout au long de cette campagne une cible privilégiée de l’extrême droite. N’en doutons pas. » Avant de saluer les acteurs de l’ESS qui, « quand les crises frappent », « ne se demandent jamais si intervenir est rentable ». Un message de mobilisation particulièrement fort, à l’heure où les acteurs du secteur redoutent un nouveau tour de vis budgétaire. 

Emmanuel Grégoire a toutefois posé une limite : Paris, a-t-il dit, ne pourra pas « à elle seule compenser le désengagement de l’État », mais la Ville « refuse de se résigner à l’affaiblissement de l’ESS ». Parmi ses engagements, il entend préserver les financements des acteurs tout en les diversifiant, notamment en faisant de la commande publique « un levier de développement de l’ESS important », un chantier sur lequel la Ville travaille « activement », a-t-il assuré.

Amina Bouri, adjointe à l’économie sociale et solidaire, a ensuite salué les quinze lauréats de la soirée. De l’insertion professionnelle à la lutte contre la précarité, du réemploi à l’accompagnement des personnes vulnérables, les projets récompensés illustrent la diversité des réponses apportées par les acteurs de l’ESS aux besoins du territoire parisien. 

Quinze projets pour répondre aux besoins du territoire

Parmi les lauréats, plusieurs initiatives s’attachent à renforcer l’inclusion et l’accès aux droits. ATFAL sensibilise ainsi les enfants à l’autisme et à la neurodiversité, tandis que Blabla Création utilise la pratique radiophonique et la réalisation de podcasts pour faciliter l’apprentissage du français par les personnes nouvellement arrivées en France.

D’autres projets ciblent des publics particulièrement fragilisés. En Selle Giselle accompagne la reconstruction de femmes victimes de violences grâce au vélo et à la cyclothérapie. Empreintes – accompagner le deuil développe des dispositifs d’écoute et d’entraide pour les personnes endeuillées. Le Réseau Erythrocyte et Drépanocytose propose, quant à lui, une solution de garde d’enfants en urgence pour les parents isolés vivant avec cette maladie.

L’économie circulaire et le réemploi occupent également une place importante dans ce palmarès. L’Art et La Récup’ développe une ressourcerie pour enfants, Saperlipopette, tandis que Micro-Ressources transforme du linge de maison usagé en accessoires réutilisables. 

Yoti Paris prépare de son côté un atelier-chantier d’insertion consacré à la collecte et au reconditionnement de jouets de seconde main, avec une attention particulière portée à la réinsertion professionnelle de personnes détenues au centre pénitentiaire de La Santé.

La restauration durable, l’accès à l’alimentation, l’amélioration de l’habitat, la lutte contre la grande précarité et la création de lieux culturels inclusifs complètent cette sélection. Autant de projets qui font de l’ESS un acteur concret de la vie quotidienne des Parisiens.

Amina Bouri veut changer les règles du jeu

Cette cérémonie des trophées parisiens de l’ESS s’inscrit dans une séquence politique importante pour l’économie sociale et solidaire dans la capitale, qui pourrait inspirer de nombreuses villes et territoires. Depuis sa prise de fonctions, Amina Bouri défend en effet une ambition : faire de l’ESS non plus seulement un secteur à soutenir, mais un levier transversal de transformation des politiques publiques municipales.

Après avoir déjà rencontré plus de 600 structures depuis sa nomination au printemps, l’élue a  identifié trois leviers prioritaires : la commande publique, le foncier et la mobilisation de l’épargne citoyenne.

La commande publique constitue le premier chantier, a confirmé Emmanuel Grégoire. Avec près de 3 milliards d’euros d’achats annuels, concessions comprises, la Ville de Paris dispose d’une capacité d’action considérable. L’objectif affiché pendant la campagne municipale est d’orienter 50 % de cette commande vers les PME, les TPE et les structures de l’ESS. Pour y parvenir, la municipalité entend notamment adapter les critères d’accès aux marchés, revoir les règles d’allotissement et former les acheteurs publics.

« Ce sont les structures de l’ESS qui aident le territoire parisien »

Deux autres pistes sont à l’étude : la création d’un fonds d’épargne citoyenne destiné à orienter une partie de l’épargne des Parisiens vers des projets d’utilité sociale, et celle d’un fonds d’urgence ou de soutien aux structures de l’ESS confrontées à d’importantes difficultés financières.

Le foncier constitue le troisième axe. Dans une capitale où le coût de l’immobilier représente un obstacle majeur au développement des associations et des entreprises sociales, la Ville souhaite notamment mieux mobiliser son patrimoine existant pour accueillir des activités d’intérêt général.

Face à une situation économique et budgétaire particulièrement tendue pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire, l’adjointe revendique le rôle de la collectivité parisienne auprès des acteurs en défendant une lecture nouvelle de la relation entre la Ville et les acteurs de l’économie sociale et solidaire : « Ce sont les structures de l’ESS qui aident le territoire parisien », estime-t-elle, en soulignant leur rôle dans des activités et des services que les acteurs économiques traditionnels délaissent souvent faute de rentabilité suffisante.

Les Trophées parisiens de l’ESS donnent ainsi à voir les initiatives qui font vivre cette économie au quotidien. Reste à transformer cette reconnaissance en débouchés économiques, en accès au foncier et en financements pérennes. C’est précisément sur ce terrain que la stratégie municipale sera attendue.


Les quinze lauréats des Trophées parisiens de l’ESS 2026

Halage – Prix spécial honorifique

Le comité de sélection a souhaité décerner un prix spécial honorifique à l’association Halage. Avec son projet Fleurs d’Halage, l’association développe une production floricole urbaine et périurbaine respectueuse de l’environnement et créatrice d’emplois.

ATFAL

Des ateliers ludo-pédagogiques pour sensibiliser les enfants à l’autisme et à la neurodiversité. Un collectif qui favorise la coopération et fait progresser l’inclusion dès l’école.

Blabla Création

L’apprentissage du français par la pratique radiophonique et la création collective de podcasts. Une initiative qui permet aux personnes nouvellement arrivées en France de développer leurs compétences linguistiques et de prendre toute leur place dans la société.

Bonne Table

Une restauration d’entreprise durable et inclusive, fondée sur des produits locaux, de saison et majoritairement issus de filières biologiques ou labellisées. Elle s’assortit du développement d’une nouvelle offre de livraison en partenariat avec les entreprises.

Empreintes – accompagner le deuil

Un accompagnement des personnes endeuillées grâce à une ligne téléphonique gratuite, des entretiens et des groupes d’entraide, avec la perspective d’un renforcement du réseau des bénévoles pour mieux s’ajuster à la demande.

En Selle Giselle

Le programme « Les Giselle en cyclothérapie » mobilise la pratique du vélo et l’accompagnement spécialisé pour soutenir la reconstruction de femmes ayant subi des violences.

Impact Copro

Une démarche de prévention pour les copropriétés en difficulté qui associe économies d’eau, amélioration de l’habitat et mobilisation collective des habitants, pour réduire les charges et renforcer leur pouvoir d’agir.

La Cloche

Le dispositif « Mon Taf Solidaire Paris », qui ouvre des perspectives d’insertion professionnelle aux personnes en situation de grande précarité tout en créant des passerelles vers l’emploi auprès des commerçants partenaires.

L’Art et La Récup’

Avec la ressourcerie pour enfants « Saperlipopette », qui favorise le réemploi des vêtements et des jouets, les ateliers de récup’ créative aux tarifs solidaires donnent une seconde vie aux objets tout en favorisant la convivialité.

Le Passage

Création d’un café culturel et social inclusif pour valoriser les artistes LGBTQIA+, sensibiliser aux questions d’identité de genre et d’orientation sexuelle et favoriser l’insertion professionnelle des personnes en situation de fragilité.

Le Village

Un tiers-lieu dédié aux familles, particulièrement aux foyers monoparentaux, qui propose des services accessibles, des espaces de coopération et un accompagnement rapproché pour soutenir les parents et la réussite éducative des enfants.

Micro-Ressources

Une filière locale de revalorisation textile qui transforme des draps et du linge de maison usagés en accessoires réutilisables, tout en mobilisant des ateliers de confection qui travaillent avec du personnel en insertion.

Réseau Erythrocyte et Drépanocytose

Un dispositif de garde d’enfants en urgence pour les parents isolés vivant avec la drépanocytose, afin de sécuriser leur hospitalisation et de garantir une solution adaptée aux besoins des familles.

Safa Association

Avec le café solidaire « La Caverne de Safa », un accueil de proximité qui associe accès gratuit et produits d’hygiène, orientation vers des professionnels de santé et actions de prévention auprès des personnes en situation de précarité.

Yoti Paris

Le développement d’un atelier-chantier d’insertion consacré à la collecte et au reconditionnement de jouets de seconde main. Une initiative qui favorise le retour à l’emploi de personnes détenues au centre pénitentiaire de La Santé et qui prévoit la création de dix nouveaux équivalents temps plein en insertion.

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